Trottinettes électriques : Québec ne durcira pas le ton
Le ministère des Transports et de la Mobilité durable « ne prévoit pas d’ajouts en matière d’encadrement » des trottinettes électriques, malgré la multiplication des blessures graves chez les enfants signalée par des membres du Centre de traumatologie de l’Hôpital de Montréal pour enfants.
Dans une lettre ouverte dans La Presse, vendredi, des membres du Centre de traumatologie de l’Hôpital de Montréal pour enfants appellent Québec à resserrer son encadrement des trottinettes électriques. Ils soulignent l'augmentation inquiétante du nombre de blessures liées à ces véhicules chez les enfants.
En ce début du mois d’août, ils disent avoir déjà traité plus de 80 enfants et adolescents, soit davantage que le nombre total de cas qu’ils ont vus en 2025.
Parmi ces blessés, 56 % ont moins de 14 ans – l’âge minimum légal pour conduire une trottinette électrique.
Depuis le lancement d’un projet pilote par Québec en 2023, les trottinettes électriques se sont multipliées dans les rues et les pistes cyclables. Le nombre d’enfants blessés est maintenant 10 fois supérieur à celui constaté à l’Hôpital de Montréal pour enfants lors du lancement de ce projet.
Québec a d'ailleurs prolongé ce projet pilote, originalement d'une durée de trois ans, jusqu'en 2028.
Par courriel, un porte-parole a indiqué à Radio-Canada que le ministère estime que les règles en place répondent aux objectifs et ne prévoit pas d’ajouts en matière d’encadrement.
Le ministère déplore cette hausse des blessures chez des jeunes à trottinette électrique qui aurait été observée dans certains hôpitaux, a-t-il ajouté.
Dans leur missive, les membres de l’Hôpital de Montréal pour enfants exhortent le gouvernement à resserrer le cadre réglementaire entourant ces engins, notamment en augmentant à 16 ans l'âge minimal pour conduire ces véhicules.
Des blessures graves
Traumatismes crâniens, fractures des os du visage, fractures multiples ou lésions des organes internes : les médecins s'inquiètent aussi de la gravité des blessures que les jeunes subissent. Selon eux, 65 % des enfants blessés qu’ils ont accueillis présentaient des traumatismes complexes nécessitant parfois des chirurgies et des séjours prolongés aux soins intensifs.
Les enfants et les adolescents ne sont pas suffisamment matures sur le plan du développement pour conduire en toute sécurité des véhicules motorisés rapides dans des environnements de circulation complexes, expliquent-ils.
En entrevue à Radio-Canada, la coordonnatrice du programme de prévention des blessures à l'Hôpital de Montréal pour enfants et signataire de la lettre, Liane Fransblow, a expliqué que, souvent, les jeunes tombent vers l'avant, et que les blessures au visage et au cerveau sont courantes.

Les signataires de la lettre ouverte demandent à Québec de rehausser l'âge minimum pour conduire une trottinette électrique. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Yoann Dénécé
Jusqu'à 85 km/h
Selon les règles établies par le projet pilote, ces appareils doivent circuler sur les routes où la vitesse maximale est de moins de 50 km/h. Leur vitesse ne doit pas dépasser 25 km/h et le port du casque est obligatoire.
Même si les forces de l’ordre ont multiplié les opérations de surveillance et de prévention ces dernières années, une simple sortie sur les routes permet de constater que les usagers sont encore nombreux à ne pas respecter ces règles.
Souvent, on voit sur une trottinette deux jeunes qui ne portent pas le casque. Et s’ils ont un casque avec eux, il est attaché au guidon, a expliqué le directeur de la Fondation CAA-Québec pour la sécurité routière, André Durocher, à l'émission Tout un matin, sur les ondes d'ICI PREMIÈRE. Certains modèles de trottinettes achetés en ligne sont facilement modifiables pour permettre d'atteindre jusqu'à 85 km/h, a-t-il aussi souligné.

Certains modèles de trottinettes électriques sont facilement modifiables. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers
Selon les signataires de la lettre, Québec devrait augmenter à 16 ans l’âge minimal pour conduire une trottinette électrique et devrait appliquer plus fermement sa réglementation sur la conduite à deux, les excès de vitesse et les autres comportements à risque.
Ils comparent également ces engins aux cyclomoteurs et déplorent qu'aucune formation et aucun permis ne soient nécessaires pour les conduire, et ce, même s’ils peuvent atteindre des vitesses similaires.
Le défi, c’est d’être capable d’encadrer, de légiférer, sans que ça devienne un bourbier administratif, selon André Durocher. Il a souligné l'importance de la sensibilisation, surtout celle effectuée par des professionnels de la santé, qui voient les conséquences de l'imprudence, comme l'ont fait les signataires de la lettre.
Le ministère des Transports souligne, pour sa part, que des ajustements ont été faits depuis le lancement du projet pilote, en 2023. Selon le porte-parole, ils faciliteront l’application des règles par les policiers, assurant ainsi un meilleur contrôle et un niveau accru de sécurité.