Billet. Les nouvelles couleurs de nos vacances d’été
Stéphane Echinard -
Aujourd’hui à 06:02
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Nos vacances d’hier, nos vacances d’été, on les dessinait au pinceau imaginaire avec les seules couleurs primaires. Le rouge c’était pour les bouchons, le jaune c’était le soleil, et le bleu la mer. Quand il faisait chaud on disait qu’il faisait beau. C’était simple, au fond. On regardait la météo du lendemain en espérant du jaune partout et du bleu plein le ciel, promesse d’une journée sans nuage, grande bleue, plage noire de monde et drapeau vert, mais là on s’emmêle les pinceaux. On se tartinait également de crème solaire pour éviter de virer au rouge. Et nos siestes n’étaient que la conséquence d’un repas de midi lui aussi haut en couleur, t’as mis trop de jaune dans mon verre, et moi trop de rouge dans le tien, enfin, vous voyez le tableau.
C’était hier, mais tout ceci semble bien loin… On ne dort plus, ni l’après-midi ni la nuit, le matin non plus, car de vague en vague, des vagues de chaleur cette fois, on est des millions à n’y voir que du rouge. Le rouge des cartes, le rouge des alertes, le rouge du thermomètre, le rouge des incendies. Même le jaune nous fait peur. On implore le ciel pour qu’il se teinte d’un peu de gris, on rêve carrément de pluie. Il y a quinze ans, on se moquait pourtant de ceux qui portaient un K-Way sur leurs photos de vacances à Guernesey. Oh les cons ! Désormais on les envie. Le nord is the place to be. Parce qu’ici on est à bout. On cuit, on bout. Notre maison brûle et ce n’est pas qu’une punchline. Car la maison des voisins a brûlé et le camping de notre enfance n’est plus qu’un tapis de cendres. Carte postale, carte posthume. On traverse un été de tous les records qui deviendra vite un été comme un autre. Juillet, août. De début juin jusqu’à fin septembre. Pendant des décennies, tout le monde, ou presque, a regardé ailleurs, le jaune sur la carte météo et le bleu du ciel. Les couleurs ont changé. Le rouge de la colère se mélange au noir du désespoir. Ventilo poussé au max, on a l’impression de se battre contre des moulins à vent.