Coupe du monde et Red Panthers : "La Fédération a abandonné les filles alors que nous étions plus fortes que les garçons"

Coupe du monde et Red Panthers : "La Fédération a abandonné les filles alors que nous étions plus fortes que les garçons"

Les Red Panthers disputeront leur huitième Coupe du monde dès la semaine prochaine à Wavre. Les protégées d'Adam Commens se rendent dans le chef-lieu du Brabant wallon avec la ferme intention de monter sur le podium comme en 1978.

Il y a 48 ans, Brigitte Carlier, Karin Coudron ou encore Anne Decroly avaient offert à la Belgique sa première médaille en Coupe du monde au terme d'un nul blanc après prolongation contre l'Argentine. Les deux nations avaient reçu la médaille de bronze.

"Le terrain n'était pas éclairé. Or il commençait à faire noir. Comme nous reprenions l'avion le lendemain, nous nous sommes mises d'accord pour que les deux équipes gagnent la médaille de bronze. En théorie, nous aurions pu nous départager aux strokes le lendemain. Cette décision était une grande première, se souvient Karin Coudron, l'une des cadres de cette solide équipe belge. Nous disputions notre premier tournoi sur astro. Nous étions vraiment fortes."

De 1974 (année de la création du Mondial féminin) à 1981, l'équipe nationale féminine faisait partie des habituées qui flirtaient avec le top mondial. (5e en 1974, 4e en 1976, 3e en 1978 et 8e en 1981).

Traversée du désert

Par la suite, les futures Red Panthers ont disparu des radars jusqu'en 2014.

"La faute en incombe à la fédération qui n'a plus misé sur les dames, poursuit Karin Coudron. Nous n'avions plus d'entraîneurs. Je me souviens qu'on s'entraînait pour une Coupe intercontinentale à Vancouver sans savoir que la fédération nous avait désinscrites. Nous nous sommes encore entraînées entre nous avant de devoir renoncer. Tous les subsides étaient accordés aux messieurs alors que nous faisions de meilleurs résultats qu'eux."

La traversée du désert dura donc trois décennies. "Du plus loin que je me souvienne, nous n'étions même pas en lice pour un tournoi qualificatif en 2006", raconte notre consultante et ancienne Red Panther Emilie Sinia (2003-2020).

Quatre ans plus tard, les Reds, dirigées par Murray Richards, viennent à peine de retrouver leur place en Coupe d'Europe A. Elles parviennent à se hisser à la troisième place du qualificatif à San Diego pour la Coupe du monde en battant le Canada. "Nous commencions notre parcours vers un hockey plus professionnel", poursuit notre consultante.

La montée vers la gloire met du temps. Les Panthers progressent par palier de manière régulière. En 2014, elles engrangent une expérience précieuse à La Haye. "Cette Coupe du monde a été compliquée. Nous avions grandi trop vite de 2011 à 2013 avec un top 5 et un top 4 aux Euros de 2011 et 2013 et une qualification pour les Jeux de 2012. Logiquement, nous n'aurions pas dû nous qualifier pour les Jeux de 2012. En plus, nous avions vite assuré notre maintien en coupe d'Europe A."

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Le Mondial de La Haye a ressemblé à un long chemin de croix qui s'est achevé avec une dernière place très amère. "Presque rien a tourné dans le bon sens durant ce tournoi. Des jeunes jouaient leur premier tournoi et n'ont pas été aidées par ce stade gigantesque. Nous avons souvent perdu d'un but. La balle ne tournait vraiment pas à notre avantage."

Elles ont néanmoins fait le tour du monde malgré elles. La deuxième mi-temps de la rencontre face à la Corée du Sud a repris alors qu'elles n'étaient pas sur le terrain. "Nous avons quitté les vestiaires trop tard. En entendant le coup d'envoi, nous avons pris le premier stick à portée de main et sprinté sur le terrain pour intercepter la balle. Cette vidéo était la plus vue sur le tournoi. Les gens en rigolent, mais nous n'étions pas responsables."

Belgium (Red Panthers) late out!!! - YouTube thumbnail

Renaissance en 2022

Lors de l'édition londonienne de 2018, les Reds de Niels Thijssen avaient rempli le contrat sans plus en achevant le parcours en 10e position. Lors du crossover (huitième de finale), elles avaient perdu face à l'Espagne aux… shoot-out. "Il aurait manqué un succès de plus pour que le tournoi soit pleinement réussi, analyse Emilie Sinia qui était absente de l'équipe en 2018. Nous avions un goût de trop peu."

Quatre ans plus tard, leur statut avait changé. Des jeunes ambitieuses avaient changé les discours. Les Panthers se rendaient à Barcelone puis à Amstelveen avec des rêves de médailles. Un quart de finale maîtrisé face aux Pays-Bas a stoppé leur aventure. "Les attentes étaient plus grandes. Elles sortent un très gros match face aux Pays-Bas en quarts de finale (défaite 1-2). On sentait l'effet Be Gold avec ces jeunes très talentueuses (Englebert, Ballenghien…). Pour la première fois, je me suis dit que cette équipe avait un grand potentiel. Des médailles sont jouables."

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