Avec Honda, Jenson Button revient sur sa carrière, 20 ans après sa première victoire en F1
Pour célébrer le 20e anniversaire de sa première victoire en Formule 1 avec Honda, Jenson Button, désormais ambassadeur de l'écurie Aston Martin, a accordé une interview exclusive au constructeur japonais. L'occasion de revisiter une relation qui dure depuis 2003 et a traversé la Formule 1, le SuperGT et le WEC.
Vingt ans se sont écoulés depuis ce dimanche de juillet 2006 sur le Hungaroring. Pourtant, en déambulant au milieu des voitures exposées dans le musée Honda, Jenson Button parle de ces années comme si elles venaient de se terminer. Ambassadeur d’Aston Martin aujourd’hui, l’ancien champion du monde reste profondément attaché au constructeur japonais qui l’a accompagné dans les moments les plus marquants de sa carrière.
C’est d’ailleurs un souvenir extra-sportif qui ouvre le bal : ses visites au centre de R&D Honda, dont le couloir de 500 mètres se transformait à chaque passage en haie d’honneur spontanée. « Chaque personne qui travaillait dans ce bureau ouvert venait au bord du couloir pour vous acclamer, on vous offrait des cadeaux, et c’était une expérience incroyable qu’on ne pouvait trouver nulle part ailleurs. » Un accueil humain que le Britannique place au même niveau que les résultats sportifs dans la construction de son lien avec Honda.
Parcourir le musée ravive aussi l’attachement profond de l’Anglais au circuit de Suzuka. « C’est le circuit qui renferme le plus de souvenirs. Sa nature rapide et fluide, son implacabilité. Les souvenirs de voir Ayrton [Senna] et Alain [Prost] s’y affronter, Damon Hill y décrocher le titre, c’est vraiment un endroit très spécial. »
Budapest, deux fois dans une vie
La saison 2004 marque un tournant décisif. BAR-Honda passe de la lutte pour les points à dix podiums en une seule année, terminant constructeurs vice-champion derrière Ferrari et devant Renault et McLaren. « Finir deuxièmes au classement des constructeurs, c’était énorme pour n’importe quelle équipe. Battre McLaren, être juste derrière Ferrari — c’était dingue pour nous à ce moment-là. Il n’y a qu’une seule chose de mieux que la deuxième place, c’est la première. »
C’est dans ce contexte que sa première victoire arrive, sur le Hungaroring, dans les pires conditions de grille possible : pénalisé de dix places, il s’élance quatorzième dans des conditions de piste mouillée puis séchante.
« J’ai pu me battre avec Michael [Schumacher] aussi, ce qui était plutôt cool. Je me souviens avoir franchi la ligne — les gens disent que quand tu mènes ta première course, ça semble durer une éternité, tu entends le moindre problème. Pour moi, c’était fantastique. Je voulais juste que ça dure éternellement. Ce moment, savoir que tu mènes, que tu vas gagner ta première course — ça n’arrivera plus jamais. C’était très spécial et il y avait une telle émotion pour tout le monde. »
Budapest sera aussi le théâtre de sa 200e course en Formule 1 en 2011, et plus tard du record du tour en voiture de production à traction avant. Une performance qu’il place juste derrière l’aventure de Mount Panorama à Bathurst. « Conduire autour de Mount Panorama dans n’importe quoi, c’était dingue. J’ai pu piloter une F1, une V8 Supercar, et on a battu le record de la piste dans la Honda Civic Type R. »
SuperGT, WEC et le sens des limites
Après la Formule 1, Jenson Button s’est construit une deuxième carrière en compétition, notamment en SuperGT avec Team Kunimitsu sur Honda NSX. Une expérience empreinte d’une émotion particulière en raison du lien fort avec Kuni-san, propriétaire de l’équipe et figure majeure de l’histoire Honda, disparu depuis.
« C’était la première fois que je partageais vraiment une voiture avec quelqu’un. Vous êtes coéquipiers, vous travaillez ensemble et non pas contre votre coéquipier. Cette année-là, pour Kuni-san aussi, c’était extra spécial — il était une grande partie de l’histoire de Honda sur deux roues et sur quatre. Nous avons pu partager ces moments très spéciaux avec lui, ce qui comptait énormément. »
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Son passage en WEC se solde en revanche par une prise de conscience lucide sur ses propres limites. La complexité technique de la discipline l’a dépassé — le manuel du volant seul comptait 80 pages. « Vous pouviez programmer la voiture en direct sur la piste, et ça restait en mémoire pour le tour suivant. Mais vous pouviez facilement vous tromper et faire travailler les réglages les uns contre les autres, ce qui rendait les choses très compliquées. »
Une discipline qu’il qualifie de « catégorie pour pilotes pensants » — et dans laquelle il reconnaît sans détour ne pas avoir pu s’investir suffisamment. « Pour des pilotes de 20 ans, c’est tellement plus facile à apprendre. C’est leur vie. Pour moi, c’était juste pour m’amuser. Vous ne pouvez pas être compétitif à moins de donner 100 %. Et je n’avais pas ce temps à y consacrer — il y a tellement d’autres choses amusantes à faire dans la vie. »
Une honnêteté caractéristique d’un champion qui a su reconnaître ses limites aussi clairement qu’il a su repousser celles de sa voiture sous la pluie de Budapest il y a vingt ans.
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