Le risque du stress post-traumatique après la perte de sa maison par le feu

Le risque du stress post-traumatique après la perte de sa maison par le feu

Ce n’est pas seulement un foyer, ce sont des souvenirs, des meubles, des traces, une vie. Quand une maison part en fumée, comme c’est le cas pour 240 habitations dévorées par les flammes de l’incendie ogre de Gironde, leurs propriétaires sont désœuvrés. Il faut « au plus vite » les prendre en charge psychologiquement, explique docteur Samia Lahya, médecin psychiatre et référente départementale SAMU-CUMP 84.

La CUMP, c’est la cellule d’urgence médico-psychologique déclenchée après des événements graves tels que des catastrophes naturelles ou des attentats. Les médecins sont envoyés sur place dans les premières heures sur le lieu du sinistre, parfois dans les centres d’hébergement où sont logés les déplacés, au plus près des besoins. « Qu’ils soient témoins ou victimes, ils peuvent être en état de stress important », souligne Samia Lahya. Elle connaît bien ce genre de cas, le département du Vaucluse étant une zone à risque pour les feux de forêt.

Un « déracinement » violent

Les professionnels vont prendre en charge les personnes et évaluer leur état de stress, entre un « stress adapté » - la majorité - et un « stress dépassé ». C’est là qu’il y a danger, notamment de développer un trouble de stress post-traumatique. La perte de son foyer est « une perte de repères et un déracinement qui peuvent être particulièrement traumatogènes, surtout chez les personnes fragiles », développe Samia Lahya. L’état peut être aggravé par le deuil d’un proche, des blessures physiques, une séparation avec la famille même temporaire ou bien un impact économique et social.

Même pour les personnes indirectement touchées, avoir été témoin de la catastrophe ou découvrir un paysage détruit par les flammes, réduit en cendres, « c’est un choc visuel », ajoute-t-elle. « C’est traumatisant avant tout pour les gens qui ont perdu leur habitation, évidemment, mais ça l’est pour tous les habitants », a ainsi confié à 20 Minutes Jean Lajzerowicz, premier adjoint au maire de la commune de Le Porge où 183 maisons ont été détruites par les incendies.

Les émotions qui dominent dans les jours suivants sont principalement la peur, la culpabilité, le sentiment d’impuissance, la tristesse ou encore la colère. Les médecins psychiatres et psychologues de la CUMP peuvent aussi faire face à des individus en état de déréalisation, de sidération, qui ne réalisent pas ce qui est arrivé. Et dans ces cas-là « le retour à la réalité peut être très violent, c’est pourquoi il faut accompagner l’atterrissage en douceur, en posant des mots sur les choses, au rythme de la personne », précise Samia Lahya.

Un degré de traumatisme variable

Car la violence de la perte d’une maison, ne réside pas tant dans le bien en lui-même que dans ce qu’il représente. Ce sont des souvenirs, des photos, des meubles auxquels on a accordé une symbolique, un attachement, ce sont des mûrs qui nous ont vus grandir, des objets qui racontent notre histoire, « qui disent quelque chose de notre identité », résume la médecin en psychiatrie.

L’importance de l’impact va dépendre du « degré de confrontation à l’événement et du niveau de destruction ». Qu’il s’agisse d’un incendie, d’une inondation, d’un cyclone, « c’est la proximité à l’événement traumatogène et l’ampleur de la modification de l’environnement » qui va affecter les personnes touchées, appuie celle qui est aussi partie en mission à Mayotte après le destructeur cyclone Chido.

Anticiper la catastrophe

Pour ne pas traîner ce traumatisme dans la durée, l’important est donc d’avoir une perspective d’avenir. C’est l’un des objectifs de Samia Lahya : redonner une envie de se projeter. Car si « ça peut être une partie de nous qui s’en va » dans les flammes, « on peut le reconstruire », insiste-t-elle, avec « de nouveaux repères, de nouveaux objets ». D’où la nécessité d’accompagner les personnes « bien après les événements car ça prend du temps ».

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Le choc peut aussi être diminué s’il est anticipé. Une meilleure « préparation des institutions et des citoyens peut adoucir le facteur traumatogène d’un événement », souligne Samia Lahya. Des kits de secours peuvent être préparés en amont et placés au coin de la porte dans les maisons situées dans des zones à risque. Un petit geste qui « permet de réduire le côté explosif d’une telle catastrophe ». Car ces événements extrêmes ne vont que s’amplifier et se multiplier avec le changement climatique.