"Ça va mettre un coup de projecteur sur notre territoire", vers une hausse (relative) de touristes aux Forteresses royales du Languedoc…

"Ça va mettre un coup de projecteur sur notre territoire", vers une hausse (relative) de touristes aux Forteresses royales du Languedoc…

Les Forteresses royales du Languedoc ont fait leur entrée, dimanche dernier, au patrimoine mondial de l’UNESCO. Une consécration… Mais aussi un défi : celui d’une notoriété naissante et d’un afflux touristique grandissant. Les sites et les territoires sont-ils prêts ?

15 heures de vol. Ça laisse suffisamment de temps pour repenser aux treize dernières années de travail, d’échanges et de négociation. Hervé Baro, le vice-président du conseil départemental de l’Aude, vient de rentrer de Corée du Sud. Là-bas, se tenait, le 48e comité du patrimoine mondial de l’UNESCO, la réunion qui a officiellement couronné les Forteresses royales du Languedoc au patrimoine mondial de l’UNESCO. "C’est la plus haute distinction internationale ! Après plus d’une décennie à porter le projet, c’est un réel plaisir, une satisfaction, un aboutissement", se félicite l’élu de 79 ans.

Les forteresses d’Aguilar, de Carcassonne, de Lastour, de Montségur, de Peyrepertuse, de Puilaurens, de Quéribus et de Termes… Huit châteaux nichés au sommet de pitons rocheux, dispatchés entre l’Aude et l’Ariège, sont donc récompensés. "Ça va mettre un coup de projecteur sur notre territoire. Ça va forcément booster notre économie locale", s’enthousiasme Hélène Sandragné, la présidente du conseil départemental de l’Aude. Car oui, l’inscription d’un site sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO entraîne une hausse de fréquentation… estimée entre 10 et 30 %.

Une dizaine de sites occitans au patrimoine mondial de l’UNESCO

Sur certains édifices, comme au château de Montségur, la fréquentation pourrait bondir de plusieurs milliers de visiteurs. Mais le village – de près de 110 habitants – est-il capable d’accueillir autant de nouveaux touristes ? "Bien sûr, ce n’est pas un problème. Dans les années 1980, 1990, on recevait deux fois plus de touristes", explique Sébastien Mounié, le maire de Montségur. "Les infrastructures ont les a", ajoute l’édile de 52 ans. Mouais… L’équipe municipale montséguriens doit tout de même rénover l’aire de camping, restaurer le parking, "en y ajoutant des bornes électriques et des nouvelles places de stationnements PMR". Coût de l’opération ? 100 000 euros.

"On cherche aussi des investisseurs pour des projets d’hôtels et d’épiceries", lance Sébastien Mounié. Car venir visiter le château – dont le billet est à 7,50 euros – c’est bien. Mais faire prolonger le séjour des touristes dans la région c’est mieux. "C’est tout l’enjeu. Il faut attirer les touristes grâce aux châteaux puis donner envie aux visiteurs de rester quelques jours dans la région", avoue Céline Pubill, l’une des responsables de l’Office de Tourisme Pyrénées Cathares.

"On les appellera quand même les châteaux cathares"

Joan-Peire Laval n’est pas d’humeur. On vient de le réveiller de sa sieste. Certes, cela n’aide pas. Mais c’est surtout l’actualité de ces derniers jours qui contrarie ce Lotois né dans les années 1950. Imaginez sa déception, lorsque dimanche dernier, sur les coups de midi, ce militant de longue date pour la cause occitane, a vu huit châteaux de l’Aude et de l’Ariège être inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO sous l’appellation… Forteresses royales du Languedoc.

"On le savait depuis longtemps… On ne critique pas l’UNESCO. On critique juste le nom donné à ces châteaux. C’est une appellation très grave, qui nous choque", lance Joan-Peire Laval. Pour cet ancien journaliste de 77 ans, président de l’association País Nòstre (un mouvement régionaliste occitan, NDLR), cette appellation n’est pas la bonne. "Elle donne raison aux vainqueurs de la croisade du XIIIe siècle contre les Albigeois". La version officielle, défendue notamment par Hervé Baro, le maire de Termes – une commune qui abrite l’un des huit châteaux couronnés par l’UNESCO – en est toutes autres : "ces forteresses ont été rénovées, réarmés par les rois de France". "On n’efface pas l’histoire cathare de ces châteaux", abonde Sébastien Mounié, le maire de Montségur, commune propriétaire du château éponyme.

Convaincu ? "Non, rétorque le retraité. Pour nous, on les appellera quand même les châteaux cathares". Il n’est pas le seul à penser ça… Une pétition lancée par País Nòstre réclamant le maintien de cette appellation a déjà recueilli près de 10 000 signatures.

Vers un surtourisme dans l’Aude et en Ariège ? Pas vraiment

Plus de visiteurs ? Un objectif, un challenge, un défi que Céline Pubill et ses équipes sont prêts à relever. "Depuis plusieurs mois, on communique beaucoup sur les réseaux sociaux, on communique désormais aussi beaucoup en anglais et en espagnol", explique la direction de l’office de tourisme ariégeoise. À vrai dire, miser sur la clientèle est… Plutôt une bonne idée. Car avec le contexte actuel, marqué par la hausse de l’essence, la vague de chaleur, les feux de forêts, les touristes se font plus rares dans le pays cathare… "Malheureusement, ça ne date pas d’hier. Depuis la pandémie de Covid-19, il y a moins de monde", regrette la Catalane de 42 ans.

Les Forteresses royales du Languedoc, le 1273e site à être classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, "ne subiront pas de surtourisme", opine la présidente du conseil départemental de l’Aude. Les exigences en matière de protection, d’entretien et de préservations fixées par le plan de gestion validé par l’UNESCO "ne sont pas propices à une suraffluence" selon Hervé Baro. On l’espère.