"Un recul de 25 ans", "une explosion des maladies infectieuses" : le couperet est tombé pour les associations du secteur de la prévention à Bruxelles
Le couperet est tombé. La trentaine d'associations porteuses de projets dans le cadre du Plan global sécurité et prévention (PGSP) a reçu la notification des subsides pour 2026.
Comme l'annonçait la DH il y a une semaine, d'importantes coupes ont été réalisées par le gouvernement bruxellois dans ce secteur : 14 des 39 projets du plan 2025 sont passés à la trappe. Safe Bruxelles, l'administration en charge de ce plan, évoquait alors des informations incorrectes auprès de BX1. Par la suite, le cabinet du ministre-Président, Boris Dilliès (MR), en charge de la sécurité et de la prévention, confirmait toutefois les économies.
Sécurité et prévention : le Brugov fait passer à la trappe 14 projets sur 39 et les ASBL Transit et Dune perdent des financementsLes premiers retours du secteur confirment les chiffres avancés par La DH sur base du tableau budgétaire validé par les membres du gouvernement bruxellois. Comme annoncé, l'ASBL Dune voit quasi la moitié de ses financements diminuer dans le cadre du plan 2026 (116 875 € en 2025 contre 59 375 € pour 2026). Cela concerne entre autres des projets de maraudes pour l'accompagnement de personnes touchées par des problématiques d'assuétudes.
"On nous dit dans la justification qu'on fait du bon travail mais qu'on nous coupe quand même. On n'a toujours aucune idée des critères d'attribution", commente Dune.
Drogue : la salle de consommation à Molenbeek est un projet "totalement inapproprié" selon des riverains, mais un moyen "d'apaiser" le quartier pour TransitLe seul changement entre le tableau du gouvernement bruxellois et le plan officiel s'observe finalement chez Transit, qui gère les deux salles de consommation à moindre risque. L'ASBL ne perd pas 200 000 euros de subsides. Elle garde l'ensemble de son financement pour 2026, soit 4,67 millions d'euros.
Notons que les projets maintenus ne sont pas revalorisés.
L'arrivée du Fentanyl n'est plus surveillée
Les projets non reconduits ont reçu le message ce lundi matin. Chez Modus Vivendi, on craint le pire. Il s'agit du seul centre de testing de drogue de Belgique. Active auprès de nombreux acteurs, notamment du secteur festif ou nocturne mais aussi des salles de consommation à moindre risque, Modus Vivendi assurait une veille sanitaire sur les produits consommés à Bruxelles. "Beaucoup ont peur du Fentanyl ou d'autres opioïdes (qui font des ravages aux États-Unis, NdlR)," commente la directrice Catherine Van Huyck. "Le travail de testing permet justement de voir si un jour ce produit arrive à Bruxelles."
Pour ce projet, on parle de 85 595 € perdus pour l'association en 2026. "Nous n'avons jamais été aussi maltraités par un cabinet (ici, celui du ministre-Président Boris Dilliès, NdlR)," dénonce l'association qui enchaîne les courriers et les demandes d'informations depuis des mois sans réponse… avant ce lundi.
Couper un maillon, c'est aussi affecter toute la chaîne. Les salles de consommation à moindre risque bruxelloises, par exemple, ont l'obligation d'avoir un partenariat avec un centre de testing… Testing pour lequel la région vient de couper le robinet.
"On fait ici de fausses économies"
Modus Vivendi gérait aussi la centrale d'achat de matériel stérile pour la consommation de stupéfiants. Elle dispatchait ensuite ce matériel dans 22 "comptoirs" gérés par d'autres associations. "L'arrêté royal qui permet la distribution de matériel stérile à ces fins date de 2001. Ici, les associations qui gèrent les comptoirs n'ont pas les moyens de le financer elles-mêmes. C'est donc un recul de 25 ans, avec le risque de voir une explosion des maladies infectieuses," nous explique un professionnel du secteur.
Consommation de crack, personnes totalement nues, feu pour faire chauffer de la nourriture...: le métro de la Porte de Hal submergé par la toxicomanieLa directrice assure avoir déjà prévenu les partenaires de Modus Vivendi que, sans subside, il n'y aurait plus de seringues. "Les subsides perdus pour ce projet (126 000 euros, dont 107 000 pour le coût du matériel) correspondent au coût du traitement de trois à quatre cas d'hépatite C (environ 40 000 euros pour un traitement)", une maladie qui se transmet justement faute d'utilisation de matériel stérile. "On fait ici de fausses économies. C'est vraiment fonctionner avec des œillères sans voir l'impact général."
Le cabinet Dilliès assure "que malgré un contexte budgétaire difficile, le gouvernement fait le choix de maintenir en 2026 un haut niveau de financement pour le Plan global de sécurité et de prévention (PGSP), avec une enveloppe de 6,8 millions d'euros. Des arbitrages ont été nécessaires afin de concentrer les moyens sur les dispositifs considérés comme les plus essentiels. Les choix ont été opérés sur base d'une objectivation des besoins par l'administration et du lien réel avec la prévention en matière de sécurité."
"On ne va pas prendre le risque de trop réagir"
Pour le moment, plusieurs acteurs préfèrent rester discrets suite à ces annonces officielles. "On a vu qu'en menant la mobilisation, on pouvait prendre cher", nous glisse l'un d'eux. En effet, Modus Vivendi avait été pionnière pour regrouper les porteurs de projet de prévention afin de faire pression sur le gouvernement silencieux pendant de longs mois sur l'avenir des financements. Modus Vivendi avait aussi été épinglée par le président du MR pour un de ses stands à l'édition 2025 de Dour. "On ne dit pas que la suppression de leurs subsides est forcément liée à tout ce contexte. Mais on ne va pas prendre le risque de trop réagir pour le moment."
Cureghem : un quartier qui suffoqueSafe Brussels, dans son courrier, assure que Modus Vivendi est davantage active dans le milieu de la santé publique que de la prévention et ne doit donc plus être financée par le PGSP. "Normalement, cela se discute en amont avec les autres entités fédérées pour éviter les ruptures, vu l'importance de leur travail. C'est vraiment l'effet du millefeuille politique où toutes les compétences sont saucissonnées et chacun se renvoie la balle", explique une autre association informée du cas de Modus Vivendi.
La Cocof sur le dossier
Le salut pourrait toutefois venir de la Cocof. Contacté, le cabinet de la ministre en charge de la Santé assure que "Karine Lalieux (PS) est soucieuse de pouvoir répondre aux inquiétudes de Modus Vivendi. Toutes les pistes de solution sont étudiées partout où des besoins sont identifiés dans le cadre d'une politique générale socio-sanitaire. Une solution sera présentée à la rentrée en septembre". Pas de garantie pour le moment, pas de concertation entre les administrations en amont : les associations fulminent.
"On n'est pas que des distributeurs de couvertures" : les maraudeurs du Samusocial sur le pont et encore plus en hiverEt pour celles qui conservent leur budget, rien n'est encore gagné. 2026 est une année de transition et un nouveau PGSP pluriannuel doit encore être élaboré avec, ici aussi, de nouveaux changements potentiels.
"Ce gouvernement avait promis davantage de sécurité"
Côté politique, le PTB n'a pas manqué de réagir : "Ce gouvernement avait promis davantage de sécurité. Il avait promis des moyens. Aujourd'hui, il retire des centaines de milliers d'euros aux acteurs qui travaillent chaque jour dans les quartiers les plus fragiles. C'est incompréhensible et profondément irresponsable", dénonce Jan Busselen, député bruxellois.
"Le plus choquant est que le gouvernement ne pourra pas dire qu'il ne savait pas. Dès le mois de mai, 38 associations avaient lancé un appel public pour réclamer le versement des subsides promis." En effet, les associations espéraient toucher une partie de leur subside après la validation, fin 2025, de douzièmes provisoires (reconduction du budget de l'année précédente faute de budget validé pour l'année en cours) pour les trois premiers mois de 2026.
Mais l'arrivée du gouvernement de plein exercice et du budget 2026 a enterré ces montants (réintégrés dans le budget 2026). Les associations qui étaient donc dans le plan 2025, qui devaient toucher trois mois de subsides mais qui ne sont pas reprises dans le plan 2026, n'en verront donc finalement pas la couleur.
"Couper dans la prévention n'est pas une économie. C'est une facture que le gouvernement reporte sur les communes, les quartiers et les Bruxellois. Chaque euro retiré à la prévention coûtera plusieurs euros demain", conclut Jan Busselen.
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