Une photographie de Marilyn Monroe au naturel, prise par Eve Arnold
Imaginez un cliché en noir et blanc, pris dans le désert du Nevada, aux Etats-Unis. Au centre, une femme au carré blond et boucles soigneusement dessinées regarde le sol, les yeux dans le vague. Qui est-ce ?
Marilyn Monroe bien sûr ! Immortalisée par la photographe Eve Arnold. La photo date de 1960, sur le tournage de "The Misfits", "Les désaxés" en français, de John Huston, dernier film dans lequel elle apparaît.
Dans son essai La chambre claire, Roland Barthes, grand penseur de la photographie explique que certaines photos nous attrapent, nous "piquent" l’œil, grâce à un détail.
Eh bien, il y a un détail de cette photo qui m’a attrapée. La déesse blonde se cache le visage derrière ses poings fermés. C’est comme ça que Marilyn répétait son texte : avec ses mains recroquevillées comme des petits poings de bébé, qui lui cachent la bouche et lui donnent un côté vulnérable.
C’est donc une autre femme qu’on découvre dans cette photo ?
Oui, pas madame "pou pou pidou", pas une bombe sexuelle immortalisée en studio, mais plutôt une femme active en blouson en jean, devant un paysage beaucoup trop beau pour ne pas être photographié. A l’arrière-plan, le ciel, les montagnes et le sable forment trois bandes horizontales, façon tableau de Rothko.
Pas étonnant que la photographe, Eve Arnold, ait appuyé sur le déclencheur. Cette artiste américaine pratiquait d’ailleurs le journalisme lent. Elle nouait une relation avec ses sujets (souvent des femmes) et posait le même regard sur elles, qu’elles soient prostituées cubaines, premières dames ou toxicomanes. D’où cette photo réussie qui raconte plusieurs histoires.
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Par sa proximité avec Marylin, Eve Arnold savait qu’en réalité, elle n’immortalisait pas seulement les coulisses d’un tournage. Elle documentait, malgré elle, la fin du mariage de la star hollywoodienne, et aussi l’angoisse de Marilyn Monroe, qui arrivait en retard pour les prises, oubliait son texte. Dans ce contexte, Eve Arnold prend une photo douce, dans les tons gris clair. Elle pose un regard tendre sur son amie en difficulté, déjà addict à l’alcool et aux somnifères.
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Pourquoi nous parler de cette photo, cette semaine ?
Parce qu’on peut la voir en vrai ! Elle appartient à Sir Elton John, (oui, le compositeur et interprète de Your Song) et à son mari David Furnish. Le couple expose actuellement sa collection privée au Jeu de paume à Paris, dont cette photo, qui rend mélancolique.
C’est comme si le destin de Marilyn avait jeté un voile gris sur toutes les images d’elle. Même souriante, peinturlurée dans des couleurs criardes par Andy Warhol, les photos qui nous restent d’elle me pincent le cœur. Et Roland Barthes l’expliquait très bien ! Une photo nous rappelle qu’un moment a vraiment existé. "Ça a été" écrit-il. Mais la contrepartie, c’est que ce moment n’est plus, Marilyn, non plus.
Et contrairement à Elton John, Marilyn Monroe n’a pas eu la chance, un jour, de pouvoir crier au monde entier : "I’m still standing".