«  Un titre, c’est le véritable objectif pour les filles » : la légende Victoria Ravva évoque les ambitions de Cannes Volley et revient sur les années fastes du Racing

«  Un titre, c’est le véritable objectif pour les filles » : la légende Victoria Ravva évoque les ambitions de Cannes Volley et revient sur les années fastes du Racing

Cannes Volley, qui regroupe le RC Cannes pour les filles et l’AS Cannes pour les garçons, est ambitieux. Nous sommes excités de débuter cette nouvelle saison et prêts pour, espérons, avoir un titre au bout. C’est le véritable objectif pour les filles. Pour les garçons, sans parler de titre, on va dire que les objectifs sont vraiment hauts. C’est important de le dire, de mettre la pression dès le début.

La saison dernière, les filles (4es) ont terminé à 17 points de Mulhouse en championnat, ça veut dire qu’il y a quand même un fossé important ?

Oui et non, parce que d’une année à l’autre, ça change beaucoup. C’est le cas de Mulhouse, mais surtout le nôtre. Les filles ont fini 4es et on a fait de très très bons recrutements. Espérons que la mayonnaise va prendre, et qu’on ne va pas avoir trop de blessées. L’année dernière, on avait comme objectif de finir dans les 6 premières, cette année, on a vraiment l’objectif d’aller en finale.

Les filles du RC Cannes sont très attendues la saison prochaine avec de gros objectifs du côté des dirigeants. Reprise des entraînement lundi 17 août 2026.

«  On a vécu une époque extraordinaire »

Vous avez joué 20 ans à Cannes pour 19 titres de championne de France. Depuis votre départ, il n’y a eu qu’un seul titre (2019). C’était vous le porte-bonheur ?

J’espère que c’est moi le porte-bonheur car je suis revenue au Racing et pendant que j’ai été manager de club, on a aussi obtenu ce titre de championne de France. Maintenant, je pense que c’est cyclique, et c’est tout à fait normal pour un grand club professionnel. On a vécu une époque extraordinaire et il y a eu beaucoup de changements : une génération de joueuses incroyables qui est partie et le départ de la Présidente (Anny Courtade). C’est plutôt ça, pour moi, le plus gros changement. Il a fallu tout ce temps pour tomber très bas, et pour se reconstruire par la suite. Mais j’espère que c’est le bon moment pour remonter tout en haut.

Il y a eu un trio magique : Anny Courtade (présidente), Yan Fang (coach) et vous sur le terrain ?

C’était un trio magique, mais j’espère qu’il y aura d’autres trios magiques sur d’autres générations, peut-être que cette année, ce sera le début de quelque chose de nouveau. J’ai envie que ce club soit toujours le meilleur, le plus fort, et champion de France tous les ans.

La clé de vos succès passés, c’était les moyens économiques plus importants ?

Quand je suis arrivée au Racing, c’était loin d’être le club qui avait le plus grand budget en France et encore moins en Europe. Après, Madame Courtade a mis de plus en plus de moyens et elle a aussi créé un projet qui a intéressé énormément les entreprises qui sont venues nous soutenir, sans oublier la ville de Cannes qui a toujours été là, dans les bons et les mauvais moments. C’est le soutien le plus important. Maintenant, quand on gagne deux fois la Ligue des champions, on est le dernier budget de tous les clubs engagés. C’est vrai qu’à l’époque tu pouvais encore aller chercher des pépites qui n’étaient pas connues. Maintenant, la joueuse, à partir de 14-15 ans, a déjà des agents, c’est beaucoup plus structuré et c’est compliqué de sortir une pépite. ç a peut toujours exister, mais c’est vraiment occasionnel. Mais, dans le sport, il n’y a pas que de l’argent. ç a fait dix ans que Mulhouse a le plus gros budget et le club a beaucoup galéré avant de faire le doublé la saison dernière.

Pourquoi le club a tant gagné pendant 20 ans ?

Je pense qu’il y avait les bonnes personnes aux bons endroits. Il y avait une présidente hyper engagée qui mettait des moyens, mais pas seulement. Elle mettait beaucoup de son cœur, de son temps, de l’énergie. Il y avait un coach extraordinaire qui est, pour moi, parmi les meilleurs au monde et qui a réussi à créer quelque chose que les autres équipes n’ont pas su faire. Et il y a eu des joueuses extraordinaires. Moi, je suis restée 20 ans au club, mais il y en avait plein d’autres qui sont passées par ce club et ont participé à ce projet. J’ai l’impression qu’on retrouve un petit peu cette énergie maintenant avec la création de Cannes volley. Il y a une volonté à nouveau de créer, tout en respectant tout l’historique... Je souhaite de tout mon cœur que cette belle époque revienne à Cannes. Je crois qu’un club qui a brillé pendant des années saura retrouver le chemin du succès.

«  Deux mois après mon accouchement, j’étais déjà sur le terrain »

Dans une interview en 2021, vous disiez que votre sport n’avait pas su capitaliser sur cette belle période du Racing, que les joueuses changeaient trop de clubs...

C’est vrai, c’est ça qui change beaucoup par rapport à notre génération. Au-delà d’aller montrer ton niveau sur le terrain, on défendait vraiment une famille. En club, on avait plus d’attaches, on connaissait les bénévoles, les supporters. Sur chaque match important, j’y allais comme si j’allais à la guerre pour défendre ma maison. Aujourd’hui, ce n’est pas parce que les joueuses sont toutes des mercenaires ou parce qu’elles n’ont pas cette bonne mentalité. C’est le sport qui a évolué, ça n’existe pas et ça n’existera sûrement plus qu’une joueuse reste aussi longtemps dans son club. Ce n’était pas seulement mon cas. Il y avait beaucoup de joueuses qui faisaient un ou deux clubs dans leur carrière. Et pour le public aussi, c’est plus difficile de s’attacher, parce que les joueurs, les joueuses passent.

En 2006, vous avez interrompu votre carrière pour donner naissance à vos filles jumelles...

J’ai toujours voulu avoir mes enfants jeune, mais à cause ou grâce à ma carrière j’ai dû attendre jusqu’à mes 30 ans pour tomber enceinte. J’étais en plein boom, la décision n’était pas facile. J’y pensais, mais je disais ‘‘encore une année de plus’’... A 30 ans, je ne voulais plus attendre. Je viens d’une culture à l’ancienne où on faisait les enfants à 20-25 ans, et j’avais peur d’être trop vieille. Je me suis dit que, certes, la carrière, c’est important, mais une vie de famille, c’est encore plus important. J’ai toujours eu cette confiance en moi, en me disant que j’allais faire mes enfants et reprendre. J’ai eu un énorme soutien de tout mon club. Quand j’ai annoncé à Madame Courtade que je ne voulais pas re-signer mon contrat pour essayer de tomber enceinte, elle m’a au contraire prolongée. Je savais que mon équipe m’attendait et que j’étais une pièce importante. Ça m’a motivée de ne pas prendre trop de poids. Même pas trois semaines après mon accouchement, je me suis remise à m’entraîner. Et même pas deux mois après, j’étais déjà sur le terrain.