1000 euros de différence d’une commune à l’autre : votre commune a-t-elle augmenté ses impôts locaux en 2026 ? - RTBF Actus
On les appelle "taxe additionnelle à l’impôt des personnes physiques" et "centimes additionnels au précompte immobilier". Deux concepts pas toujours bien connus par les citoyens, mais qu’on aurait tort de négliger car ils peuvent représenter un petit budget : parfois plusieurs milliers d’euros d’impôts par an. Et ces impôts varient d’une commune à l’autre.
Selon nos calculs, deux familles aux profils identiques dans un logement équivalent paieront 1000 euros d’impôts de plus ou de moins selon qu’elles habitent dans une commune aux taxes communales faibles ou élevées.
Mais de quoi parle-t-on concrètement ?
- La taxe additionnelle à l’impôt des personnes physiques (IPP) est un impôt supplémentaire, sous forme d’un pourcentage, décidé par chaque commune. Il vient s’ajouter à l’impôt calculé sur les revenus, en fonction des tranches d’impôt. Et le pourcentage communal, qui ne peut pas excéder les 8,8% vient donc s’ajouter à l’impôt prévu, afin d’alimenter les finances communales. Par exemple, si un travailleur doit payer 1000 euros d’impôts sur les revenus professionnels, et qu’une commune applique le taux maximum de 8,8%, il paiera au total 1088 euros d’impôts dont 88 euros iront dans les caisses communales. Bien souvent, les contribuables ne s’en aperçoivent pas. Cela n’apparaît pas sur la fiche de paie mensuelle, mais dans l’avertissement extrait de rôle, lors de la déclaration d’impôts. Ce qu’il faut donc retenir, c’est qu’on taxe ici le travail ou les revenus de remplacement comme l’allocation de chômage ou la pension.
- Les centimes additionnels au précompte immobilier sont aussi une taxe décidée par les communes, mais celle-ci ne vise pas les revenus du travail. Elle ne concerne que les propriétaires de biens immobiliers, et donc pas les locataires, puisqu’elle taxe la propriété immobilière. Comment ? C’est un peu technique, accrochez-vous. Chaque bien immobilier possède un revenu cadastral. Ce revenu cadastral est un montant fictif, calculé il y a plusieurs dizaines d’années, qui est supposé correspondre à ce que ce logement vous rapporterait s’il était mis en location. Aujourd’hui, ce calcul et son montant sont complètement désuets, mais ils continuent à servir de base au calcul qui suit. Ce revenu cadastral est indexé en fonction du coût de la vie. Sur ce revenu cadastral désormais indexé, chaque niveau de pouvoir (région, province ou agglomération bruxelloise et enfin commune), va pouvoir décider d’un pourcentage qui correspondra au montant de la taxe. Par exemple, un logement dont le revenu cadastral non indexé est de 500 euros sera indexé à 1125 euros aujourd’hui. Si une commune applique 2500 centimes additionnels communaux, cela représente 25% soit 281,25 euros d’impôts en 2026.
Ensemble, ces deux taxes représentent 35% en moyenne des recettes des communes. "Il y a aussi 15% qui sont d’autres taxes, par exemple les taxes poubelles, les taxes sur les piscines, sur la force motrice, sur les divertissements, explique Katlyn Van Overmeire, conseillère experte en finances publiques locales à l’Union des Villes et Communes de Wallonie. On peut aussi parler des redevances sur les documents administratifs que chaque commune peut fixer librement. Un quart des recettes provient ensuite du Fonds des communes. C’est une dotation que la Région wallonne verse chaque année aux communes en fonction de différents critères. Et le dernier quart, ce sont des subsides à l’emploi par exemple, ou des revenus divers à travers des salles communales, des dividendes d’énergie ou la vente de bois."
Chaque année, les communes peuvent décider d’augmenter, de réduire ou de maintenir au même niveau ces deux impôts. Généralement, elles ne le font qu’au début de leur mandature de six ans, qui suit les élections communales. Et ce début de mandature, c’est maintenant.
De fait, depuis les dernières élections communales d’octobre 2024, le budget 2026 est la première occasion pour les nouveaux élus de modifier ces impôts. Le budget de 2025, voté justement en octobre ou novembre, arrive trop tôt pour que les nouvelles majorités puissent y toucher.
Alors qu’ont-elles décidé, ces nouvelles majorités ? Dans 220 communes wallonnes et bruxelloises (soit 79%) : rien. Ou plutôt, de ne pas modifier les taux, ni à la hausse, ni à la baisse. Sept communes ont choisi de réduire les impôts et 53 autres communes ont décidé de les augmenter.
Environ 35 communes qui ont choisi d’augmenter les centimes additionnels communaux au précompte immobilier, c’est-à-dire la taxation de la propriété immobilière.
Il s’agit par exemple des communes de Wavre, Lasne, Genappe, Ramillies (Brabant wallon), Frasnes-lez-Anvaing, Charleroi, Hensies, Les Bons Villers, Dour, La Louvière, Morlanwelz (Hainaut), Marchin, Wanze, Chaudfontaine, Esneux, Aubel, Dison, Pepinster, Spa, Lincent (Liège), Aubange, Daverdisse, Etalle, Musson (Luxembourg) ou Gembloux (Namur).
C’est le cas aussi de la moitié des communes bruxelloises (Auderghem, Berchem-Sainte-Agathe, Bruxelles-Ville qu’on évoquera ci-dessous, Etterbeek, Ganshoren, Jette, Saint-Josse-ten-Noode, Uccle, Watermael-Boitsfort et Woluwe-Saint-Pierre) où la problématique budgétaire semble être plus profonde, puisqu’une commune sur deux augmente ce taux contre une commune sur dix en Wallonie. À Saint-Josse, la hausse est la plus importante du pays avec un passage de 2980 à 4090 additionnels communaux soit, nous le verrons plus tard, près de 250 euros d’impôts en plus sur un logement type.
"On a beau avoir une fois de plus revu tous nos frais de fonctionnement, on les baisse encore de 9% cette année, on n’a pas eu le choix", déplore Sophie De Vos, à la tête de la commune d’Auderghem qui, malgré l’augmentation, garde le taux de précompte immobilier le plus bas de la région. A l’entendre, les mauvaises nouvelles semblent frapper plus durement les communes bruxelloises. "Les pouvoirs locaux bruxellois sont les seules à payer intégralement, sans aide, les charges de pensions. En plus de cela, la police est sous-financée, on va avoir l’exclusion des chômeurs après deux ans, et une série de subsides de l’année dernière qui ne sont pas arrivés", peut-être en raison de l’absence de gouvernement bruxellois pendant toute l’année 2025.
On se dit qu’en tant que propriétaires, on a un peu plus de mou que les locataires
Pour affronter ces enjeux, Auderghem a donc choisi d’augmenter le précompte immobilier plutôt que l’IPP. "D’abord, parce qu’une série de personnes comme les fonctionnaires internationaux ou d’autres ne paient pas d’IPP. Et ensuite, on se dit qu’en tant que propriétaires, on a un peu plus de mou que les locataires", et ce sont bien les propriétaires qui sont visés par l’augmentation du précompte.
En théorie, les communes peuvent augmenter leur précompte immobilier sans limite, si ce n’est l’acceptation sociale de payer plus d’impôts. La région wallonne recommande aux communes de ne pas dépasser 2600 centimes additionnels, mais cette règle n’est pas contraignante et une centaine de communes wallonnes dépasse ce seuil selon notre décompte. A Bruxelles, il n’y a aucune règle, mais seule la commune d’Auderghem se trouve en dessous de la limite appliquée en Wallonie.
Parmi les 280 communes, seules trois réduisent les additionnels communaux sur le précompte immobilier, et sans augmenter l’IPP : Pecq dans le Hainaut (de 2800 à 2600 centimes additionnels), Chastre dans le Brabant wallon (de 2600 à 2550) et Woluwe-Saint-Lambert en région bruxelloise (de 3200 à 3175).
Parmi ces communes qui ont augmenté les centimes additionnels sur le précompte immobilier, il en existe une série dont l’objectif n’est pas une augmentation d’impôts, mais plutôt un "tax shift", c’est-à-dire un déplacement de la taxation des revenus du travail vers l’immobilier. Par exemple :
- Gembloux augmente les centimes additionnels au précompte immobilier de 2600 à 2800 et réduit l’additionnel à l’IPP de 7,8% à 7,6% ;
- Spa augmente ses centimes additionnels de 2500 à 2800, mais réduit de 7,5% à 7% l’IPP ;
- Esneux augmente de 2700 à 3100 ses additionnels communaux sur le précompte immobilier et réduit l’IPP de 8,5% à 8,1% ;
- Etterbeek augmente de 2966 à 3475 ses centimes additionnels sur le précompte immobilier, mais réduit l’IPP de 6% à 5,8% ;
- Uccle augmente ses additionnels communaux de 2940 à 3400 mais baisse l’IPP de 5,7% à 5,6% ;
- Bruxelles (Bruxelles-ville) réalise le tax shift le plus important, en augmentant de 2950 à 3457 ses centimes additionnels mais en réduisant l’IPP de 6% à 4,9%. Il s’agit désormais du taux d’IPP le plus bas de Wallonie et de Bruxelles.
À ce titre, Bruxelles-Ville est peut-être l’un des cas les plus intéressants. "On a fait une vraie réforme fiscale qui devait équilibrer les recettes pour faire face aux coûts supplémentaires de CPAS par l’exclusion du chômage, mais on en a aussi profité pour favoriser le pouvoir d’achat de nos habitants, des travailleurs qui habitent dans la commune et des propriétaires habitants", explique Anas Ben Abdelmoumen, échevin des Finances. Comment ? "On a dû l’expliquer plusieurs fois", pique-t-il.
L’augmentation du précompte immobilier de 2950 à 3457 sera "entièrement et automatiquement compensée, sans charge administrative" pour les propriétaires qui habitent dans leur logement. "Et en plus de ça, on offre une compensation de 100 euros à chaque propriétaire habitant", ajoute l’échevin. Autrement dit, alors que le taux de précompte augmente, les propriétaires habitants paieront 100 euros de moins.
Par quel tour de magie ? En visant les nombreux propriétaires bailleurs de la commune, ceux qui mettent leur bien en location. Ils n’auront ni la prime, ni la compensation. "On compte 92.423 propriétaires bailleurs pour 23.779 propriétaires habitants", précise l’échevin. Ce qui veut dire qu’en augmentant un peu l’imposition des premiers, la commune peut baisser de façon importante l’imposition des seconds. "Pour 90% des propriétaires bailleurs, l’augmentation sera de 30 euros par mois", ajoute encore Anas Ben Abdelmoumen.
Résultat ? 32 millions d’euros d’impôts supplémentaires dans les caisses de la commune et une baisse d’impôts pour les habitants. "Si on ajoute aussi la baisse de l’IPP, un habitant au salaire médian gagnera 250 euros nets sur l’année, un policier 150 euros, un professeur 130 euros", calcule l’échevin.
Et encore, c’était avant d’apprendre que le nouveau gouvernement bruxellois s’engageait à doubler la prime Be Home de 160 euros attribués aux propriétaires qui occupent leur logement.
En ce qui concerne l’autre impôt communal, la taxe additionnelle à l’impôt des personnes physiques (IPP), il augmente dans 30 communes sur 280.
Les hausses les plus notables sont repérées à Léglise (+ 1,5%) Virton, Saint-Léger, Etalle, Butgenbach, Saint-Nicolas, Incourt, Koekelberg (+ 1%), Lincent, Huy, Morlanwelz, Ramillies (+ 0,8%) Habay, Molenbeek-Saint-Jean (+ 0,7%), La Calamine, Brunehaut (+ 0,6%), Musson, Daverdisse, Yvoir, Wanze, Lobbes, Froidchappelle, Fleurus, Wavre, Genappe, Evere (+ 0,5%).
"Personne n’augmente les impôts de gaieté de cœur. On passe de 6,5% à 8% d’IPP, donc on se replace dans la moyenne provinciale après des années sous cette moyenne, justifie Simon Huberty, bourgmestre de Léglise. Etant donné les charges qui tombent sur les communes, que notre population a quasiment doublé en 25 ans, on devait rééquilibrer pour continuer à offrir le même niveau de services."
Pour augmenter ses recettes, Léglise a donc choisi de toucher à l’impôt sur le revenu et non à l’immobilier, à travers le précompte. "Si on regarde le précompte immobilier, et surtout dans les communes rurales, on se rend compte qu’il est très variable en fonction de la date de construction du logement. Si on avait augmenté le précompte, on aurait touché beaucoup plus durement les habitants des logements récents par rapport à ceux qui habitent un logement plus ancien et donc c’est assez injuste. L’IPP, lui, suit les revenus des gens et donc c’est davantage proportionnel."
Et puis, il existe une trentaine de communes qui ne peuvent tout simplement plus augmenter l’additionnel à l’IPP. En effet, la loi fixe un plafond de 8,8%.
Celui-ci est déjà atteint à Havelange, Dinant, Vielsalm, Faimes, Fexhe-le-Haut-Clocher, Donceel, Limbourg, Visé, Huy, Hamoir, La Louvière, Mouscron, Leuze-en-Hainaut, Tournai, Pecq, Sivry-Rance, Beaumont, Anderlues, Quiévrain, Fontaine-l’Evêque, Farciennes, Courcelles, Chappelle-lez-Herlaimont, Lessines, Chièvres, Ath, Hélécine ou Jodoigne. Des communes désormais rejointes par Lincent, Comblain-au-Pont, Marchin, Morlanwelz, Brunehaut par leurs augmentations de 2026.
Il s’agit souvent, mais pas que, de communes où le revenu moyen est plus faible, où le taux de chômage est plus élevé. Cela implique, à la fois, davantage de dépenses pour la commune, par exemple à travers les CPAS mais aussi une "assiette fiscale" plus petite et donc le besoin d’augmenter le taux d’imposition.
Seules deux communes, en dehors des six communes concernées par le tax shift ci-dessous, réduisent l’IPP sans toucher au précompte immobilier : Baelen en Province de Liège (-0,3%) et Thuin dans le Hainaut (-0,1%). Et pour la petite histoire, trois communes affichent des taux d’IPP de 0% dans le pays : Knokke, La Panne et Coxyde.
Pour tenter d’y voir plus clair à travers ces pourcentages, nous les avons convertis en euros en établissant une famille type : deux parents au salaire médian (4000 euros bruts, alors que le salaire médian de 2022 est de 3728 euros), deux enfants à charge, et propriétaire d’un logement dont le revenu cadastral non indexé est de 1000 euros. L’ensemble de la méthodologie est développé dans l’encadré ci-dessous.
Verdict ? C’est à Amblève, en communauté germanophone, que ces contribuables type sont les moins taxés avec une facture totale, pour cette famille type de 1512 euros en 2026. Les taux y sont restés inchangés par rapport à 2025. "Cela tient au fait que 5500 des 12.500 hectares de la commune soit boisés. Et sur ces 5500 hectares, 3500 appartiennent à la commune, explique le bourgmestre Erik Wiesemes. Donc cela fait des milliers de mètres cubes de bois que nous pouvons vendre chaque année au bénéfice de la commune, même si une partie est réinvestie dans les plantations et la sécurisation."
De l’autre côté de l’échelle, les villes d’Ath et de La Louvière réclameront 2540 euros à cette même famille, soit 1000 euros de plus qu’à Amblève. Ath n’a pas modifié sa taxation cette année, mais La Louvière a relevé les additionnels communaux au précompte immobilier de 2850 à 3200 centimes additionnels, soit 78 euros de plus par rapport à l’année dernière pour notre famille type.
Mais ce n’est pas à La Louvière que les contribuables subiront la plus grosse augmentation. Pour notre famille fictive, comptez des augmentations par rapport à 2025 de 310 euros à Léglise, 250 euros à Ramillies et Saint-Josse, 220 euros à Morlanwelz et Wavre, 200 euros à Saint-Léger, Virton, Butgenbach, Incourt et Saint-Nicolas, 190 euros à Lincent, 170 euros à Daverdisse, Wanze et Huy, 140 euros à Ganshoren et Evere, 120 euros à Musson, Genappe, La Calamine, Woluwe-Saint-Pierre et Brunehaut, 110 euros à Berchem-Sainte-Agathe, 100 euros à Auderghem, Dison, Froidchapelle, Fleurus et Lobbes.
À l’inverse, ce ménage aurait le sourire s’il habitait à Bruxelles-Ville (-113 euros), Baelen (-62 euros), Pecq (-45 euros), Spa (-36 euros), Thuin (-20 euros), Chastre (-11 euros) ou Woluwe-Saint-Lambert (-5€).
Sauf catastrophe dans les finances communales, ces taux ne bougeront donc plus jusqu’aux prochaines élections communales prévues en 2030.