"Demandez Angela" : à Auch, ce bar devient un nouveau refuge contre le harcèlement de rue, le dispositif veut s'étendre aux autres commerces

"Demandez Angela" : à Auch, ce bar devient un nouveau refuge contre le harcèlement de rue, le dispositif veut s'étendre aux autres commerces

l'essentiel Jacques Mateos, gérant du Wine O'Clock à Auch, a intégré le dispositif "Demandez Angela" pour offrir un refuge aux victimes de harcèlement de rue. Inspirée d'une initiative britannique, cette mesure permet aux personnes en danger de se réfugier dans des lieux partenaires identifiables. La municipalité souhaite étendre cette initiative aux commerces de la ville.

"Il y a un peu plus d'un mois, j'ai entendu dans la rue un couple se disputer très violemment. J'ai appelé la police mais il n'y avait pas de patrouille disponible. C'est à ce moment-là que je me suis dit que ça aurait été nécessaire que l'un des lieux encore ouverts puisse accueillir la personne qui se sentait en insécurité." C'est donc ce qu'a décidé de faire Jacques Mateos, gérant du Wine O'Clock, le bar à vin d'Auch.

Informé par l'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie (UMIH) du Gers, le barman a décidé d'intégrer "Demandez Angela". Ce dispositif national s'inspire de l'initiative britannique et a vocation à mettre à l'abri les personnes victimes de harcèlement de rue. Dans le Rapport annuel 2026 sur l'état des lieux du sexisme en France, le Haut conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes indique que 62 % des femmes ont déjà subi du harcèlement dans l'espace public. Mais si le harcèlement de rue touche particulièrement les femmes, il peut concerner tout le monde.

C'est pourquoi ce dispositif a été créé. Concrètement, lorsqu'une personne est victime de harcèlement de rue, elle peut se réfugier dans l'un des établissements partenaires - identifiables grâce à un sticker sur la vitrine - et "demander Angela". Ce code permet au personnel du lieu de savoir que cette personne vient se mettre à l'abri et demande de l'aide. Il met alors la victime en sécurité, sans poser de question, et appelle un proche, un taxi ou les forces de l'ordre en fonction de la situation.

Devenir un lieu refuge

"Quand je me suis penché sur le concept, je l'ai trouvé très pertinent, très intéressant. Il manquait ça à Auch", explique Jacques Mateos. Si personnellement, il n'a jamais été confronté à ce genre de situation, l'une de ses amies proches l'a été. "Elle a été suivie dans la rue, ici, en ville. Elle ne savait pas où aller. C'est pour ces gens-là que je veux devenir un lieu refuge, qu'ils puissent venir, demander un verre d'eau, souffler un bon coup sans qu'on ne leur demande rien."

Les établissements partenaires sont identifiables avec le macaron collé sur la porte.
Les établissements partenaires sont identifiables avec le macaron collé sur la porte. Photo DDM - Lucie Lespinasse

Le gérant de la cave à vin a donc fait les démarches afin d'intégrer le dispositif et la porte du Wine O'Clock porte désormais le macaron "Demandez Angela". À Auch, les établissements l'ayant rejoint, comme le café l'Esperluette ou le restaurant La Bodega, sont très peu nombreux. Pourtant, la seule condition, "c'est surtout l'envie de s'engager", assure Jacques Mateos. Aucune demande ou formation particulière n'est requise, même si lui-même s'est renseigné sur internet afin de savoir comment réagir en cas d'arrivée d'une victime.

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Toutefois, si elle reste timide à Auch, l'initiative est déjà bien implantée dans les grandes villes françaises. Elle s'est aussi développée dans certaines communes gersoises, comme L'Isle-Jourdain ou Condom, sous l'impulsion de Nicole Pascolini, déléguée départementale aux droits des femmes et à l'égalité. "Nous avons déjà quelques commerçants qui ont bien adhéré dans plusieurs villes, explique-t-elle. Désormais, nous allons travailler pour que cela se développe à Auch."

Implanter le dispositif dans la préfecture

Afin de déployer l'initiative localement, la municipalité prend, depuis le début de semaine, le dossier en main. "Habituellement, le dispositif est porté par l'État mais nous avons décidé de nous l'approprier afin de pouvoir travailler avec les acteurs locaux", explique Angela Audouy, conseillère municipale en charge de la participation citoyenne, de l'égalité hommes/femmes et des politiques familiales. Elle travaille pour cela avec ses collègues en charge de la sécurité, Franck Pinto de Oliveira, et des commerces, Christophe Loizon.

Commerces, bars, restaurants, associations, police municipale... La ville veut mobiliser tous les intervenants du territoire du Grand Auch. "C'est un dispositif qui fonctionne déjà très bien dans pas mal de villes, rappelle l'élue. Et ça nous semblait cohérent et tout à fait nécessaire de le décliner aussi dans la capitale."

La mairie prévoit donc d'organiser une réunion publique dès la rentrée pour les commerçants de façon à pouvoir les informer, les sensibiliser, leur faire signer la charte et leur remettre le macaron qui leur permettra d'être identifiés comme lieu refuge. "Nous travaillons aussi avec les associations locales pour monter une petite session de formation afin que le commerçant sache quoi faire quand il accueille une victime, précise Angela Audouy. C'est un dispositif complémentaire à toutes les actions que les villes doivent porter en termes de violences sexistes et sexuelles et d'égalité femmes / hommes. Cela vise aussi à lutter contre le sentiment d'insécurité que l'on peut parfois avoir."