«2026, c’est l’année des conservateurs», estime Éric Duhaime
« J’ai l’impression que 2026, c’est l’année des conservateurs », a scandé Éric Duhaime avec confiance au premier jour d’une campagne que les sondages annoncent foisonnante pour le Parti conservateur du Québec (PCQ). Le chef a toutefois vu de vieilles controverses rejaillir à la surface et éclabousser le lancement d’une course qui doit lui ouvrir, selon les projections, les portes de l’Assemblée nationale le 5 octobre prochain.
Lunette protectrice au visage et « caps d’acier » aux pieds, M. Duhaime a commencé sa campagne dans la chaleur écrasante de l’usine Prévost de Sainte-Claire. Les poignées de main franches et les hochements de tête approbateurs échangés avec le personnel rencontré sur le plancher confirmaient jeudi ce que les sondages perçoivent depuis plusieurs semaines : ici, le chef conservateur et son parti se trouvent en territoire allié.
« Il va rentrer fort dans Bellechasse », assurait le technicien-monteur Jimmy Croteau entre deux échos de soudage. « On a la mémoire longue, ici : on va s’en rappeler, des promesses brisées de la CAQ. »
« L’histoire du troisième lien, on est plusieurs à l’avoir encore en travers de la gorge », soulignait une heure plus tôt le chef conservateur en donnant le coup d’envoi de sa campagne. « La population de Bellechasse, comme bien des gens au Québec, s’est fait rouler dans la farine depuis huit ans. »
Choisir entre « la peur et le courage »
Cette même population devra, à ses yeux, faire « un choix entre la peur et le courage » lors de cette élection. « Vous avez le Parti québécois qui a peur de Donald Trump, vous avez la CAQ qui essaie de nous faire peur avec des tarifs, vous avez la peur du Parti libéral avec les référendums. Nous, on offre l’espoir que ça change au Québec. »
Éric Duhaime a par ailleurs accusé la première ministre sortante d’« instrumentaliser » la crise commerciale avec les États-Unis « pour faire des annonces politiques ». « Elle veut faire campagne contre M. Trump, mais l’élection est dans trois ans et elle est à Washington », a ironisé le chef conservateur. « Les Québécois ne sont pas dupes [et] ils savent qu’on arrive dans cette crise-là avec un genou à terre parce que notre gouvernement dépense et gaspille trop. »
La campagne conservatrice, résolument économique jusqu’à maintenant, propose de réviser de fond en comble le « modèle québécois » qu’Éric Duhaime dépeint à chaque occasion comme bureaucratique, inefficace, embourbé dans ses règles et dans sa voracité fiscale. Le PCQ ne chevauche plus la colère sanitaire de 2022 pour récolter des votes : il mise aujourd’hui sur l’amertume des « familles qui ont de la misère à arriver à la fin du mois » pour conquérir sa place à l’Assemblée nationale.
La stratégie s’avère déjà payante, se félicite le chef. « Nos idées font du chemin… Les autres partis en sont même rendus à nous [les] voler », a-t-il lancé jeudi. « Des fois, j’ai même l’impression que je me prépare depuis toute ma vie pour le moment qu’on vit à l’heure actuelle. »
Un premier jour hanté par les controverses
Une poignée de vieilles déclarations écrites ou prononcées par des candidats conservateurs a toutefois suffi à faire poindre jeudi des relents conspirationnistes dont le parti cherche visiblement à se défaire depuis les dernières élections.
Jeudi matin, Cogeco faisait entendre la candidate conservatrice dans Montmorency, Marie-Josée Hélie — déjà épinglée par le passé pour des inexactitudes dans son curriculum vitæ — associer la vaccination obligatoire à un plan « génocidaire » promu par intérêt pécuniaire.
La veille, Québecor épinglait Lucien Koty, le porte-drapeau des conservateurs dans Verdun. Sur les réseaux sociaux, ce dernier avait insisté sur l’« inutilité des vaccins », remis en doute la science climatique et estimé que l’OTAN, et non la Russie, avait fomenté la guerre en Ukraine.
Un troisième candidat, Frédéric Poulin dans Côte-du-Sud, aurait aussi salué sur les réseaux sociaux l’annexion du Canada par les États-Unis en 2024, selon La Presse. Ces messages, a écrit le candidat aujourd’hui, « étaient maladroits » et « ne reflètent pas [s]on point de vue actuel. »
« Ce sont des distractions », a répondu le chef conservateur jeudi face à ces squelettes que le parti espérait enterrés. « Si on exclut ces gens-là systématiquement parce qu’ils ont fait une erreur une fois, il y a quatre ans, sur un réseau social, est-ce qu’on ne risque pas de diminuer la qualité des candidats ? Ça arrive à tout le monde. »
En matière de vaccination, le parti a toujours encouragé les gens « à suivre les recommandations du comité d’immunité du Québec et de la santé publique », a assuré le porte-parole conservateur en matière de santé, Dr Karim Elayoubi. La formation prônait le libre-choix pendant la pandémie parce que « la pire chose à faire lorsqu’un de vos patients ne veut pas suivre le traitement, c’est d’essayer de le chicaner ou de lui mettre de la pression », a-t-il ajouté.
Les troupes conservatrices ont désormais 38 jours pour convaincre l’électorat d’adhérer au traitement choc qu’elles espèrent administrer à l’État. « Le modèle québécois est au bout du rouleau et les gens veulent des solutions. J’espère qu’on va se concentrer là-dessus », a martelé le chef conservateur.