"Une victoire pour les libertés académiques": la justice donne tort au Collège de France pour avoir annulé un colloque sur la Palestine
Le 9 novembre 2025, Thomas Römer, le Collège de France avait décidé d’annuler le colloque "Palestine et Europe : poids du passé et dynamiques contemporaines", à cause d’une "polémique" et des "risques" de troubles à l’ordre public. La justice lui a donné tort et a condamné le prestigieux établissement à verser 1 000 euros à plusieurs groupes requérants.
Le tribunal administratif de Paris a donné tort, ce mercredi 16 juillet, au Collège de France qui avait décidé d’annuler un colloque sur la Palestine à l’automne, en évoquant une polémique et un risque pour l’ordre public.
Les universitaires et intervenants qui, au nom de la liberté académique, avaient saisi la justice "sont fondés à soutenir que la décision de l’administrateur du Collège de France d’annuler le colloque prévu les 13 et 14 novembre 2025 est entachée d’une erreur d’appréciation", souligne le jugement du tribunal, consulté par l’AFP.
L’administrateur, Thomas Römer, avait annulé le 9 novembre ce colloque "Palestine et Europe : poids du passé et dynamiques contemporaines", à cause d’une "polémique" et de "risques" autour de cet événement que des personnalités avaient qualifié de "propalestinien", "biaisé" ou "antisioniste". Le ministre de l’Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, avait soutenu cette décision en la qualifiant de "responsable". Le colloque s’était malgré tout tenu aux mêmes dates au Carep (Centre arabe de recherches et d’études politiques), à huis clos, sans incident, mais l’annulation avait suscité de vives inquiétudes dans le monde universitaire.
Le Collège de France condamné à verser 4 000 euros
À l’audience, le 1er juillet, le rapporteur public avait estimé que la décision de Thomas Römer était "disproportionnée". "Étrange défaite que de ne pas avoir mobilisé la police pour sécuriser les abords, filtrer les entrées" au lieu d’annuler l’événement, avait-il lancé, estimant que la liberté académique devait "résister" face au risque de troubles à l’ordre public.
Dans sa décision, le tribunal estime que le Collège de France n’a pas apporté d’éléments caractérisant le risque d’atteinte à l’ordre public quand la décision d’annulation a été annoncée et n’a pas montré qu’il lui aurait été impossible de sécuriser l’événement ou de l’organiser à huis clos.
Le tribunal condamne le Collège de France à verser 1 000 euros à plusieurs groupes de requérants, soit 4 000 euros au total. Me Raphaël Kempf, avocat des chercheurs et intervenants, a salué une "victoire pour les libertés académiques et contre la censure"."La censure du colloque était une prime à l’ignorance car elle a été demandée et obtenue par des gens qui n’avaient pas lu les travaux des chercheurs invités, ne cherchaient pas à en débattre sereinement et préféraient l’anathème à la réflexion", a-t-il commenté auprès de l’AFP.
Pour l’avocat du Collège de France, en revanche, l’établissement "a été confronté à une situation exceptionnelle" et il n’était "pas en mesure de faire face". "Le colloque a en outre pu se tenir dans un autre lieu. Le tribunal administratif aurait pu tenir compte de ces éléments mais il en a décidé autrement", a regretté Me François Molinié.