« Un sauvetage à 11 millions d’euros », comment la villa Helios, ancienne maison de repos abandonnée, s’est métamorphosée en immeuble grand luxe à Grasse

« Un sauvetage à 11 millions d’euros », comment la villa Helios, ancienne maison de repos abandonnée, s’est métamorphosée en immeuble grand luxe à Grasse

« La maison et la vue sont splendides. Des amis à nous ont acheté le penthouse ! ». Sur sa vaste terrasse éblouissante, face à la vue mer à couper le souffle, Michaela, quinquagénaire allemande, a le sourire. Avec son mari, cette privilégiée a eu « le coup de cœur » pour cet appartement ultra luxe de 60 m2 au panorama vertigineux. Ce sera leur résidence secondaire. 10 000 euros le m2. C’est aussi ce qu’ont déboursé Philippe et son épouse, en plein emménagement, pour couler une retraite heureuse dans un somptueux 100 m2 plein sud. « On a acheté en 2022 pour la beauté du lieu, la vue exceptionnelle et l’histoire du bâtiment » confie le jeune retraité du secteur de l’hôtellerie parisienne.

Ce bâtiment, c’est Helios. Le soleil en grec. Six lettres sur une élégante façade immaculée régnant sur le pays grassois depuis une centaine d’années. Helios. Ou l’histoire d’une résurrection patrimoniale spectaculaire… et mouvementée. Car cet édifice architectural emblématique, construit en 1925 en forme de T, perché sur la route Napoléon, connaît une nouvelle jeunesse inespérée cette année…

La demeure a accueilli un centre de repos et de convalescence durant de nombreuses années.
La demeure a accueilli un centre de repos et de convalescence durant de nombreuses années.
DR

Site d’urbex tagué et squatté

Mais revenons à sa superbe initiale. Acquise en 1934 par le Dr Charles Brody, cette grande demeure de villégiature est devenue un sanatorium pour asthmatiques et tuberculeux, à l’heure où Grasse s’impose comme station climatique et héliothérapeutique. Puis, dans les années soixante, la bâtisse est agrandie pour accueillir un centre de repos et de convalescence qui fonctionne jusqu’en 2010. Mais après la cessation de l’activité médicale, la villa est laissée à l’abandon durant dix ans.

Le bâtiment abandonné tel qu’il était en 2019 au moment de l’acquisition par Saint Roch Habitat.
Le bâtiment abandonné tel qu’il était en 2019 au moment de l’acquisition par Saint Roch Habitat.
DR

Jusqu’à se dégrader en site d’urbex, de squat sporadique, et d’expression artistique pour les graffeurs inspirés en quête de terrain de jeu. La mairie rêve d’en faire un hôtel, mais les projets avortent. La propriété est une triste verrue dévastée, fenêtres cassées, câbles arrachés, quand le promoteur lillois Saint-Roch Habitat, spécialisé depuis 2005 dans le bâti remarquable, se lance dans sa reconquête immobilière. En octobre 2019, le promoteur rachète la propriété à Mme Borg. Et fait le pari d’une restauration d’envergure en vue d’y créer des logements haut de gamme. Pour quel coût ? « On ne traite que des immeubles dont on tombe amoureux, élude François-Xavier Blanchard, directeur administratif et financier de Saint-Roch Habitat. Ce que je peux dire, c’est que le sauvetage de cet immeuble aura représenté un investissement total de près de 11 millions d’euros ».

Le chantier stoppé un an

Au final, ce chantier audacieux et difficile, mené dans le respect du patrimoine, aura duré sept ans ! Non sans aléas financiers. « Attaqué en 2020, le chantier devait se terminer fin 2023. Il nous fallait 50 % de logements commercialisés pour commencer. Mais, avec la guerre en Ukraine, les clients russes positionnés pour acheter se sont désengagés, et les conditions bancaires se sont dégradées. En juillet 2024, on a dû stopper le chantier durant un an et remettre des fonds personnels. Mais on ne voulait pas abandonner le projet et nos clients. Les travaux ont repris à l’été 2025 et s’achèveront en octobre prochain ».

C’est le cabinet d’architecture marseillais Atelier Aïno qui a redonné à Helios sa superbe d’antan. En réussissant la gageure de conserver son âme rétro et en sauvant certains marbres verts, carrelages d’époque et escalier d’origine. Les anciennes chambres de l’ancienne clinique ont laissé place à 18 appartements grand luxe, soit 1.500 m2 sur 6 niveaux. Du studio de 25 m2 au méga rooftop de 185 m2. Avec pour agrémenter ce paradis, piscine, espace bien-être (salle de sport, hammam, sauna) et jardins paysagers.

Façade immaculée et balustrades noires conservées, Helios, en lettres or, est aujourd’hui un immeuble de luxe.
Façade immaculée et balustrades noires conservées, Helios, en lettres or, est aujourd’hui un immeuble de luxe.
Patrice Lapoirie / Nice-matin

Reste quatre appartements à acquérir

Anglais, Danois, Norvégiens ou Allemands mais aussi Français se sont offert un de ces biens d’exception. Mais il reste encore quatre appartements à acquérir : 3 T4 (995 000 euros, 865 000 euros et 895 000 euros) et un T5 à 1. 595 000 euros. (Renseignements site web / mail : [email protected] / tel : 07 43 72 16 51)

« Côté travaux, reste à poser l’ascenseur extérieur, installer les parkings suspendus et parfaire les aménagements paysagers en restanques, souligne François Xavier Blanchard, qui conclut. Ce fut une aventure difficile mais belle ! »

Pour en savoir plus, la romancière Diane Saurat a fait d’Helios le cadre de son dernier roman, Hélios Soleil Noir. Histoire de se plonger dans la magie de ce bijou architectural, désormais privé mais toujours aussi solaire…