Deux visages pour une victoire de patron
Dominés et trop pénalisés en première période, les Bleus ont totalement renversé le cours de la rencontre au retour des vestiaires. Portés par un coaching gagnant et dix minutes de folie, le XV de France a décroché face à l'Australie une première victoire dans ce Championnat des Nations (26-42).
Mauvaka, Jalibert, Ntamack, Lucu, Meafou... L'équipe de France ne s'était jamais présentée avec autant de joueurs "premium" face à une nation du Sud lors d'une tournée estivale. Et, fort logiquement, après une défaite frustrante en Nouvelle-Zélande, la pression n'avait jamais été aussi lourde sur les épaules des Bleus avant de défier l'Australie, huitième nation mondiale.
À Brisbane, dans un Suncorp Stadium comble où toute une ville s'était prise au jeu de l'engouement, les Français ont immédiatement montré leurs intentions. Il a suffi d'un premier renvoi capté par Aaron Grandider-Nkanang pour voir les Tricolores à l'attaque, et de trois minutes pour qu'Emmanuel Meafou aplatisse dans l'en-but australien (0-7), tout en puissance. Durant les dix premières minutes, on s'est presque demandé ce qui pourrait mettre en danger cette équipe de France. Jusqu'à un mauvais déblayage de Peato Mauvaka, évitable, amenant une pénaltouche puis, quelques secondes plus tard, l'essai en force de Brandon Paenga-Amosa (7-7, 10e).
Un carton qui pèse lourd
Rassurez-vous, ce sentiment un brin présomptueux s'est très rapidement estompé. Car si les Bleus sont parvenus à reprendre l'avantage après un magnifique jeu au pied rasant de Romain Ntamack, parfaitement conclu par l'étonnant Grandider-Nkanang (7-12, 18e), les Australiens ont commencé à dominer les collisions, à avancer en mêlée et, plus globalement, à pousser à la faute des Tricolores qui ont peu à peu perdu le fil de cette première période. La faute à quoi, au juste ? Peut-être à ces dix minutes passées en infériorité numérique après le carton jaune reçu par Meafou (24e) pour un plaquage haut, durant lesquelles les Wallabies ont inscrit quatorze points. Un doublé signé Fraser McReight (24e, 34e), par deux fois au départ d'une pénaltouche à cinq mètres, qui a placé les Bleus dos au mur.
Dominés devant, pénalisés trop souvent
En confiance, les Australiens ont commencé à déplacer le ballon, dans le sillage d'un Joseph Sua'ali'i insaisissable. À deux reprises, Grandider-Nkanang — qui a décidément vécu une première sélection mouvementée — a sauvé les siens en défense, et il n'a pas manqué grand-chose pour qu'un éclair de génie de Matthieu Jalibert fasse la différence. Mais, trop souvent pénalisés, dominés dans le secteur de la conquête et incapables de concrétiser une belle opportunité sur un maul à proximité de l'en-but australien, les Français rentraient aux vestiaires avec neuf points de retard au tableau d'affichage. Avec, en plus, le sentiment que l'affaire pourrait encore davantage se gâter si les avants français ne décidaient pas de changer de braquet.
Coaching gagnant et dix minutes de folie
Obligé de changer quelque chose, Fabien Galthié eut la bonne idée de procéder rapidement à des changements, dès le début de la seconde période. Exit la première ligne, et Oscar Jegou, blessé à l'épaule et remplacé par Tixeront : les Bleus ont repris l'initiative, d'abord en se montrant bien plus agressifs devant. La suite n'en fut que plus belle. Dans l'avancée, Jalibert et Ntamack pouvaient enfin montrer toute la richesse de leur connexion. Après une belle croisée entre les deux, le premier cité servait parfaitement Grandider-Nkanang d'une judicieuse passe au pied, à la sortie d'un immense travail de Moefana au cœur de la défense australienne (20-21, 50e). Le second y allait même de sa réalisation personnelle pour faire repasser les siens devant (21-27, 53e).
La folie bleue se poursuivait quelques minutes plus tard, au terme d'une nouvelle action de grande classe conclue par Florian Verhaeghe (21-34, 57e). En dix minutes, les Français faisaient exploser les Wallabies et s'ouvraient le chemin d'une première victoire dans ce Championnat des Nations. Le festival se concluait par un sixième et dernier essai marqué par Théo Attissogbe, idéalement servi par Kalvin Gourgues après un fantastique cadrage-débordement (21-42, 73e). Une ultime réalisation qui prouvait, une fois de plus, que le banc tricolore avait fait la différence ce samedi.
Au vrai, Fabien Galthié avait insisté cette semaine sur le fait que cette équipe de France était différente de celle qui avait remporté le Tournoi des 6 Nations. Qu'à cela ne tienne, monsieur le sélectionneur : même si les Bleus de juillet n'ont jamais autant ressemblé à ceux de février, on ne peut que se réjouir de ce succès et de cette deuxième période parfaite sur les terres d'une nation double championne du monde. Certes, le Wallaby de 2026 n'a plus grand-chose à voir avec son illustre aîné. Il suffit, pour s'en convaincre, de regarder la place occupée par l'Australie au classement de World Rugby. Mais de cette victoire, construite en deux temps, dans la difficulté et au terme d'un match au rythme infernal, le staff français va pouvoir tirer de nombreux enseignements.
Au classement, et en attendant les autres rencontres, l'équipe de France domine la poule Europe. Mais c'est surtout le quatrième triomphe de la sélection nationale en Australie — le plus large de son histoire — qui restera dans les esprits.