ENTRETIEN. Quand Donald Trump insulte puis complimente ses alliés : "Une stratégie dévastatrice pour la diplomatie américaine" analyse un spécialiste
l'essentiel Depuis le début de sa présidence, Donald Trump alterne les attaques cinglantes et les compliments envers ses alliés. Une méthode qui interroge : s'agit-il d'une stratégie de négociation ou d'un simple reflet de son mode de gouvernance ? Éléments de réponse avec Romuald Sciora, essayiste et directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis de l’Iris.
Donald Trump souffle le chaud et le froid. Alors qu'il reçoit, ce mardi 28 juillet, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou à Washington, le président américain l'a récemment qualifié de "type très difficile" lors d'une interview. Une sortie qui n'a rien d'exceptionnel. Depuis son retour au pouvoir, le milliardaire républicain multiplie les tacles, les humiliations et les attaques contre ses homologues et surtout ses alliés.
Emmanuel Macron, Volodymyr Zelensky, Mark Carney ou justement Benjamin Netanyahou... Tous ont déjà été pris pour cible par Donald Trump. Mais le locataire de la Maison-Blanche est aussi capable, le lendemain, de couvrir d'éloges ceux qu'il étrillait la veille. Le revirement le plus spectaculaire concerne sans doute le président ukrainien. D'abord vivement critiqué, voire méprisé, par Donald Trump, Volodymyr Zelensky a ensuite été salué à plusieurs reprises, à mesure que l'Ukraine résistait à l'offensive russe.
Cette diplomatie faite de coups d'éclat et de brusques changements de ton répond-elle à une stratégie politique ? Ou traduit-elle une manière plus instinctive d'exercer le pouvoir et de communiquer ? Éléments de réponse avec Romuald Sciora, essayiste et directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis de l’Iris.
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La Dépêche du Midi : Donald Trump alterne régulièrement entre attaques virulentes contre ses alliés et déclarations très élogieuses à leur égard. Est-ce une simple manière de négocier ou existe-t-il une véritable méthode Trump derrière cette stratégie de "pression puis rapprochement" ?
Romuald Sciora : Pour ce qui est de Donald Trump, cela a toujours été dans sa nature d'humilier ses employés, ses proches, de se sentir puissant en se moquant et en ridiculisant les autres, mais jamais des adversaires potentiellement dangereux. Il faut prendre en considération qu'il humilie ses alliés alors qu'il ne s'est jamais permis le moindre mot à l'encontre de Xi Jinping ou de Vladimir Poutine. Dès qu'il est face à un "mâle alpha", pour reprendre sa propre expression, il est beaucoup moins à l'aise. Par contre, cette politique de l'insulte et de la caresse de la part de Donald Trump a une influence sur ses plus proches alliés. Mais il n'y a pas, derrière cela, de véritable stratégie.
Justement, en humiliant publiquement certains partenaires, Donald Trump ne risque-t-il pas d’affaiblir durablement les relations diplomatiques des États-Unis, ou considère-t-il au contraire que cette instabilité lui donne un avantage dans les négociations ?
Cette politique d'humiliation et de déstabilisation peut, à court terme, sembler payante, puisque les alliés ont davantage besoin des États-Unis que les États-Unis n'ont besoin d'eux. Ils se retrouvent donc en position d'infériorité. Quand le patron hausse le ton, humilie et exige, on ne dit rien. Le simple fait qu'il accepte finalement d'obtenir un peu moins que ce qu'il réclamait au départ peut déjà être perçu comme un soulagement par ses partenaires.
Mais, à moyen et surtout à long terme, cette stratégie est dévastatrice pour la diplomatie américaine. Jamais les États-Unis n'ont été aussi isolés sur la scène internationale.
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Pourquoi les dirigeants étrangers, y compris des alliés historiques des États-Unis, acceptent-ils ces coups de pression et ces attaques personnelles sans véritablement riposter ?
Parce qu'ils n'ont pas le choix. À court terme, les alliés sont contraints de plier, au moins en partie. En revanche, ils pourraient parfois le faire avec davantage de panache et de fermeté. On le voit avec le nouveau Premier ministre canadien, Mark Carney : dès lors qu'on répond à Donald Trump avec un peu plus de fermeté, cela peut payer. Il est aujourd'hui beaucoup moins dur à l'égard de Mark Carney qu'il ne l'était avec son prédécesseur, Justin Trudeau.
Observe-t-on une évolution plus large de la diplomatie internationale où les rapports de force prennent progressivement le pas sur les codes traditionnels ?
Bien évidemment. Mais le président américain n'est pas seul responsable de cette évolution. Le système multilatéral né après 1945 était déjà moribond depuis un bon moment. Mais Trump et ses alliés de l'extrême droite, aujourd'hui au pouvoir aux États-Unis, n'ont fait qu'accélérer ce processus de déliquescence. Et nous n'en reviendrons pas.
Les derniers coups lui ont été portés par son administration. Nous sommes désormais entrés dans une nouvelle ère : celle du bilatéralisme, des relations d'État à État, où la loi du plus fort prévaut, où l'on fait fi des alliances traditionnelles et où les États-Unis ne respectent plus les codes, y compris moraux, qui prévalaient autrefois. C'est pour cette raison que je dis que les États-Unis sont devenus la première superpuissance voyou de l'histoire moderne.