Ce film a battu le record de la plus longue standing ovation, tous festivals confondus
Culture 11/09/2026 08:05 Actualisé le 11/09/2026 08:06
Le documentaire « Naza » qui montre comment l’armée israélienne organise l’élimination de Palestiniens dans la bande de Gaza, a reçu une vague d’applaudissements historique.
Par Maëlle Roudaut avec AFP

TIZIANA FABI / AFP
La journaliste et réalisatrice israélienne Rachel Szor et le journaliste et cinéaste israélien Yuval Abraham sur le tapis rouge lors de la projection du film « Naza », présenté en compétition à la 83e Mostra de Venise, au Lido de Venise, le 10 septembre 2026.
Un moment historique. Les réalisateurs du documentaire « NAZA » ont été applaudis pendant 25 minutes par le public debout lors de la première, ce jeudi 10 septembre à la Mostra de Venise. Il s’agit de la plus longue standing ovation jamais enregistrée dans un grand festival de cinéma, selon le magazine américain spécialisé Variety.
Selon son synopsis officiel, ce documentaire « dévoile en détail les mécanismes qui sous-tendent le massacre systématique et prémédité de civils palestiniens à Gaza par Israël ». Tourné de nuit sur les toits de Tel Aviv, il rassemble les témoignages anonymes de 24 citoyens israéliens qui ont collaboré avec l’armée lors des opérations de représailles à Gaza après l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023. Certains sont des membres des renseignements israéliens, d’autres des soldats.
Les réalisateurs du documentaire, les journalistes d’investigation Yuval Abraham et Rachel Szor, ont très longuement été applaudis par le public lors de la première. Deux ans plus tôt, ils avaient cosigné « No Other Land » (2024), documentaire oscarisé qui suit la résistance des habitants palestiniens face à la colonisation en Cisjordanie.
Une standing ovation historique de 25 minutes
L’an dernier, la Mostra de Venise avait déjà été le théâtre d’une standing ovation record de 23 minutes lors de la première de « La voix de Hind Rajab ». Ce docu-fiction sur le meurtre d’une fillette palestinienne de cinq ans par les forces israéliennes avait alors remporté le deuxième prix du festival.
« Naza » a rejoint la compétition de la Mostra de Venise au dernier moment, près d’un mois après l’annonce de la sélection officielle, en juillet. Les réalisateurs ont précisé que ce délai était lié à la finalisation du film, sur lequel ils travaillaient depuis trois ans. Un pari largement récompensé : à l’issue de la projection, le public, debout, a réservé au film une ovation de 24 minutes et 30 secondes exactement.
Même au Festival de Cannes, où les longues ovations sont une forme de tradition, jamais des applaudissements aussi prolongés n’ont été enregistrés. Selon IndieWire, le record cannois est détenu par Le Labyrinthe de Pan, de Guillermo del Toro, ovationné pendant 22 minutes lors de sa présentation en 2006. Le film Fahrenheit 9/11, Palme d’Or du Festival en 2004, avait lui reçu une ovation de 20 minutes.
Un documentaire choc
Le titre du documentaire choc « NAZA » est lourd de sens. Ce terme est en effet utilisé par l’armée israélienne pour indiquer le nombre de civils censés être tués dans une frappe aérienne. « Nous voulions entendre, avec le plus de détails possible, à quoi ressemblaient les mécanismes de mise à mort à Gaza, comment ils fonctionnaient », a expliqué à l’AFP Yuval Abraham, 31 ans.
Les témoignages recueillis révèlent comment plusieurs systèmes technologiques, recourant notamment à l’intelligence artificielle, ont permis à l’armée israélienne de localiser, via leurs téléphones, des membres présumés du Hamas et leurs familles, puis de les frapper indistinctement chez eux. « Ils abattaient des édifices entiers, ce n’était pas un problème », témoigne l’un des membres des services de renseignement israéliens. « Il n’y avait pas de problème NAZA », assure-t-il.
Pour la coréalisatrice Rachel Szor, 32 ans, ces témoignages permettent aussi de réaliser à quel point ces agents avaient conscience de ce qui se déroulait dans la bande de Gaza. « On se représente l’agent du renseignement assis loin de ce qui se passe, ne sachant pas. Mais d’une certaine manière, ils savent énormément », a-t-elle souligné auprès de l’AFP.
Via des images d’archives, « NAZA » illustre également comment la surveillance de masse des Palestiniens par Israël, qui gère les infrastructures de télécommunications, a été mise en place bien avant le 7 octobre 2023, date des attaques sans précédent du Hamas contre Israël.
Plus de 73 000 Palestiniens ont été tués dans la bande Gaza depuis 2023 dans l’offensive israélienne déclenchée en représailles à l’attaque du 7 octobre, rappelle le documentaire. « Selon certaines estimations, le nombre réel serait bien plus élevé », a affirmé Yuval Abraham, ajoutant que « les massacres de civils à Gaza se poursuivent ».