Frappe contre un mariage en Iran : la piste d'une nouvelle erreur américaine

Frappe contre un mariage en Iran : la piste d'une nouvelle erreur américaine

Tout avait commencé comme un mariage traditionnel à Kuhestak, dans le sud de l'Iran. Des femmes aux mains décorées au henné, un repas sur le point d'être servi dans une pièce couverte de tapis et de coussins. Puis une frappe est survenue. Au moins quatre civils — deux femmes et deux enfants âgés de 4 et 16 ans — auraient été tués, et plus de 90 personnes auraient été blessées, selon Ali Jafarian, vice-ministre iranien de la Santé.

Selon le Washington Post, cette frappe le 1er septembre dernier pourrait être due à une erreur : d'après une source proche de l'opération citée par le quotidien américain, le Pentagone enquête sur la "forte probabilité" qu'une de ses bombes ait dévié de sa trajectoire. Six munitions larguées par des avions de la marine américaine visaient un complexe de communications situé dans cette ville portuaire, à proximité du détroit stratégique d'Ormuz. Cinq auraient atteint leur cible. La sixième aurait manqué sa trajectoire et pourrait avoir frappé la maison où se déroulait le mariage.

Le journal rapporte que l'explosion a éventré le toit de l'habitation située à environ 135 mètres de la tour de communication visée. Le complexe ciblé se trouvait dans une zone civile mais était soupçonné d'être utilisé en partie par les forces iraniennes. Selon la source citée par le quotidien, la tour était la seule cible visée à Kuhestak, ce qui exclurait l'hypothèse d'une frappe intentionnelle contre la maison ou d'une confusion avec un autre point de mire.

Des installations de communications visées

Selon le Washington Post, cet incident est survenu à la suite d'un processus de ciblage pourtant approfondi, incluant, de la part du personnel américain, des mesures visant à minimiser les dommages causés aux civils, telles que de multiples niveaux de vérification de la localisation des cibles. "Il convient d'établir les habitudes de vie des civils avant l'attaque et de caractériser chaque structure adjacente à la cible", a précisé au Washington Post Wes Bryant, ancien spécialiste du ciblage au sein des forces d'opérations spéciales de l'US Air Force.

Reste à comprendre pourquoi l'une des munitions a dévié. Les experts en armement cités par le quotidien rappellent que les bombes guidées, qui reposent notamment sur des coordonnées GPS, atteignent presque systématiquement leur cible. Les frappes erronées peuvent résulter de renseignements inexacts, d'une erreur humaine ou d'un dysfonctionnement. Jeudi dernier, le vice-président J.D. Vance a annoncé que les États-Unis menaient "une enquête approfondie" au sujet de cette frappe, tout en se disant "sceptique" quant aux informations relayées par les médias d'Etat iraniens. Le Commandement central a également indiqué examiner les informations faisant état de victimes civiles.

"Le mariage a viré au deuil"

Le premier jour du conflit, le 28 février 2026, une frappe aérienne américaine visant un complexe militaire iranien avait déjà touché une école située à proximité, faisant au moins 175 morts, dont de nombreux enfants, selon les médias d'État iraniens. D'après les éléments rapportés par la presse américaine, cette frappe pourrait avoir été liée à l'utilisation de données de ciblage obsolètes, qui auraient conduit à une mauvaise identification de la cible. "À la nouvelle liste des crimes de guerre et des attaques de l'armée américaine contre des cibles civiles en Iran — après les écoles, les stades et les habitations — il faut désormais ajouter les cérémonies de mariage", a d'ailleurs dénoncé le Croissant-Rouge iranien sur X après la frappe de Kuhestak.

Parmi les invités du mariage, se trouvait notamment Motahareh, une femme qui a témoigné après la frappe et dont l'identité a été confirmée par le New York Times."Cette soirée devait être placée sous le signe de l'amour et du rire", a-t-elle écrit dans un post Instagram, selon le journal. "Mais le mariage a viré au deuil." Les frappes sur Kuhestak s'inscrivent dans une série d'attaques américaines dans le sud de l'Iran. Washington les a présentées comme des représailles à des menaces accrues contre ses troupes et le trafic maritime commercial. En plus des installations de communication, le Commandement central américain a indiqué avoir visé d'autres sites exploités, selon lui, par les forces armées iraniennes, notamment le Corps des gardiens de la révolution islamique.