« Vos colères, je les ramasse et je les porte à Paris comme une arme ! » : pour son banquet à Peymeinade, le député RN Lionel Tivoli n’a pas fait dans la dentelle

« Vos colères, je les ramasse et je les porte à Paris comme une arme ! » : pour son banquet à Peymeinade, le député RN Lionel Tivoli n’a pas fait dans la dentelle

Odeur de paella et petits drapeaux tricolores ce dimanche midi dans la pinède Daudet de Peymeinade. Pour la rentrée parlementaire de Lionel Tivoli, député Rassemblement national (RN) de la 2e circonscription, même les verres en carton étaient bleu-blanc-rouge. Pas étonnant dans une commune qui se revendique, « Ville patriote, partenaire de la défense nationale », via un nouveau panneau installé à l’entrée depuis l’élection de la maire RN Brigitte Vidal. Toujours tout sourire, cette dernière se réjouit d’ailleurs d’accueillir le « banquet » de son député et colistier, dans cet espace végétalisé qui porte le nom d’un auteur provençal connu pour ses Lettres de mon moulin mais aussi pour ses convictions anti Dreyfusardes.

« J’adore cet endroit, je vais moi-même planter des arbres sur toute la commune », annonce l’édile, à laquelle l’ancien maire de Grasse Jean-Pierre Leleux (alors Mouvement pour la France - MPF), avait mis le pied à l’étrier politique.

Alors que Franck Galbert (conseiller municipal du Cannet) ou Lucas Mussio (conseiller municipal de Cannes) font office de placier à l’arrivée des convives (en chemises plutôt qu’en « costard en kevlar » comme le préconise Marine Le Pen), on interroge. Est-ce que les accusations de Mediapart concernant des propos antisémites tenus jadis par Jordan Bardella ne vont pas gâcher un peu la fête ? « Tout ça paraît un peu grossier. Si ces propos s’avèrent véritables, je ne les pardonne pas mais, pour moi, le principal danger réside dans la France Insoumise », confesse un cadre militant de confession juive.

Jordan Bardella, président du parti d’extrême droite français Rassemblement national (RN), s’apprête à s’adresser à la presse après un entretien avec le président de la République au palais de l’Élysée, à Paris, le 18 septembre 2026

Déjà assis dans leur travée, Donald et Marylou sont encore plus catégoriques : « Pour moi, tout ça, c’est de la connerie, et ça va continuer comme ça jusqu’à la fin de la campagne présidentielle », siffle le premier. « Aller rechercher si loin, quand il avait 17 ans, c’est choquant ! », ajoute la seconde. Marié depuis 60 ans, ce couple de retraités âgés de 78 ans revendique son vote Lepéniste depuis l’ère Jean-Marie. « Et tout cela ne change rien à nos convictions. Ce n’est pas parce que les journalistes lancent un pavé dans la mare qu’on va les écouter ! »

« N’écoutez plus Mediapart ni Libération »

Au banquet de Lionel Tivoli, le bleu blanc rouge était de mise dans la pinède Daudet
Au banquet de Lionel Tivoli, le bleu blanc rouge était de mise dans la pinède Daudet
Patrice Lapoirie / Nice-matin

Sur l’estrade, là encore tapissée d’un grand drapeau national avec le visage de Lionel Tivoli en toile de fond, l’« affaire Bardella » sera carrément passée sous silence. La vedette du jour se contentant d’intimer aux 260 spectateurs (1) à ciel ouvert : « N’écoutez plus Médiapart et Libération. La France populaire est éternelle. »

Populaire, et un brin populiste dans le discours du député. Qui surfe allègrement sur les problèmes des gens ordinaires (« le maire asphyxié, l’infirmière épuisée, le commerçant matraqué ») pour se poser en recours : « Vos colères, je les ramasse et je les porte comme une arme à Paris ! » Qui joue aussi de la fibre locale, quitte à flirter avec la caricature : « Je ne suis pas devenu un bobo parisien, les dîners m’ennuient souvent et l’air de nos montagnes me manque », souligne le député référent de 72 communes du Pays grassois et vençois.

LR et LFI renvoyés dos à dos

Et si le parti se veut « Rassemblement », Lionel Tivoli n’hésite pas à appuyer sur les antagonismes pour faire mal. « Les Républicains, c’est la politique du clignotant : à droite quand ils sont en campagne, à gauche après. On l’a vu avec Sarkozy qui nous a promis le Karcher avant de nous amener Kouchner ! ». Tandis qu’« Édouard [Philippe] le flemmard » est copieusement hué, les « écolos radicaux mangeurs de graines en trottinette » sont également égratignés. Et France Télévision, promise à la privatisation.

Mais l’ennemi principal, le rival désigné, reste évidemment La France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon, « dont les avocats commis d’office de la racaille aiment hurler au scandale. ».

Le lexique habituel du RN

Une estrade, telle un strapontin pour les élus et militants RN
Une estrade, telle un strapontin pour les élus et militants RN
Patrice Lapoirie / Nice-matin

Insécurité (« les juges relâchent les voyous avec un petit mot d’excuse ; à Grasse, les détenus ont droit à un atelier de fabrication de burger et à un spectacle comique mais la prison n’est pas Top chef ni le club Med ! »), immigration (« L’État français est devenu le hall d’entrée de l’Europe, il faut supprimer l’aide médicale d’État et mettre les OQTF dans l’avion sans billet retour »). Sans surprise, les thèmes habituels de l’extrême droite sont déroulés sans nuance. Et à défaut de mesure aux intérêts strictement locaux, l’élu à l’Assemblée cite ses propositions de loi pour « expulser les délinquants condamnés des logements sociaux », ou « faire payer les dégâts des émeutes par les casseurs eux-mêmes ».

On l’aura compris, l’heure n’est pas à l’apaisement, mais plutôt à souffler sur les braises, en « cette année de combat où le bon sens populaire va enfin pouvoir bousculer le système. »

Un ton attendu, presque conventionnel, en cette période de pré-élection présidentielle.

1. Dont Gabriel Tomatis, député RN de la 4e circonscription, Virginie Escalier, maire RN de Toudon, et Andréa Orabona, maire RN de Conségudes et suppléant du député.