Face aux dépôts sauvages, cette collectivité lance une collecte d’amiante

Face aux dépôts sauvages, cette collectivité lance une collecte d’amiante

C’était le matériau miraculeux. Pas cher, facile à poser, rapide à produire, résistant à la chaleur et aux incendies… Avant que l’on apprenne que c’était une immense saloperie pour la santé, l’amiante apparaissait comme une solution formidable. Alors la France en a collé partout : sur les toitures, dans les sous-sols et dans les combles pour isoler, dans les plafonds pour tuyauter… Jusqu’à l’interdiction proclamée en 1997, l’industrie du bâtiment a largement eu recours à cette fibre minérale que l’on retrouve dans la nature. Y compris depuis 1977, quand cette substance a été classée comme cancérogène avéré pour l’homme par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). A mesure que l’on détruisait des bâtiments bourrés d’amiante, on découvrait que le si formidable matériau était en fait une catastrophe pour la santé, logeant ses fibres microscopiques au plus profond des poumons de celles et ceux qui le respirent.

Depuis cette interdiction prononcée il y a presque trente ans, d’importants chantiers de déconstruction ont été menés en France, faisant grimper le coût des rénovations. Malgré son caractère dangereux, l’amiante reste présent partout dans notre pays, sans que les gens ne sachent véritablement quoi en faire.

En Bretagne, une collectivité a décidé de mettre en place un nouveau service afin de venir en aide aux habitants souhaitant se débarrasser de leur lourd fardeau. « C’est un vrai sujet. A une époque, de l’amiante, on en mettait partout. Mais quand ils faisaient des travaux de changement de toiture par exemple, les gens ne savaient pas vraiment où s’adresser. Nous voulions trouver une solution », explique Erika du Prémorvan. La vice-présidente de Lorient Agglomération en charge de la prévention et la valorisation des déchets a porté l’idée d’un nouveau dispositif de prise en charge des déchets amiantés à destination des particuliers qui vient d’entrer en vigueur.

« On ne peut pas tout prendre »

La collectivité bretonne a mis en place un service permettant aux particuliers d’évacuer gratuitement jusqu’à 250 kg d’amiante par an, à condition de remplir les conditions strictes qu’elle impose. « On ne peut pas tout prendre. Quand les déchets sont détériorés, nous ne pouvons pas les accepter », prévient Vincent Gadonna, responsable valorisation et déchets à Lorient Agglomération. Un formulaire accompagné de photos doit être rempli par les habitants et validé par la collectivité.

La transformation de la Tour Montparnasse est rendue inernale en raison de la présence d'amiante dans le bâtiment, qui alourdit la facture.

La transformation de la Tour Montparnasse est rendue inernale en raison de la présence d'amiante dans le bâtiment, qui alourdit la facture.  - M. Levet/Hans Lucas/AFP

Avant le 7 septembre et le lancement de ce service, les 200.000 habitants de l’agglomération du Morbihan n’avaient aucune solution gratuite pour retraiter leurs déchets amiantés. Ils devaient se tourner vers Les Recycleurs Bretons, entreprise privée basée à Caudan (Morbihan). Sauf qu’il fallait payer. Résultat ? « Nous avions encore de l’amiante qui arrivait en déchetterie, alors que c’est interdit. C’est une vraie problématique pour nos agents, pour les usagers et pour l’environnement », regrette l’élue.

Difficile de savoir quelle part est intentionnelle. « Il y a des personnes qui se cachent, d’autres qui ne savent pas. Mais nous, on doit payer pour toute la benne. » De l’ordre de 50.000 euros par an pour traiter ces « accidents. » Dans les déchetteries, une surveillance accrue avec des caméras de vidéosurveillance a donc été déployée pour limiter ces comportements isolés mais coûteux pour la collectivité.

Des déchets enfouis au fond des jardins

Dans une région très agricole, le gisement est probablement conséquent. Élue à Languidic, commune la plus étendue du Morbihan, Erika du Prémorvan sait que certains habitants peu scrupuleux peuvent se débarrasser de leurs déchets en les abandonnant dans la nature. Des toitures de fermes changées mais jamais retraitées sont régulièrement abandonnées pendant des années. « A la campagne, on trouve parfois des déchets d’amiante enfouis dans des terrains. Ce sont des produits très polluants, en plus d’être dangereux pour la santé de ceux qui les manipulent », alerte la vice-présidente de Lorient Agglomération.

Notre dossier sur l'amiante

Pour l’heure, il est assez difficile d’évaluer la quantité à retraiter. Mais depuis le lancement du service le 7 septembre, la plateforme de contact est particulièrement sollicitée. Entre quinze et vingt demandes arrivent chaque jour dans les services de Lorient Agglomération. Le budget de 100.000 euros provisionné pour cette première année pourrait être dépassé. Le prix à payer pour se débarrasser d’un poison lent. Le Haut conseil de la santé publique (HCSP) estime que l’amiante pourrait causer jusqu’à 100.000 décès d’ici 2050 rien qu’en France.