« Un profond sentiment de désarroi et une très forte angoisse » : le président de la Capeb du Var explique pourquoi les artisans du bâtiment manifestent eux aussi

« Un profond sentiment de désarroi et une très forte angoisse » : le président de la Capeb du Var explique pourquoi les artisans du bâtiment manifestent eux aussi

À l’occasion de l’assemblée générale ce samedi 24 octobre de la Capeb du Var qui regroupe 1 067 adhérents selon son président Thierry Bion, le Toulonnais et président national Jean-Christophe Repon dresse le portrait de l’artisanat du bâtiment en France. Marqué, dans le Var comme ailleurs, par une montée en puissance des microentreprises, et un sentiment grandissant de désespoir.

Oui, car il y a une sensation de non-écoute, déjà palpable le 17 décembre 2025 lorsque nous voulions être entendus concernant la Rep (Responsabilité Élargie du Producteur, la gestion des déchets professionnels, NDLR). Nous demandions une écocontribution, un maillage territorial et une reprise sans frais des petits volumes pour les artisans. Mais le gouvernement avait arbitré avec les grands groupes et acté le fait qu’il y ait deux flux de matières et le paiement à chaque dépôt. Les collectivités étaient pourtant sur la même idée que nous, nous voulions respecter l’esprit de la loi. Et finalement le Conseil d’État nous a donné raison en retoquant la réforme. Nous avions manifesté devant les préfectures, et il y a encore des Capeb qui vont manifester dans trois ou quatre départements la semaine prochaine. Nous avons actuellement une pétition qui atteint presque les 10 000 signatures, dans laquelle nous parlons de ce sujet, mais aussi de la hausse des prix du carburant et de notre demande de TVA à 5,5 % sur les travaux de rénovation. Elle s’intitule « Laissez-nous travailler ! »

Car les artisans ne peuvent plus travailler aujourd’hui ?

Je vais tenir une conférence de presse mardi à Paris, dans laquelle je donnerai les chiffres, mais la tendance c’est que le 3e trimestre 2026 est encore un trimestre de régression de l’activité des artisans du bâtiment, ce qui fait le 14e trimestre consécutif de régression. 40 000 emplois ont été détruits en quatre ans et, en septembre, sur douze mois lissés, ce sont 11 000 emplois qui ont été détruits. Ce qui pèse le plus lourd c’est l’augmentation du prix des matériaux et de l’énergie, les devis augmentent, mais les clients particuliers ont un problème de pouvoir d’achat. C’est pourquoi nous demandons de passer la TVA sur les travaux de rénovation de 10 à 5,5 %. Aux yeux de la Capeb, la rénovation concentre le plus gros défi pour faire face à la pénurie de logements. Mais il faut une politique de planification de l’État sur ce sujet.

Et pourtant beaucoup d’entreprises disparaissent…

Oui, le nombre de destructions n’est pas forcément alarmant, car dans notre secteur il y en a constamment. Mais ce qui pose problème, ce sont les créations, qui correspondent très souvent à des microentreprises, d’une seule personne. Nos adhérents en moyenne emploient 3,8 salariés. Certains d’entre eux vont peut-être réduire leur équipe, et ensuite faire appel à un microentrepreneur, lorsqu’ils en ont besoin. Il faut savoir que la Capeb a été créée il y a 80 ans pour défendre les tâcherons, et aujourd’hui nous reviendrions à cette précarité ? Le statut de microentrepreneur, exempté de TVA jusqu’à 80 000 euros, devrait être provisoire, une étape qui permet de créer son activité, mais pas permanent. Le secteur où il y a le plus de créations de microentreprises est celui du bâtiment. Nous ne sommes pas contre les charges, mais le modèle social ne doit pas être payé uniquement par l’activité.

Vous retrouvez la même colère qu’au moment des Gilets jaunes ?

Oui, j’avais dit à l’époque que sur les ronds-points il y aurait davantage de C15 que de Range Rover ! Il y a eu deux ans d’accalmie et là on retrouve un très profond sentiment de désarroi, et une angoisse très forte. Dans les verbatim recueillis en marge de notre pétition, on lit beaucoup cette phrase ; « on n’a plus de solution. » L’artisan se demande « comment je peux gagner ma vie ? » Après avoir rogné ses marges, à 55 ans, il peut être tenté de fermer et de basculer en microentreprise. Et pourtant on est de plus en plus attractifs pour les jeunes, car ce sont des métiers, dans la rénovation en particulier, qui permettent de vivre en proximité de chez soi, avec trente ans de boulot devant nous ! Il y a quelque chose qui ne colle pas. En tant que président de la Capeb je relaie les besoins, les demandes auprès du gouvernement, mais si je ne suis pas entendu, alors ils pensent que ce travail ne sert à rien, et ils vont sur les ronds-points, oui.