Visite présidentielle au large du Finistère sur la frégate Auvergne
Le journaliste Nicolas Poincaré évoque ce matin la visite d'Emmanuel Macron au large du Finistère sur la frégate Auvergne en pleine crise lycéenne.
C’etait mardi dernier, après avoir raccompagné le pape, et en pleine crise lycéenne, Emmanuel Macron s’est rendu au large du Finistère sur la frégate Auvergne pour voir sortir de l’eau un missile tiré depuis un sous-marin nucléaire. Et le président l’a vu, ce missile M51. C'est un engin haut comme un immeuble de trois étages, lourd comme une cinquantaine de voitures. qui s’extrait de l'océan pour aller très loin dans l’espace, beaucoup plus haut que la station spatiale, puis le missile redescend sur terre à 20.000 kilomètres heures, c’est à dire 20 fois la vitesse du son.
Et ce missile transporte 10 têtes nucléaires, chacune beaucoup plus puissante que la bombe d’Hiroshima.
Tout ça pour dire qu’Emmanuel Macron a assisté mardi à un essai d’une arme terrible. Le cœur du dispositif de la dissuasion nucléaire française.
Mais le missile tiré mardi ne portait pas de charge nucléaire.
Heureusement non, c’est un missile vide qui est allé s'abîmer dans l’atlantique. C'était un exercice parce que le sous marin qui l’a lancé le SNLE “le vigilant” sortait d’une longue révision générale. Mais ce qui est intéressant, c’est que le président de la république ne devait pas y assister. Sa présence n’a été annoncée qu’au dernier moment.
Dans la foulée, l'Elysée a publié un communiqué pour dire que très peu de nation dispose d’un tel savoir-faire, c'est-à- dire d’un tel arsenal nucléaire. Et il a ajouté : "Pour être libre, il faut être craint, et pour être craint il faut être puissant". Une phrase qu’il adore, c’est la troisième fois qu’il le dit ou qu'il l’écrit : Il faut être craint pour être libre…
Cette fois-ci, Emmanuel Macron semblait répondre directement à Vladimir Poutine.
Et ce n’est certainement pas un hasard. Emmanuel Macron est allé assister à ce tir en mer quelques jours seulement après les menaces russes. Rappelons-le, le 30 septembre la Russie a menacé d’utiliser des armes nucléaires si l’enclave de Kaliningrad était attaquée ou même simplement isolée. Vladimir Poutine l’a personnellement répété le lendemain.
Kaliningrad est un petit territoire Russe hors de la Russie, coincé entre deux membres de l’OTAN, la Pologne et la Lituanie. Territoire relié à sa mère patrie par un petit corridor, en réalité une autoroute. Ce que les Russes ont dit c’est que la simple fermeture de cette autoroute serait un casus belli, nucléaire.
Tout cela s’inscrit dans le contexte de la nouvelle doctrine française de la dissuasion nucléaire.
C’est la nouveauté en effet. Depuis de Gaulle, il était clair que la bombe atomique française était faite pour dissuader quiconque d’attaquer la France. Son territoire ou ses intérêts vitaux. Depuis mars dernier, les choses ont évolué. Emmanuel Macron a présenté un projet de dissuasion élargie qui prévoit que la France gardera seule la maîtrise de son arsenal mais que les armes nucléaires françaises pourraient aussi être utilisées pour protéger un pays européen ami. Si et seulement si la France le décide.
10 pays européens ont déjà fait savoir qu’ils étaient intéressés par l’idée de bénéficier de ce parapluie français. Et qu’ils étaient d’accord pour que des avions français porteur d’armes nucléaires utilisent leur espaces aériens où se posent sur leur territoire. La Lituanie a changé sa constitution cette semaine pour que des armes nucléaires puissent être stationnées dans le pays. L'Allemagne participera l’an prochain à un exercice nucléaire conjoint avec la France. Ce n’était jamais arrivé.
Et en attendant, Emmanuel Macron est allé montrer mardi, au monde en générale et à Vladimir Poutine en particulier que nos sous-marins nucléaires lanceurs d’engins fonctionnaient très bien.