"Le cannabis a joué un rôle de catalyseur"… Elle lui fait fumer un joint, il la poignarde à mort mais ne sera pas jugé

"Le cannabis a joué un rôle de catalyseur"… Elle lui fait fumer un joint, il la poignarde à mort mais ne sera pas jugé

Le drame était survenu il y a deux ans, le 26 juillet 2024 à Clapiers. Pris d’une bouffée délirante, un homme de 30 ans a cru que sa petite amie allait le tuer après lui avoir fait fumer du cannabis, il a répondu par 14 coups de couteau. Le juge d’instruction conclut à une irresponsabilité pénale pour un mis en cause présentant des fragilités psychiatriques, au grand dam des parties civiles. Récit.

Quand le régulateur du Samu a recueilli au téléphone les aveux enregistrés d’Anderson W. indiquant avoir poignardé sa compagne, il a aussi entendu les derniers cris de terreur de la victime qui se vidait de son sang après avoir reçu 14 coups de couteau. Sur place, les secours ont retrouvé la jeune femme dans une mare de sang, l’autopsie révélant aussi 21 blessures à l’arme blanche de défense.

C’était le 26 juillet 2024, à Clapiers (Hérault), et deux ans après les faits, selon nos informations, le juge d’instruction vient de délivrer une ordonnance de non-lieu, estimant que le mis en cause est irresponsable de ce meurtre dans lequel le cannabis a joué un rôle prépondérant. Au grand dam des parties civiles qui auraient voulu un procès. "Il était atteint au moment des faits d’un trouble psychique ayant aboli le contrôle de ses actes", écrit le magistrat.

Il accepte de tester un joint

Ce soir-là, Anderson W., aujourd’hui âgé de 30 ans, a rejoint le domicile de Noellie qui était à la fois son binôme de travail dans une société d’aide à la personne mais aussi sa petite amie depuis quelques semaines. Et qui avait l’habitude de fumer du cannabis pour soulager ses douleurs d’articulation consécutives à une maladie. Son compagnon a accepté de tester un joint. "C’était sa première prise avec un cannabis particulièrement fort qui a déclenché une crise de paranoïa aiguë", indique Mes David Mendel et Sandrine Bonnici, les avocats de la défense.

Il décrit en garde à vue avoir "senti son corps trembler, son cœur s’accélérer", qu’il n’arrivait pas à parler. Paniqué, il aurait alors appelé une première fois le Samu pour décrire ses symptômes. Sa compagne voyant le battement cardiaque de son compagnon baisser, elle lui aurait conseillé de raccrocher. Il s’est alors saisi d’un couteau muni d’une lame de 20 centimètres, inquiet que "son cœur lâche" et confirmant une "grosse crise de paranoïa". Persuadé, dira-t-il, qu’elle lui avait demandé de raccrocher avec les secours parce qu’elle avait voulu l’assassiner en lui faisant fumer un joint, il s’est acharné sur Noellie. Avant d’appeler le Samu, à nouveau. Un appel ponctué des derniers cris d’effroi de la jeune femme, décrite unanimement comme "douce, attentionnée, bienveillante" par tous ses proches.

"Je voyais qu’elle perdait trop de sang"

"Je voyais qu’elle perdait trop de sang et moi je n’allais pas bien, donc j’ai arrêté", a raconté le mis en cause, Brésilien de naissance, adopté à l’âge d’un an, qui avait bénéficié d’un suivi pédopsychiatrique à l’âge de 12 ans. Après le meurtre, il était rentré chez lui, s’était lavé et avait dormi. Avant de se rendre.

Les expertises psychiatriques et le rôle de cette drogue, dont l’adjectif de "douce" est à relativiser, ont été déterminants pour les poursuites pénales. Le premier médecin a diagnostiqué une "bouffée délirante aiguë". Le second, "un état psychotique aigu à prédominance d’idées délirantes : il avait l’impression qu’il allait être tué, il s’est défendu." Ce diagnostic posé, les experts ont aussi considéré que le cannabis, s’il n’a pas provoqué l’acte, en a été le facilitateur, comme le reprend le juge d’instruction dans son ordonnance, citant les psychiatres pour expliquer que la maladie mentale existait déjà. "Le cannabis a joué un rôle de catalyseur ou de précipitant plutôt que de déclencheur. Ce n’est pas l’intoxication qui a aboli le discernement c’est le trouble psychotique endogène que l’intoxication a précipité, écrivent-ils. Une élaboration délirante s’est construite progressivement indépendamment de toute intoxication avec un terrain de personnalité paranoïaque précipité par le cannabis dont l’effet a été amplifié par la vulnérabilité psychique préexistante."

La famille de la victime n’accepte pas ce diagnostic

Que va-t-il désormais se passer pour Anderson W. ? Mi-septembre, il sera présenté devant la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Montpellier pour une audience en irresponsabilité pénale qui devra être confirmée ou pas. Car une voix s’oppose, celle de famille de la défunte : "mes clients n’acceptent pas ce diagnostic, mais les experts le disent, alors nous nous inclinons. Pourtant, des éléments font penser qu’il en avait du discernement, notamment des recherches sur Internet avant son passage à l’acte", réagit Me Jean-Marc Darrigade. L’enquête a, en effet, montré que l’Héraultais avait, par exemple, tapé les mots-clés "comment savoir si elle ment".

"Aujourd’hui, notre client suit des soins réguliers en prison, il nous dit penser à son acte et à la victime, il ne s’apitoie pas sur lui-même, nous espérons pouvoir le dire aux parties civiles à l’audience, même si nous sommes conscients que ce ne sera pas suffisant pour eux", indiquent de leur côté Mes Mendel et Bonnici.