DÉCRYPTAGE. À 7 mois de la présidentielle, quel est le bilan de santé économique de la France ?

DÉCRYPTAGE. À 7 mois de la présidentielle, quel est le bilan de santé économique de la France ?

l'essentiel Croissance presque à l’arrêt, chômage qui remonte, dette publique au plus haut et pauvreté record : à l’approche de la présidentielle de 2027, les indicateurs économiques dressent un bilan contrasté de dix années de macronisme. Avec des finances publiques durablement dans le rouge, la prochaine campagne se jouera aussi sur la crédibilité budgétaire des candidats.

À sept mois désormais de l’élection présidentielle, la situation économique et financière de la France devient le socle du débat public, celui qui s’impose à tous les candidats à l’Élysée et conditionne la crédibilité et la réalisation de leurs promesses. La publication ces derniers mois de plusieurs indicateurs économiques et conjoncturels dessine aussi le bilan de dix années de macronisme. À quelques semaines du débat parlementaire sur le Budget 2027, plus himalayen que jamais pour le gouvernement Lecornu, quel est l’état du pays ? Tour d’horizon.

Une économie en panne mais pas encore noire

Le premier constat est celui d’une économie qui ne décroche pas, mais n’avance presque plus. Après une croissance de 0,9 % en 2025 selon l’OCDE, le PIB a reculé de 0,2 % au premier trimestre 2026 avant de rester parfaitement stable au deuxième. L’acquis de croissance n’est ainsi que de 0,3 % à mi-année. L’OCDE reste un peu moins pessimiste pour l’ensemble de l’exercice et prévoit encore 0,7 %, puis 0,8 % en 2027. Dans tous les cas, la France est désormais installée dans une croissance faible, insuffisante pour desserrer spontanément les contraintes budgétaires.

La photographie de court terme n’est toutefois pas uniformément noire. L’enquête de la Banque de France auprès de 8 500 entreprises décrit encore en juillet une progression modérée de l’industrie et des services marchands et une certaine résistance du bâtiment. L’aéronautique, les équipements électriques, l’électronique, les investissements technologiques ou ceux liés à la défense constituent des poches de dynamisme. Mais automobile, textile, construction et plusieurs services aux entreprises souffrent. Surtout, les carnets de commandes demeurent insuffisants dans de nombreuses branches. Une analyse de Coface décrit ainsi une économie gagnée par l’attentisme, celui des entreprises comme celui des ménages.

Le marché du travail fragilisé

Car le deuxième signal d’alerte vient de la demande intérieure. Au deuxième trimestre, le pouvoir d’achat par unité de consommation a reculé de 0,6 %. Malgré son repli à 17,2 %, le taux d’épargne reste élevé. L’inflation, tombée à 0,9 % en 2025, est repartie avec le choc énergétique et atteignait 2,4 % sur un an en août. Pour 2027, Coface redoute que l’incertitude politique et fiscale entretienne cette épargne de précaution et empêche tout véritable redémarrage de la consommation.

Les chiffres de l'économie.
Les chiffres de l'économie. DDM

Le marché du travail raconte la même histoire, celle d’un acquis progressivement fragilisé. Le chômage était tombé autour de 7,3 % à 7,4 % entre 2022 et 2024, très loin des 9,2 % enregistrés fin 2017. Il atteint désormais 8,3 % au deuxième trimestre 2026. La baisse du chômage demeure donc l’un des résultats économiques de la décennie, mais la tendance s’est inversée. Et la multiplication des défaillances d’entreprises constitue une menace supplémentaire : plus de 70 000 procédures sur douze mois à l’été 2026 selon Coface, près de 50 % de plus qu’avant la pandémie.

Alerte sur les comptes publics

Le bilan devient beaucoup plus lourd lorsqu’on regarde les comptes publics. Le déficit, qui représentait 2,8 % du PIB en 2017, a atteint 5,8 % en 2024 et 5,1 % en 2025. Autour de 5 % encore attendus en 2026, il reste très éloigné de la limite européenne de 3 %. La dette publique, elle, est passée de 98,8 % du PIB en 2017 à 115,6 % fin 2025 puis 117,5 % au premier trimestre 2026. Coface la voit dépasser 120 % dans la période à venir. À cette trajectoire s’ajoute une charge d’intérêts appelée à progresser avec le refinancement de la dette à des taux plus élevés.

C’est probablement là que se situe l’héritage le plus contraignant pour 2027. L’OCDE considère que la stabilisation du ratio de dette exigera un redressement budgétaire de grande ampleur, principalement par une meilleure efficacité de la dépense publique. Elle invite également la France à améliorer sa productivité, ses compétences, l’emploi des jeunes et des seniors et l’efficacité de ses aides à l’innovation. Le pays conserve, souligne-t-elle, des fondamentaux solides : une économie diversifiée, des talents, des capacités dans l’intelligence artificielle et une énergie relativement sécurisée. Mais son PIB par habitant reste pénalisé par une productivité, un taux d’emploi et un taux d’activité inférieurs à ceux des pays les plus performants de l’OCDE.

Thermomètre social

Reste enfin le thermomètre social. Le taux de pauvreté a atteint 15,4 % en 2024, son plus haut niveau depuis le début de la série statistique en 1996. Quelque 9,8 millions de personnes vivaient alors sous le seuil de pauvreté monétaire, contre 8,57 millions en 2017. C’est sans doute la contradiction majeure de la période : une économie qui a créé des emplois et résisté à plusieurs crises, mais dont les comptes publics se sont fortement dégradés et dont une part croissante de la population demeure exposée à la pauvreté.

La présidentielle s’ouvre donc sur une équation rarement aussi serrée. Relancer une croissance presque éteinte, restaurer les comptes sans casser l’activité, répondre à la dégradation sociale et financer simultanément défense, vieillissement, transition énergétique et éducation. Avec une Assemblée fragmentée et un Budget 2027 déjà annoncé comme difficile, la question ne sera plus seulement de savoir combien coûteront les promesses des candidats, mais lesquelles la France peut encore financer.