Vaches, cochons, moutons et légumes partagés: un "potager du cœur" pousse dans ce paradis pour animaux de la ferme

Vaches, cochons, moutons et légumes partagés: un "potager du cœur" pousse dans ce paradis pour animaux de la ferme

Dehors, dans la prairie, Bob et Marley gambadent gentiment avec leurs copains moutons – ils sont treize en tout. À gauche, dans un autre enclos, il y a les chèvres. Au fond, dans le champ qui descend vers le petit ruisseau qui marque la frontière de la propriété de 4,7 hectares, on aperçoit cinq vaches et deux bœufs broutant tranquillement. Et sur la droite, deux cochons à la silhouette élancée : des Piétrain au pelage reconnaissable. Tous ont échappé au mauvais sort : maltraitance, abandon, saisie… Ici, à Gozée (une section de la commune de Thuin), dans la ferme d'Isabelle et Grégory Wispelaere, ils ont trouvé un refuge pour y couler d'heureux derniers jours.

Changer le regard

Le couple amoureux de la terre, de la nature et des animaux rêvait d'ouvrir ce sanctuaire. Mais les prairies étaient hors de prix. En mars 2024, ils tombent par chance sur cet endroit. "En quinze jours, on avait vendu notre maison et acheté la ferme", raconte Grégory. Ils adoptent d'emblée trois vaches d'une éleveuse qui divorçait – aucun refuge ne voulait reprendre les bêtes. Seize mois plus tard, ils en sont à 26 animaux de la ferme.

Grégory Wispelaere, responsable du sanctuaire pour animaux de ferme à Gozée (entité de Thuin).
Grégory Wispelaere, coach et passionné de la nature, de la terre et des animaux. ©An. H.

"Quand ils arrivent ici, ils y restent jusqu'à la fin de leur vie : on ne les remet pas à l'adoption", dit Grégory. "Les chèvres, on les avait vues grandir ! Nos anciens voisins n'arrivaient plus à les gérer pour raisons de santé. Comme ils n'ont pas réussi à les vendre sur Internet, ils nous ont appelés en nous demandant si on ne voulait pas les prendre."

"On a tout de suite dit oui", renchérit Isabelle. "On s'investit pour tenter de changer le regard qu'on porte sur les animaux de ferme."

"Ils me le rendent tellement bien, cela donne envie de continuer"

Pas de traite des vaches

Au début, avec cinq vaches, le couple s'en sortait seul. Mais le cheptel a gonflé. Les fermiers ont besoin d'aide pour soigner les bêtes. Trois bénévoles réguliers leur donnent des coups de main. Pour traire ? "Tout le monde nous pose la question ! Mais non !", s'exclame Isabelle. "Les vaches ne font du lait que si elles ont des petits. Ici, on ne fait pas d'insémination et les bœufs sont castrés. Donc il n'y aura pas de veaux." Et pas de lait. Dans la filière industrielle, on enlève les petits des laitières, on tire leur lait et quand la production s'arrête, on les insémine et le cycle recommence. "Et comme ça, au bout de 3 ou 4 ans, c'est hop ! à l'abattoir".

Ici, rien de tout ça. "On est très attachés aux droits des animaux. Ils ont tous leur personnalité, leur caractère : ce sont des individus. une autre relation est possible avec eux", poursuit Isabelle, infatigable défenseuse de la cause animale. Dans son ancienne vie, elle était professeure de français dans le secondaire.

Se relier à soi, aux autres, aux animaux, à la planète

À L'Aurore (nom donné au lieu), chaque vache, chaque chèvre, chaque mouton, chaque cochon a son prénom. Mais le projet conçu par Isabelle et Grégory Wispelaere déborde largement du sanctuaire pour animaux de la ferme. Ils développent aussi un écosystème nourricier solidaire et un centre d'accompagnement pour les personnes en transition de vie.

"On voulait un projet global et holistique. L'Aurore, c'est un lieu de reliance à soi, aux autres, aux animaux, à la planète", détaille Grégory. Coach en entreprise – une activité qu'il poursuit −, l'homme est passionné de permaculture. Dans l'ancienne salle de traite transformée en salle polyvalente, il montre les plans du domaine : les abris des animaux, en construction ; le potager en forme de mandala, en plantation ; les mares à venir ; les prairies envahies de chardons, à renourrir ; le bâtiment de la ferme, où de futures chambres accueilleront des hôtes…

Le lieu invite chacun (citoyen engagé, association, entreprise…) à faire un pas de côté pour réinterroger ses pratiques et créer des projets cohérents avec un monde en transition, dit-il.

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Des cochons chouchoutés, pas engraissés

"L'autre regard sur les animaux de la ferme induit aussi un autre modèle d'agriculture, où on n'utilise pas d'intrants animaux pour générer des légumes", poursuit Grégory. "La grande croyance populaire et universitaire, c'est qu'il faut absolument élever des cochons pour avoir des carottes. Mais c'est totalement faux : il y a des milliers de fermes dans le monde qui n'utilisent que de l'herbe pour générer du fumier. Ce qui est extrêmement porteur pour l'environnement parce que ça désolidarise l'élevage de l'agriculture."

D'ailleurs, à L'Aurore, les deux cochons récupérés d'une saisie ne sont pas engraissés mais chouchoutés, pour éviter qu'ils prennent trop de poids "parce qu'ils sont sujets à l'arthrose des pattes". Un changement de paradigme pour les soins des vétérinaires. "Ils n'ont pas l'habitude que les animaux vieillissent. Des cochons de neuf mois, c'est rare", souligne Isabelle. D'ordinaire, au bout de quatre mois d'élevage, les porcelets se retrouvent déjà dans la marmite.

Bio et solidaire

Des bénévoles, âgés de 10 à 60 ans, viennent parfois de loin (Bruxelles, Liège, Ostende…) pour aider ponctuellement dans la ferme qui héberge un "potager de la paix". "Les différents éléments du potager sont aussi des éléments de réflexion sur soi : on travaille sa terre intérieure et le jardin extérieur. C'est un terreau fertile pour celles et ceux qui veulent œuvrer à un monde plus juste, plus sensible, plus aligné", expose Grégory.

Des tomates, des concombres et des potimarrons pointent déjà le nez sur les 1 200 mètres carrés du mandala, où de nombreuses planches de culture sont en jachère. Quelque 250 arbres fruitiers, "locaux et robustes pour résister au changement climatique", vont être plantés. Une serre bioclimatique verra pousser des mandariniers, des citronniers, des papayers…

Ce potager, aussi résilient que possible, veut permettre aux résidents et aux animaux de l'Aurore d'accéder à des légumes, des plantes et des fruits bio, énergétiques et de première qualité. Le projet a aussi des visées solidaires : une partie des récoltes sera distribuée au marché du CPAS de Thuin pour permettre aux personnes plus défavorisées de manger sainement.

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