"Une forme de pillage littéraire" : de plus en plus de librairies font face à d'étranges acheteurs qui se procurent des livres en grande quantité
La librairie De Slegte est une véritable institution aux Pays-Bas. L'établissement propose de nombreux livres de seconde main, mais aussi des cartes et cadeaux. Si ce magasin est aujourd'hui au cœur de l'actualité ce n'est pas pour son offre littéraire mais pour un message reçu de la part d'une entreprise canadienne nommée Zoom Books. Cette dernière souhaite acquérir 800 000 livres en langue néerlandaise.
Dans ce mail, Zoom Books demande à la librairie de lui transférer l'inventaire de ses livres et ISBN afin qu'elle choisisse ceux qu'elle voudrait commander. De Slegte n'a pas souhaité répondre à la demande, expliquant, via sa porte-parole Kris Landuyt : "Tout le monde peut voir ce que nous proposons à vendre sur notre site web et commander la quantité souhaitée".
Après OpenAI, Anthropic révèle que son IA a obtenu un "accès non autorisé" aux systèmes d'autres organisationsL'entreprise Zoom Books ne précise pas ce qu'elle veut faire de cette grande quantité de livres. On peut assez facilement faire le rapprochement avec Anthropic, une société d'IA qui a acheté un nombre important d'ouvrages pour entraîner ses modèles d'IA. Elle découpait la tranche de chaque livre afin de les scanner rapidement puis les jeter.
À l'heure actuelle, il n'y a aucune preuve que Zoom Books vend ses livres à des entreprises qui ont la même démarche qu'Anthropic. Selon le journal elDiario.es, une page du site web de Zoom Books s'appelle "ai-livres-entrainement" mais a récemment été supprimée.
L'entreprise canadienne nie tout lien avec une entreprise semblable à Anthropic : "Zoom Books est une librairie d'occasion. Nous achetons des stocks excédentaires et d'occasion et les revendons." Nos confrères de la VRT ont contacté l'entreprise qui a refusé de répondre.
Anthropic : aller au-delà de l'arbitraireCette libraire d'occasion néerlandaise n'est pas la seule a été confrontée à ces étranges achats en grande quantité. Celles-ci sont nombreuses à travers l'Europe à faire face à une contradiction entre l'envie de vendre des livres et les doutes quant aux entreprises qui se les procurent. Miguel Ángel Ortega, libraire et président de l'Association professionnelle des livres anciens et de la collection (UNILIBER) explique à elDiario.es : "Nous ne sommes pas seulement des marchands, mais nous avons des fonctions de préservation, de conservation et de restauration du patrimoine bibliographique. Ce serait très contradictoire si nous vendions des livres pour les détruire. Nous faisons face à une forme de pillage littéraire. Nous voyons le tsunami arriver, je pense que les institutions doivent intervenir."
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