Bordeaux-Paris sans arrêt à Tours: l'arrivée des trains à grande vitesse Velvet dans l'ouest en 2028 inquiète les 4000 clients tourangeaux qui se rendent tous les jours à Paris avec la SNCF
Bordeaux-Paris sans arrêt à Tours: l'arrivée des trains à grande vitesse Velvet dans l'ouest en 2028 inquiète les 4000 clients tourangeaux qui se rendent tous les jours à Paris avec la SNCF
Publié aujourd'hui à 13h38
Lire dans l'appLa nouvelle compagnie ne prévoit pas d'arrêts entre Paris et Tours, les milliers de clients qui empruntent chaque matin les TGV depuis Saint-Pierre-des-Corps pour aller travailler dans la capitale craignent que la SNCF réduise son offre.
Si la concurrence est une bonne nouvelle pour faire grossir le gâteau du ferroviaire et faire baisser les prix sur les axes où plusieurs opérateurs s'affrontent, l'aménagement du territoire pourrait lui en pâtir. On le sait, les nouvelles compagnies se lancent logiquement sur les axes les plus rentables et limitent les arrêts intermédiaires pour optimiser leurs circulations (et ainsi limiter leurs pertes financières).
C'est le cas de Velvet qui lancera ses trains à grande vitesse en 2028 en commençant par le très stratégique axe Paris-Bordeaux, sans arrêts intermédiaires donc. Si c'est une bonne nouvelle si on considère l'axe dans sa globalité, il y a "une forte demande que l'offre de la SNCF seule ne suffit pas à satisfaire", souligne la Fédération nationale des associations d'usagers des transports, dans le détail, certains usagers craignent que cette arrivée limite in fine leurs possibilités de déplacement. Cette crainte concerne les 4.000 clients tourangeaux des TGV de la SNCF qui se rendent chaque matin à Paris pour travailler, depuis la gare de Saint-Pierre-des-Corps.
"Dans un contexte de capacité ferroviaire déjà sous tension, ce nouvel entrant pourrait conduire à une dégradation supplémentaire de notre desserte aux heures de pointe", s'inquiète l'association de défense des usagers de la ligne TGV Tours-Paris.
Un risque de report modal vers la voiture
Explications. Alors que cinq TGV de la SNCF rejoignaient Paris-Montparnasse avant 9h du matin il y a dix ans, ils ne sont plus que trois actuellement. Or, "Saint-Pierre-des Corps est identifié comme un secteur proche de la saturation en période de pointe", ajoute l'association, "les trains Velvet utiliseront des sillons sur le même axe sans desservir la Touraine, dans un contexte de capacité déjà limitée, chaque sillon pris par un train sans arrêt en Touraine est un sillon qui ne pourra pas être utilisé par les TGV dont les Tourangeaux ont besoin".
En résumé, l'association craint que l'arrivée de Velvet incite SNCF Voyageurs à rationaliser son offre en supprimant certains trains, notamment le matin. De quoi générer "un risque de report vers la voiture et fragiliser l'attractivité résidentielle et économique de la Touraine". L'association demande donc "une analyse de l'impact des demandes de sillons Velvet sur les TGV Tours-Paris et la garantie du maintien au minimum des trois TGV matinaux" de la SNCF.
Rappelons que si Velvet a bien obtenu ses sillons auprès de SNCF Réseau, on ne connaît pas encore la teneur de ses horaires de circulation mais on sait qu'à terme, le nouvel opérateur souhaite offrir 10 millions de places supplémentaires par an sur les liaisons qu'elle va exploiter par rapport à ce que la SNCF propose.
Interrogé sur ce risque, SNCF Voyageurs ne souhaite pas faire de commentaires. Fin 2024, la compagnie nationale annonçait néanmoins qu'elle allait considérablement renforcer son offre vers la façade Atlantique avec 4 millions de sièges supplémentaires mais places en plus ne veut pas dire trains en plus. Au printemps 2027, l'opérateur historique lancera également une nouvelle offre Ouigo Train classique entre Paris et Bordeaux via Les Aubrais, Saint-Pierre-des-Corps, Futuroscope, Poitiers et Angoulême, mais avec un temps de parcours d'environ 5h30, elle intéressera peu les usagers matinaux professionnels qui doivent aller tous les jours à Paris.
La question de la desserte des gares TGV non rentables
Cette inquiétude des utilisateurs de Touraine illustre la problématique de l'aménagement du territoire des nouveaux opérateurs, véritable angle mort de l'ouverture à la concurrence. Les nouveaux entrants n'ont aucune obligation d'arrêts intermédiaires (souvent non rentables) à la différence de la SNCF. Alors que le PDG de la SNCF Jean Castex a demandé que les "mêmes règles" s'appliquent à "tout le monde". La SNCF voudrait imposer aux nouveaux arrivants qu'ils desservent comme elle toutes les villes intermédiaires entre Paris et la destination finale, pour ne pas éroder sa propre compétitivité.
Un rapport remis au gouvernement cet été plaide pour des mesures (non-contraignantes) pour assurer la desserte des gares les moins rentables mais pour la concurrence (réunie au sein de l'AFRA), le cadre actuel est suffisant pour assurer l'aménagement du territoire, notamment à travers les péages qui sont très élevés en France tandis que le développement progressif des offres ira naturellement vers plus de dessertes. Ce qui reste à prouver.
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