À la convention républicaine de Dallas, le vice-président J.D. Vance a endossé le costume de présidentiable
"Trichez à tout va" : c'est notamment sur cette injonction confondante que Donald Trump a clôturé la convention organisée à Dallas, jeudi soir, afin de tenter de remobiliser les électeurs républicains avant les élections de mi-mandat du 3 novembre.
Auparavant, le vice-président J.D. Vance, qui a eu les honneurs du prime time à l'heure locale, a invité pour sa part les électeurs à "envoyer paître" les Démocrates lors de ce scrutin qui s'annonce difficile pour le Parti républicain.
Les projections et les sondages anticipent que les Démocrates pourraient s'emparer de la majorité à la Chambre des représentants, entièrement renouvelée, voire aussi au Sénat, où un tiers des sièges est soumis au vote.
"Il est guidé par Dieu !": Trump promet 5000 dollars à tous les Américains si son parti conserve sa majorité au Congrès lors des midtermsHommage à Charlie Kirk
Si Donald Trump, au plus bas dans les sondages, a incité ses électeurs à faire comme si son nom était sur les bulletins de vote, J.D. Vance a préféré cibler le Parti démocrate, qualifié de "parti de la haine" qui "déteste l'Amérique et ceux qui l'ont bâtie".
J.D. Vance a rendu au passage un hommage appuyé à son "ami" Charlie Kirk, l'influenceur nationaliste chrétien assassiné un an plus tôt jour pour jour, le 10 septembre 2025.
Son discours a semblé taillé pour affirmer sa stature présidentielle, que même Donald Trump semble lui reconnaître, selon diverses sources. Invoquant sa femme Usha et leur quatrième enfant, né cet été, J.D. Vance a livré une inévitable ode à la famille, promettant aux électeurs : "ce que je souhaite pour ma famille, je le souhaite aussi pour la vôtre".
Le meilleur rival de J.D. Vance, le secrétaire d'État Marco Rubio, était absent de la convention : il est en voyage officiel en Colombie, en Équateur et au Pérou. Dans un entretien accordé à un média colombien, il a déclaré n'avoir "aucun projet pour l'instant" concernant l'élection présidentielle.
Donald Trump fait une nouvelle promesse farfelueÉlasticité rhétorique
Plus discret depuis le début de l'année qu'il ne l'a été durant la première année du second mandat de Donald Trump, J.D. Vance est sorti de sa réserve ces dernières semaines, en faisant preuve d'une grande élasticité rhétorique.
Le vice-président ne peut rompre les rangs avec le président qu'il sert et doit veiller à ménager la base la plus radicale ou fervente du mouvement Maga ("Make America Great Again"). Mais l'ancien sénateur de l'Ohio ne peut ignorer le taux d'insatisfaction de la majorité des Américains sur pratiquement tous les thèmes qui leur importent, à commencer par le coût de la vie.
Le 31 août dernier, J.D. Vance a démontré sa capacité au grand écart oratoire. Il a enchaîné, le même jour, un meeting public incendiaire à l'encontre du gouvernement israélien, dans le Michigan, et un discours à huis clos, à Las Vegas, devant les représentants de la Republican Jewish Coalition (RJC), influent cénacle de donateurs juifs républicains.
Dans le Michigan, le vice-président a dénoncé une "campagne d'influence étrangère" israélienne pesant sur la politique extérieure des États-Unis pour, ensuite, assurer à la RJC que l'Administration les "aime" et qu'Israël demeure "extrêmement important pour la sécurité nationale américaine".
Le 11-Septembre vu par des Américains trop jeunes pour s'en souvenirUn modéré raisonnable…
Faisant mine d'ignorer que l'antisémitisme infuse dans la frange la plus extrémiste de la droite américaine, J.D. Vance n'hésite pas à l'imputer à la gauche et aux "gens qui apportent aux États-Unis des haines ethniques anciennes" — comprenez : les immigrants musulmans.
Sur le fil du rasoir, le vice-président a toutefois dû faire allusion au néonazi affirmé Nick Fuentes : "Je ne vais pas parler à un type qui s'en est pris à ma femme ou qui a dit qu'Hitler était un type bien".
J.D. Vance ne peut s'aliéner les électeurs républicains circonspects, voire hostiles, à l'égard d'Israël. Au micro de Joe Rogan, influent podcasteur conservateur, il s'est posé en conciliateur. "Il y a aux États-Unis un débat énorme entre les pro-Israël et les anti-Israël. Je suis le modéré raisonnable."
…et un réaliste
Se présentant de même comme un "réaliste en politique étrangère", l'ancien marine, déployé en Irak dans les années 2000, doit aussi composer avec la désastreuse opération Epic Fury lancée contre l'Iran, à laquelle il était opposé, tout comme une frange de la base Maga.
Il s'est retrouvé contraint d'en négocier la sortie, en vain jusqu'ici. Investi de cette mission mi-avril par Donald Trump, le vice-président ne peut se targuer d'aucune avancée. Rien n'est réglé dans le détroit d'Ormuz, alors que les conséquences économiques du conflit, notamment sur le coût de la vie, pourraient se payer dans les urnes lors du scrutin du 3 novembre.
Déjà en campagne
La course à la présidentielle de 2028 — et à la succession de Donald Trump — débutera dès la fin des élections de mi-mandat. Elle est déjà dans les esprits. Lors de la prise de parole de J.D. Vance, certains ont scandé : "48 ! 48 !", référence au fait que le successeur de Donald Trump sera le 48ᵉ président des États-Unis. "Il faut s'occuper d'abord de nos affaires en novembre, a souri le vice-président de 42 ans. On verra bien ce qui se passera ensuite."
Mais il a donné le ton : un opposant lui a même tendu une perche en or en brandissant un drapeau mexicain. Le vice-président lui a répliqué : "Si tu aimes tant le Mexique, casse-toi là-bas. Je paierai ton billet d'avion."
Pour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.