Exposition « Le ciel pour plafond » : 5 choses à découvrir sur Anton Prinner au Musée Magnelli de Vallauris
Le ciel pour plafond, la première exposition d’envergure consacrée à Anton Prinner, est à retrouver dans la salle Eden du musée Magnelli à Vallauris jusqu’au 28 septembre. Installé à Vallauris de 1950 à 1965, né femme à Budapest sous le nom d’Anna Prinner, l’artiste étudie aux Beaux-Arts avant de rejoindre Paris à la fin des années 1920, où il choisit d’être homme et change son prénom pour Anton. Peintre, graveur, céramiste mais surtout sculpteur, il développe une œuvre marquée par la spiritualité et les oppositions entre féminin et masculin.
Le contraste frappe avec l’immensité de ses sculptures, certaines allant à près de 4 mètres de haut. Anton Prinner mesurait « à peine 1m50 » selon la commissaire d’exposition. Pendant des années il façonne ses œuvres avec des simples petits outils, refusant d’utiliser une scie par peur de « faire souffrir le bois ». Derrière ces dimensions spectaculaires se cache un travail d’une extrême précision. Les muscles, les visages, les mains ou encore les chevelures sont sculptés avec une finesse remarquable, donnant à ces géants encore plus de présence, et l’impression d’un mouvement presque vivant.
2. Picasso tient une place essentielle dans son parcours
AFP Archives
Quand Anton Prinner s’installe à Vallauris en 1950, Picasso est déjà la figure incontournable de la ville. Les deux artistes se connaissent depuis leur rencontre en 1942 et Prinner voue une profonde admiration au maître espagnol, au point de lui consacrer un livre en 1956. Si rien ne permet de l’affirmer avec certitude, la commissaire de l’exposition, Céline Graziani, estime que la présence de Picasso a probablement pesé dans son choix de rejoindre Vallauris. Il intègre alors l’atelier du Tapis Vert de Claire et René Batigne, au cœur de l’effervescence artistique qui anime la ville dans les années 1950.
Une période décisive pour sa carrière.
3. À Vallauris, ses sculptures prennent une nouvelle dimension
ADAGP © Galerie de l’Institut
Avant son arrivée dans les Alpes-Maritimes, Anton Prinner travaille déjà le bois, la pierre, le plâtre ou encore la gravure. Mais ses sculptures restent contraintes par l’espace dont il dispose dans son atelier à Paris. À Vallauris, tout change. Il découvre un vaste atelier, expérimente la céramique et peut enfin réaliser les œuvres monumentales qu’il imaginait. C’est cette métamorphose qui donne son titre à l’exposition : « à Paris, la hauteur de mes sculptures était limitée à 2,25 mètres. Ici, j’ai le ciel pour plafond », écrivait-il. Une œuvre comme L’Homme, haute de près de quatre mètres, témoigne de cette nouvelle liberté de création.
4. Né femme, et devenu homme, il est un artiste avant-gardiste.
Alberto Ricci
Anton Prinner est né femme sous le prénom d’Anna. Une identité qu’il décide de changer à son arrivée à Paris, en adoptant le prénom Anton. Un choix sur lequel l’artiste ne s’est jamais expliqué, malgré ses nombreux écrits. La commissaire de l’exposition, Céline Graziani, invite donc à la prudence. Elle rappelle tout de même qu’Anton évoque le climat très machiste des Beaux-Arts de Budapest, où il a étudié, ce qui pourrait expliquer sa volonté de ne plus appartenir au genre désigné comme inférieur.
Une certitude cependant : la réflexion sur le masculin et le féminin traverse toute son œuvre. Inspiré par le mythe de l’androgyne, Prinner cherche sans cesse à réunir les contraires. Sa sculpture Le Mat ou le fou, illustre notamment cette opposition, entre visage masculin et courbes féminines.
5. L’Égypte ancienne irrigue toute son œuvre
Fabrice Gousset
ADAGP © Galerie de l’Institut
Dès les années 1930, Anton Prinner se passionne pour la civilisation égyptienne, notamment grâce à une proche qui étudie l’égyptologie. Les figures d’Isis, du sphinx ou encore le Livre des morts des anciens Égyptiens nourrissent son univers artistique. Fasciné par les symboles et la spiritualité, il s’intéresse aussi à l’ésotérisme. Il réalise un jeu de tarot en céramique et invente sa propre « signature cosmique », formée de deux triangles inversés qui évoquent l’union des contraires. Des références qui donnent à son œuvre une dimension mystique et invitent à regarder au-delà de la simple sculpture.