Cinq ans après les inondations : des travaux réalisés pour dompter l'Aisne "capricieuse" voire "méchante" à Durbuy et Érezée
Pierre Otte, vous êtes le chef de district de Marche des cours d'eau non navigables (SPW). Vous avez eu la charge des nombreux chantiers de réfection des berges de l'Aisne à la suite des inondations de 2021. En quoi ces crues étaient-elles historiques ?
Ce fut une véritable catastrophe ! Avec un débit jamais vu pour ma part en plus de 25 années de carrière. Tout cela fut la résultante d'un cocktail absolument explosif qui s'explique principalement par le fait que nous avons enregistré une pluviométrie très conséquente durant trois jours. Les nuages qui, d'habitude, s'éloignent plus ou moins vite mus par le vent, sont ici restés en place. On peut comparer cela à un arrosoir alimenté en permanence. Cela a donc entraîné un important ruissellement venant des collines, avec des nappes phréatiques saturées d'eau qui n'ont pas pu absorber le trop-plein. Sans compter qu'en Wallonie, plusieurs cours d'eau ont enregistré ces tristes records en même temps. De plus, dans la région, le phénomène a encore été accentué par le fait que l'Aisne est un cours d'eau à forte pente, ce qui le rend d'autant plus agressif. J'ai d'ailleurs l'habitude de surnommer l'Aisne "La Haine", car sous ses aspects souvent fort paisibles, cette rivière peut se révéler très capricieuse, voire très méchante. Elle ne m'a pas fait mentir en 2021.
Une fois que les cours d'eau ont rejoint leur lit, quelles actions avez-vous entrepris ?
Quand on rencontre une telle catastrophe, il convient tout d'abord de prendre du recul et d'analyser au mieux la situation. Et surtout de ne pas agir dans la précipitation. Dès les premières heures après la catastrophe, et durant deux semaines environ, avec mon équipe nous avons donc remonté l'Aisne de l'aval vers l'amont pour nous rendre compte des conséquences dramatiques de ces inondations. De là, nous avons réalisé des fiches techniques reprenant les différents points noirs selon leur degré d'urgence. Les travaux correspondant à une urgence absolue devaient être idéalement réalisés avant le 30 octobre 2021 pour se prémunir d'éventuelles nouvelles fortes pluies en automne. Ajoutez encore à cela tous les dégâts mineurs…
Une somme de 600 000 € avait été débloquée à l'époque pour réaliser ces travaux d'urgence…
Effectivement, cette somme avait été débloquée pour la réfection des berges à réaliser en urgence. Cela représentait entre 40 et 50 interventions rien que sur l'Aisne. Je me souviens avoir dit, à l'époque, que nous en avions pris pour deux ans de travaux en une nuit. Fin 2021, 70% de ces interventions avaient été réalisées. Les 30% restant l'ont été en 2022.
D'autres travaux ont-ils été réalisés par la suite ?
Entre 2023 et 2024, nous avons encore réalisé d'importants travaux dans le village d'Aisne (Durbuy). Nous avons débloqué 200 000 € pour y réaliser, en aval de la rivière vers Bomal, la pose d'enrochement bitumé de part et d'autre ainsi qu'un élargissement et la reconstruction de deux murs sur les berges.
Sans compter, en parallèle, nos travaux de gestion habituels à savoir le nettoyage des arbres tombés, des embâcles pour ne pas que la rivière soit obtruée. Nous avons fort à faire également avec tous les dégâts liés à l'activité des castors sans compter les conséquences de la maladie du frêne, très inquiétante, une infection virulente qui précipite la mortalité des arbres en Wallonie.
Parallèlement à ces travaux, vous avez également réalisé un important travail topographique ?
Nous avons réalisé un levé topographique du lit mineur et du lit majeur de l'Aisne d'Amonines (Erezée) à Bomal (Durbuy), avec notamment des modélisations 3D. Ce travail sert de base à une étude hydrologique (relief) et une étude hydraulique. De là, des modélisations critiques sont réalisées et des points critiques sont repérés sur la rivière, là où nous pouvons ensuite cibler quelques aménagements.
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