Haute-Saône. Emprise, viols incestueux, agressions sexuelles : un septuagénaire condamné à 15 ans de réclusion
« Je veux dire la vérité, m’excuser auprès de mes enfants et de mon épouse. » C’est par ces mots qu’un septuagénaire haut-saônois a pris la parole devant la cour criminelle départementale, au tribunal de Vesoul, lundi 14 et mardi 15 septembre. Il était jugé pour des faits de viols incestueux sur mineurs et d’agressions sexuelles commis sur deux de ses belles-filles et son beau-fils. Au terme des deux jours d’audience, il a été condamné à 15 ans de réclusion criminelle, assortis d’un suivi socio-judiciaire de cinq ans.
L’histoire familiale débute au milieu des années 1980. Après le divorce de leurs parents, une fratrie de deux garçons et une fille rejoint leur mère dans une nouvelle famille. Le beau-père va progressivement installer une relation d’emprise et commettre des violences sexuelles sur les enfants. En 1985, alors qu’elle est âgée de 8 ans, l’une des fillettes est victime des premiers faits. Cinq ans plus tard, alors que sa mère est hospitalisée, les violences prennent une autre dimension. Âgée de 13 ans, elle est violée pour la première fois.
Quelques mois plus tard, sa mère meurt dans un accident de voiture. La jeune fille se retrouve alors seule avec son beau-père et ses frères et sœurs. Celui-ci lui impose de devenir « la nouvelle maman ». Elle abandonne l’école à 14 ans pour s’occuper du foyer. Selon les éléments évoqués à l’audience, les viols se poursuivent quotidiennement jusqu’à sa majorité, à raison d’un à trois par jour. « Cela fait environ 1 825 viols sur mineure », avance Me Caroline Lavallée, l’avocate de la victime. En 1995, à sa majorité, la jeune femme épouse son agresseur. Les violences sexuelles ne cessent pas pour autant. Le couple aura six enfants et restera uni pendant 28 ans.
« C’était comme une secte »
Une autre belle-fille est à son tour victime de violences sexuelles entre 8 et 12 ans. Une plainte aboutira à un non-lieu en 2012. La famille poursuit sa vie, dans un climat d’emprise et de peur. Elle déménagera à sept reprises, notamment dans le Grand Est, en Île-de-France et dans les Hauts-de-France afin, selon les témoignages livrés à l’audience, de ne pas éveiller les soupçons de l’entourage. Les enfants grandissent dans cet environnement. Certains sont témoins des violences infligées à leur mère dès l’âge de 6 ans. Il faudra attendre 2023 pour que la mécanique se brise. Sur son téléphone, la victime découvre les témoignages de femmes victimes de violences conjugales. Elle reconnaît sa propre situation dans ces récits. Le déclic. Elle engage une procédure de divorce et comprend que ce qu’elle avait longtemps considéré comme sa « normalité » relevait en réalité d’une relation d’emprise.
Devant les cinq magistrats de la cour criminelle départementale, les victimes et les membres de la famille ont livré leurs témoignages. La deuxième victime décrit quant à elle une relation qui ressemblait à « une secte ». Face à ces témoignages, le prévenu reconnaît certaines difficultés dans son parcours mais évoque également sa propre enfance. Il affirme avoir lui-même été victime d’agressions sexuelles et de viols de la part de son beau-père. Pour Me Caroline Lavallée, les violences ont profondément marqué sa cliente : « Dépossédée de son corps, de son esprit, de son imaginaire, les viols qui, bien que prescrits, ont construit cette absence de personnalité. » Me Kévin Louvet, avocat de la deuxième victime, évoque pour sa part « un rituel » installé durant plusieurs années.
18 ans requis, 15 ans prononcés
Dans son réquisitoire, l’avocate générale Cathy Bianchin insiste sur la durée des violences. Elle requiert 18 ans de réclusion criminelle. La défense plaide pour une peine moins lourde. Me Jean-Charles Darey rappelle notamment l’âge de son client, son état de santé et sa dépendance. « À quoi sert la peine lorsque l’homme est devenu un vieillard complètement dépendant ? » interroge l’avocat.
Après deux jours d’audience, la cour criminelle départementale condamne finalement l’accusé à 15 ans de réclusion criminelle.
Pour protéger les victimes, dont une est mineure, l’identité n’est pas divulguée.