Les femmes sont plus intelligentes émotionnellement que les hommes, et c'est un problème
On tient souvent pour acquis que la gent féminine déchiffre mieux les émotions d'autrui. Mais ce talent serait-il inné, et à quel prix pour celles qui le portent ? De vastes données suggèrent que l'intelligence émotionnelle des femmes s'acquiert bien plus qu'elle ne naît.

Rédacteur scientifique
Publié le 23/10/26 à 21:00
- Vera Hampel, Mary Hausfeld et Jochen Menges ont analysé 30 ans de données sur l'intelligence émotionnelle dans 76 pays.
- Les femmes surpassent les hommes en intelligence émotionnelle, surtout dans la capacité à comprendre et apaiser les émotions d'autrui.
- L'intelligence émotionnelle s'apprend et représente un potentiel inexploité chez les hommes, selon les chercheurs.
Ce résumé généré par IA a été validé par les journalistes de la rédaction.
Vera Hampel, Mary Hausfeld et Jochen Menges, ont compilé dans une méta-analyse publiée dans Academy of Management Proceedings, près de trente ans de travaux menés dans 76 pays sur plus de 600 000 personnes pour comparer les aptitudes émotionnelles des deux sexes. En moyenne, un écart ressort, concentré sur la capacité à décoder et apaiser les émotions d’autrui. L’intelligence émotionnelle des femmes y surpasse celle des hommes, mais surtout sur ce versant tourné vers les autres.
Un avantage qui se joue sur les autres
L’intelligence émotionnelle désigne la capacité à reconnaître, comprendre et réguler les émotions, les siennes comme celles des autres. Or l’avantage féminin ne se répartit pas également sur ces deux terrains. Il se concentre nettement sur le second, celui qui consiste à deviner ce qu’un proche ressent, à en saisir la raison et à l’aider à apaiser son émotion, une forme d’empathie en action.
Il s’agit de moyennes calculées sur des centaines de milliers de personnes, pas d’une loi valable pour chaque individu. Beaucoup d’hommes excellent dans cet exercice, et beaucoup de femmes y sont maladroites. En moyenne, toutefois, désamorcer une dispute, consoler un collègue vexé ou calmer un enfant en crise échoit plus souvent aux secondes.
Une compétence qui s’apprend dès l’enfance
Si cet écart était purement biologique, on s’attendrait à le retrouver, stable, dès le plus jeune âge. Les données racontent l’inverse. L’avantage est bien plus mince chez les enfants que chez les adultes, et il s’est réduit au fil des trois décennies couvertes. Deux indices qui orientent vers l’apprentissage plutôt que vers l’inné, même si les auteurs ne tranchent pas la part exacte de la biologie.
D’autres travaux éclairent ce façonnage. Les parents emploient un vocabulaire des émotions plus riche avec leurs filles et les encouragent davantage à nommer puis à démêler ce qu’elles ressentent, quand les garçons sont plutôt invités à contenir les leurs. Les filles s’entraînent donc tôt, et beaucoup. Surtout, une méta-analyse de 58 études a montré que l’intelligence émotionnelle se travaille, avec la même efficacité quel que soit le sexe.
Quand un talent devient une corvée invisible
Cette force a un revers, soulignent les chercheurs. Quand l’aisance émotionnelle passe pour un trait de caractère, et non pour un savoir-faire, elle devient vite une charge mentale invisible que l’on exige sans la voir. La collègue douée pour apaiser les tensions se retrouve chargée de le faire en permanence, sans que cela figure jamais sur une fiche d’évaluation. Hors du bureau, le même mécanisme joue dans les familles et les amitiés, où celui qui prend des nouvelles sans qu’on le lui demande fournit un travail bien réel.
Puisque cette aptitude s’apprend, les auteurs y voient surtout un potentiel inexploité chez les hommes. Ils invitent les entreprises à reconnaître et à valoriser ce travail relationnel, et à le cultiver chez tous les salariés plutôt que de le présumer chez les unes. La prochaine étape consistera à comprendre pourquoi l’écart se resserre, génération après génération.