Une prestation de serment sans mention du roi au PLQ
Les libéraux « sont de retour », mais « la reconstruction n'est pas terminée », a prévenu le nouveau chef de l'opposition officielle à l'Assemblée nationale, Charles Milliard, dont les élus, pour la première fois de leur histoire, ont fait allégeance au peuple québécois et à lui seul, lundi après-midi.
Après les années difficiles qu'a traversées notre formation politique, on doit aujourd'hui mesurer le chemin parcouru, a-t-il déclaré dans son allocution, présentée après la prestation de serment de ses députés, dont le nombre a plus que doublé entre la dissolution de la Chambre et les élections, passant de 18 à 40.
Le Parti libéral du Québec (PLQ) est de retour, a soutenu son chef, lundi, mais si notre travail de reconstruction était terminé, c'est nous qui formerions aujourd'hui le gouvernement, a-t-il ajouté.
Alors, je pense que c'est sain de le reconnaître. Il reste beaucoup de régions à reconquérir, il reste beaucoup de Québécois dont nous devons regagner la confiance. Le résultat du 5 octobre, ça constitue certes une étape importante, mais ce n'est certainement pas l'aboutissement de tous nos efforts.
Venu assister à l'assermentation de son fils, Antoine Dionne Charest, l'ex-premier ministre libéral Jean Charest a salué la sagacité de son successeur. Il faut gagner la confiance dans les régions du Québec où on n'a pas connu le succès espéré, chez les francophones en particulier, et ce travail-là commence dès aujourd'hui, a-t-il dit.
La monarchie absente de la cérémonie
Ce sont 39 élus libéraux qui ont prêté serment, lundi, au Salon rouge, la victoire d'Affine Lwalalika dans Vachon faisant actuellement l'objet d'un dépouillement judiciaire dont l'issue devrait être connue en milieu de semaine.
Tous ont fait allégeance au peuple du Québec et à lui seul, même s'ils auraient aussi pu prêter serment au roi Charles III. Il s'agit d'une première au PLQ, puisque le parti n'avait fait élire aucun député depuis l'adoption de la loi ayant aboli la profession de foi monarchique, fin 2022.
D'abord et avant tout, notre allégeance, elle est au peuple québécois, a expliqué la députée de Bourassa-Sauvé, Madwa-Nika Cadet, désignée en fin de semaine whip en chef de l'opposition officielle par son chef. On est fédéralistes, on n'est pas monarchistes; ce n'est pas une équivalence en soi, a-t-elle fait valoir.

Madwa-Nika Cadet est la nouvelle whip en chef de l'opposition officielle.
Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel
Il s'agissait, en fait, d'un mot d'ordre, a confirmé M. Milliard en point de presse après la cérémonie. J'ai pensé que c'était une bonne idée, et tout le monde [au caucus] était d'accord, a-t-il affirmé, en anglais.
Le chef libéral n'a toutefois pas voulu donner à Paul St-Pierre Plamondon le crédit de l'abolition de l'obligation du serment au roi, malgré qu'il ait été à l'origine de celle-ci, son refus d'obtempérer ayant poussé l'Assemblée nationale à adopter, en 2022, une loi dont la constitutionnalité est d'ailleurs contestée aujourd'hui.
Je n'ai pas à saluer quoi que ce soit. C'était une possibilité, alors j'ai décidé de m'en prévaloir, a répondu M. Milliard à la presse parlementaire, reprochant au passage au premier ministre désigné de vouloir aujourd'hui démanteler le système politique actuel.
Un engagement bilingue pour près de la moitié des députés
Pas moins de 17 élus libéraux ont, par ailleurs, prêté serment en français et en anglais, lundi, malgré le fait que le français soit la seule langue officielle et commune du Québec.
Interrogé sur le sujet, M. Milliard a voulu minimiser la portée du message qu'un tel geste risque d'avoir sur l'électorat francophone, dont le PLQ tente de se rapprocher.
C'est une tradition qui existe depuis le début de la fédération, a souligné le chef libéral, qui avait choisi pour sa part de faire allégeance au peuple québécois en français seulement.
Depuis 1867, il y a toujours eu des députés qui pouvaient prêter serment en anglais également, a-t-il rappelé, ajoutant que ces élus avaient des citoyens anglophones dans leur circonscription.

Charles Milliard sera député d'Orford.
Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel
C'est un geste de respect, a plaidé de son côté le député montréalais de LaFontaine, Marc Tanguay, qui a prêté serment dans les deux langues, lundi. Un geste rassembleur, même. On n'a pas les moyens de se diviser, au Québec, a-t-il indiqué. Et on est tannés de la division.
Antoine Dionne Charest, lui, a prêté serment en français uniquement. Parce que c'est la langue dans laquelle je suis le plus à l'aise, a expliqué le nouveau député de Verdun. Mais je peux vous dire d'emblée que nous, on est un parti qui cherche à représenter tous les Québécois, et ça inclut la communauté anglophone, a-t-il mentionné.

Le libéral Antoine Dionne Charest est le nouveau député de Verdun. Il a prêté serment en français seulement.
Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel
Charles Milliard, dans son discours, s'est dit prêt à collaborer avec le Parti québécois (PQ) et son chef, Paul St-Pierre Plamondon, qui dirigera un gouvernement minoritaire, sans pour autant se dénaturer.
Nous sommes des parlementaires libéraux, élus pour défendre nos convictions libérales et notre vision du Québec; nous ne marchanderons jamais nos valeurs, a-t-il averti.
Questionné sur le sujet en point de presse, M. Milliard a notamment prévenu que le PLQ, en Chambre, serait intraitable quant à l'organisation d'un troisième référendum sur la souveraineté du Québec ou à certaines questions relatives à l'immigration et à l'économie.
La première réunion du nouveau caucus libéral aura lieu mardi après-midi au Château Royal de Laval.