Classement Pisa : « L’école doit apprendre à persévérer, coopérer et agir dans un monde complexe »

Classement Pisa : « L’école doit apprendre à persévérer, coopérer et agir dans un monde complexe »

Dévoilés le 8 septembre, les résultats du classement Pisa 2025 dressent une nouvelle fois un constat préoccupant pour l’école française. Les performances en mathématiques et en compréhension de l’écrit n’ont jamais été aussi basses : le score moyen a perdu 16 points en mathématiques depuis 2022 et 18 points en compréhension de l’écrit.

Face à ces chiffres, renforcer les apprentissages fondamentaux est indispensable. Mais nous devons aussi nous poser une autre question : avons-nous une définition suffisamment large de ce qui permet réellement à un enfant d’apprendre ? L’OCDE souligne également des difficultés face aux tâches complexes ou aux textes longs, tandis que la proportion de « lecteurs pressés » a presque doublé depuis 2018. C’est ici que les compétences psychosociales (CPS) doivent entrer pleinement dans la discussion.

Créer les conditions pour acquérir les savoirs fondamentaux

Se concentrer, persévérer et réguler son stress, demander de l’aide, coopérer ou prendre une décision éclairée : ces aptitudes appartiennent aux compétences psychosociales. Elles regroupent des compétences cognitives, émotionnelles et sociales reconnues notamment par Santé publique France. Elles sont encore trop souvent renvoyées à la périphérie des apprentissages, comme si l’école devait d’abord transmettre des connaissances, puis apprendre aux enfants à mieux se connaître ou à mieux vivre avec les autres. Cette opposition est artificielle.

Comment apprendre lorsque l’on ne parvient pas à maintenir son attention ? Comment persévérer lorsqu’une difficulté est vécue comme un échec ? Les résultats Pisa le montrent également à travers le climat scolaire. Près d’un quart des élèves français déclarent ne pas pouvoir bien travailler en classe et près de la moitié disent que le bruit et l’agitation perturbent les cours. Seul un élève sur deux estime que ses enseignants s’intéressent à l’apprentissage de chacun.

À cela s’ajoute un enjeu de santé publique : 13 % des enfants de 6 à 11 ans présentent un trouble probable de santé mentale et 25 % des élèves un état de stress ou d’anxiété. ScholaVie rappelle aussi que 37 % des jeunes de 15 ans déclaraient déjà dans Pisa 2022 ne pas se sentir appartenir à leur établissement. Les CPS ne détournent donc pas des fondamentaux : elles font partie des conditions qui permettent de les acquérir.

Ne pas traiter séparément des compétences imbriquées

Le mouvement est d’ailleurs déjà engagé. Pisa 2025 élargit son regard avec une évaluation spécifique de l’apprentissage dans le monde numérique. Celle-ci s’intéresse aussi à la capacité des élèves à réguler leurs apprentissages, à maintenir leur motivation et à gérer les dimensions affectives.

Mais nous devons aller plus loin. Pourquoi continuer à traiter séparément des compétences qui sont constamment imbriquées ? Lire un texte long suppose de maintenir son attention. Résoudre un problème complexe demande de persévérer. Participer à un travail collectif exige de savoir écouter, argumenter et coopérer.

La France a déjà fixé l’objectif de développer les compétences psychosociales de tous les jeunes. Pourtant, leur intégration réelle dans les pratiques éducatives reste limitée. Or l’enjeu n’est plus de savoir si elles peuvent se développer, mais de décider quelle place nous voulons leur donner. Et cela suppose désormais de passer à l’échelle.

Former et accompagner les professionnels pour qu’ils puissent intégrer les CPS dans leurs pratiques quotidiennes. Ne pas en faire une matière supplémentaire, mais les inscrire au cœur des apprentissages et de la vie scolaire. Et surtout, inscrire cette ambition dans le temps long, avec des objectifs clairs, des moyens et une évaluation de ce qui fonctionne.

Apprendre à agir dans un monde complexe

Cette réflexion dépasse les résultats scolaires. Les enfants d’aujourd’hui vivront dans un monde profondément transformé par l’intelligence artificielle, l’urgence écologique, l’évolution du travail, et les fragilités de nos démocraties. Dans ce contexte, savoir lire, écrire, compter et raisonner restera évidemment indispensable. Mais cela ne suffira pas.

Les jeunes devront apprendre à exercer leur discernement face à une masse d’informations croissante, à s’adapter à des métiers qui évolueront plusieurs fois au cours de leur vie, à coopérer avec des personnes différentes d’eux, à gérer l’incertitude, à débattre sans rompre le dialogue et à continuer d’apprendre dans des environnements technologiques en mutation permanente.

C’est pourquoi la révolution éducative dont nous avons besoin ne passera ni par l’abandon des fondamentaux, ni par l’ajout d’une nouvelle matière. Elle passera par une conception plus ambitieuse de ce que nous considérons comme fondamental. Pisa doit nous alerter sur ce que nos élèves maîtrisent moins bien. Il doit aussi nous conduire à interroger ce que nous choisissons de mesurer, de valoriser et, finalement, de transmettre.

L’École doit permettre à chaque enfant de lire, écrire, compter et raisonner. Mais elle doit aussi lui apprendre à se connaître, à persévérer, à coopérer et à agir dans un monde complexe. Ce n’est pas élargir démesurément sa mission. C’est reconnaître ce que réussir à l’école, et réussir sa vie de citoyen, exige déjà aujourd’hui.

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