Besançon. Le préfet fait fermer un bar PMU à Planoise : « On n’est pas des trafiquants de stups ! » martèle la gérante

Besançon. Le préfet fait fermer un bar PMU à Planoise : « On n’est pas des trafiquants de stups ! » martèle la gérante

« Je fais des cafés, je prends des paris, mais je ne vends pas de stupéfiants. » Lorsque les policiers sont venus lui apprendre le lundi 3 août qu’elle devait fermer son bar PMU et dire à ses clients de partir, Mathilde Jacquot a d’abord fondu en larmes. Avant de relever la tête et de se retrousser les manches.

Sur décision préfectorale, Le Vincennes, bar situé avenue de Bourgogne dans le quartier de Planoise à Besançon, va devoir observer une fermeture administrative de deux mois. Le préfet du Doubs, Rémi Bastille, invoque plusieurs arrestations de trafiquants de drogue supposés ces dernières semaines, à l’intérieur et aux abords de l’établissement.

Géré par Mathilde Jacquot depuis dix ans, le bar PMU Le Vincennes a fermé ses portes le 3 août dernier, pour une durée de 60 jours.  Photo Arnaud Castagné

Géré par Mathilde Jacquot depuis dix ans, le bar PMU Le Vincennes a fermé ses portes le 3 août dernier, pour une durée de 60 jours.  Photo Arnaud Castagné

« Un lieu de vie ouvert à tous les habitants »

« Malheureusement, on sait que Planoise est gangrené par la drogue et je comprends la répression pour mettre fin à tout ça », explique Mathilde Jacquot. « En revanche, je ne comprends pas pourquoi on pénalise mon établissement qui est un lieu de vie ouvert à tous les habitants des Époisses. » La commerçante assure qu’elle n’a rien à se reprocher : « Les policiers ont tout contrôlé ici. On a aussi eu le passage des douanes, des finances publiques, de l’inspection du travail, et l’établissement n’a jamais eu de problème. »

Un bar situé sur un point de deal

Pour autant, le 18 juin dernier, les forces de l’ordre ont repéré plusieurs acheteurs et interpellé un vendeur supposé. Ce dernier faisait des allers-retours à l’intérieur du bar. À l’occasion de ce contrôle, six grammes de cannabis ont été saisis. Pour les autorités, les malfaiteurs agissaient à l’intérieur ou en terrasse, « pendant la présence de la gérante ». Entre mars et juin 2026, au moins huit suspects ont été arrêtés aux abords du Vincennes. L’un d’eux était sous le coup d’une interdiction de paraître sur un point de deal qui venait d’être prononcé par le préfet. Et, selon les services de l’état, l’établissement est situé sur un « point de deal connu au centre commercial des Époisses ».

Mathilde Jacquot a été obligée de fermer son bar PMU, situé au sein du centre commercial des Époisses, sur décision préfectorale.  Photo Arnaud Castagné

Mathilde Jacquot a été obligée de fermer son bar PMU, situé au sein du centre commercial des Époisses, sur décision préfectorale.  Photo Arnaud Castagné

« Mais je n’ai pas de pouvoir de police », répond Mathilde Jacquot. « Je ne vais pas fouiller les clients avant qu’ils entrent dans mon bar pour savoir s’ils cachent des stupéfiants ou s’ils ont leurs papiers. » Évoquant la présence dans son bar de clients qui seraient sous OQTF (obligation de quitter le territoire français), la gérante martèle qu’elle n’est pas responsable des agissements de ces clients. Quant aux six grammes de cannabis retrouvés dans son établissement, elle précise que les policiers l’ont saisi dans une poubelle. « Quelqu’un s’en est débarrassé avant de se faire contrôler, c’est évident. Mais on n’y est pour rien. »

Impact sur l’activité

Désemparée par la décision préfectorale, la gérante a reçu du soutien depuis l’annonce de la fermeture du bar. « C’est un lieu de passage et de rencontres qui est important pour le quartier. Les clients viennent jouer aux courses ou prendre le café les jours de marché. Fermer pour deux mois, ça va être dur pour pas mal de monde. »

Mathilde Jacquot évoque des difficultés financières à venir : « On a subi un incendie en 2023, on a fait des travaux et on s’est relevé. Mais je ne vais pas pouvoir subvenir aux charges fixes de mon entreprise si on reste fermé aussi longtemps. »

C’est la raison pour laquelle la gérante va saisir la justice administrative pour contester l’arrêté préfectoral. « Je montrerai ma bonne foi, je vais tout faire pour minimiser l’impact de cette fermeture. »

La loi narcotrafic et les contrôles renforcés

Selon une communication des services de l’État publiée sur les réseaux sociaux, la décision du préfet du Doubs de fermer le bar PMU Le Vincennes s’appuie notamment sur la loi du 13 juin 2025 sur le narcotrafic. Elle « permet aux préfets d’ordonner la fermeture de lieux pour prévenir la commission ou la réitération d’infractions liées au narcotrafic, au recel, ou encore au blanchiment ». L’arrêté préfectoral signé par Rémi Bastille stipule que le non-respect de la mesure est puni de six mois d’emprisonnement et d’une amende de 7 500 euros.

Depuis l’instauration de cette loi et dans le cadre du plan départemental de restauration de la sécurité au quotidien, les services de l’État et les forces de l’ordre ont multiplié les contrôles, notamment dans le quartier de Planoise, pour lutter contre l’économie souterraine.

M.C.