Électrification : l'Europe décroche

Électrification : l'Europe décroche

Quand Christine Lagarde annonce une hausse des taux d'intérêt en pointant la flambée des prix de l'énergie, elle enquiquine bien sûr investisseurs et emprunteurs, surtout dans un contexte de croissance économique atone. Mais la patronne de la Banque centrale européenne pointe aussi indirectement du doigt le retard endémique de l'Europe sur l'électrification. C'est pourtant l'un des enjeux les plus concrets et vitaux de notre avenir. Rouler, se chauffer, produire, sans dépendre du pétrole ou du gaz importés. Or, l'électricité ne représente qu'un peu plus de 20 % de la consommation d'énergie européenne, loin derrière la Chine, où elle avoisine les 30 %, et les États-Unis. L'Union ne manque pas d'ambition sur papier – 46 % d'ici à 2040 – mais c'est une réalité : l'énergie chère continue de creuser le fossé.

La BCE devrait surveiller les courbes de taux

C'est le paradoxe européen : pour réduire sa facture et sa dépendance, le continent doit électrifier davantage ; mais son électricité, environ deux fois plus coûteuse qu'aux États-Unis ou en Chine pour l'industrie, rend cette bascule peu attractive. Pompes à chaleur, voitures électriques, procédés industriels... Tout ce qui devrait remplacer les énergies fossiles bute ainsi sur le prix du kilowattheure. À cela s'ajoutent des réseaux saturés – ou un déficit d'infrastructures, c'est selon −, des délais de raccordement de plusieurs années, un manque de capacités de stockage, le tout dans un paysage politique éclaté : vingt-sept fiscalités, vingt-sept régimes de subventions, avec des résultats très inégaux d'un pays à l'autre.

La Cour des comptes européenne vient d'ajouter une pièce accablante au dossier. Son audit sur le plan REPowerEU, lancé après l'invasion de l'Ukraine pour affranchir l'Europe des combustibles russes, est sans appel. Les États membres n'ont engagé que 50 milliards environ des 300 milliards d'euros jugés nécessaires pour assurer notre transition énergétique. De ce fait, l'Europe a dû diversifier ses fournisseurs de gaz notamment et… accru la hausse des prix de l'électricité.

Le prix du gaz continue d'augmenter en Europe

L'Europe a ainsi surtout troqué sa dépendance russe contre une dépendance croissante aux États-Unis. Et chaque flambée des prix de l'énergie (gaz et pétrole), comme celle causée par les tensions au Moyen-Orient, rappelle combien notre économie reste otage de décisions prises ailleurs ou d'événements sur lesquels on n'a pas de prise. L'électrification n'est pas un simple slogan. C'est une question de compétitivité, de souveraineté, de sécurité, de pouvoir d'achat. Vital, disions-nous. L'Europe a le capital, la technologie, le vent et le soleil pour réussir ce pari. Mais la vitesse d'exécution fait cruellement défaut.

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