Recherche, image, vidéo… Quel est le coût écologique de vos requêtes IA ?
Générer un paragraphe de texte, créer l’image d’un chat astronaute ou résumer un document complexe ne prend aujourd’hui que quelques secondes sur nos écrans. Mais derrière la fluidité des applications se cache une infrastructure colossale. De nombreux rapports se penchent sur la question, comme récemment celui du Sénat. Avant lui, un avis de l’Ademe et un rapport de l’UNU-INWEH (Institut de l’Université des Nations Unies pour l’eau, l’environnement et la santé) chiffraient aussi le coût environnemental de l’intelligence artificielle. Alors, qu’est-ce que ça représente ?
Contrairement à l’idée reçue qui attribue l’essentiel de l’impact environnemental à la phase d’entraînement initial des modèles, les experts révèlent que l’usage quotidien (appelé « inférence ») représente aujourd’hui 80 % à 90 % de la consommation d’énergie totale de l’IA. Multipliés par des milliards d’interactions chaque jour, ces micro-coûts énergétiques finissent par peser lourdement sur les réseaux électriques mondiaux.
Des petites requêtes qui s’additionnent
Mais tous les usages numériques ne se valent pas. Une recherche traditionnelle sur Google consomme environ 0,3 watt-heure (Wh). Les estimations d’une requête enrichie par IA vont d’environ le même palier, 0,3 Wh, à près de 3 Wh, selon les études et les périmètres. Le Sénat retient par exemple un facteur « x 10 », alors que d’autres mesures récentes montrent qu’on se rapproche d’une recherche classique.
Une requête standard sur ChatGPT ? Entre 0,34 Wh, chiffre avancé par Sam Altman lui-même, le patron d’OpenAI, et 0,42 Wh, estimation de l’UNU-INWEH. Pour une réponse longue et très élaborée, la facture grimpe à 1,9 Wh. En comparaison, ça reste moins que la clim, dont l’utilisation pendant une heure équivaut à entre 2.400 et 2.900 requêtes, ou la charge complète d’un smartphone (40 requêtes). Mais à l’échelle mondiale, avec environ 2,6 milliards de requêtes quotidiennes, ChatGPT engloutit chaque jour 884 MWh, l’équivalent de la consommation électrique quotidienne de 145.000 Français.
Images et vidéos consomment plus
Au niveau supérieur, fabriquer une illustration par IA demande en moyenne 2,9 Wh. Pour matérialiser ce chiffre, cette énergie suffirait à alimenter une ampoule LED de 10 Watts pendant dix-sept minutes d’affilée. Côté ressources en eau, la production d’électricité associée consomment environ 29 mL d’eau par image, soit l’équivalent de deux cuillères à soupe.
La création audiovisuelle, quant à elle, représente le sommet de l’intensité énergétique. Un clip vidéo généré en haute définition sur un grand modèle peut consommer plus de 415 Wh. Cela équivaut à laisser la même ampoule LED allumée pendant cette fois-ci 42 heures consécutives. Côté eau, un seul clip vidéo de haute complexité nécessite environ 4,1 litres d’eau, soit presque l’équivalent de la consommation d’eau potable d’une personne pendant deux jours.
Appels à la sobriété
Pour soutenir cette frénésie de requêtes, les centres de données se multiplient. En 2025, la consommation mondiale des data centers a été estimée entre 448 TWh et 485 TWh. Si l’ensemble des data centers mondiaux formaient une Nation, elle se classerait au onzième rang mondial des plus grands consommateurs d’électricité, juste derrière la France (468 TWh).
Face à ce constat, l’Ademe appelle à une prise de conscience rapide et à l’adoption d’une « IA frugale ». L’agence préconise notamment d’intégrer des fonctionnalités de sobriété, de privilégier des modèles spécialisés plus petits, et de donner la possibilité aux utilisateurs de désactiver les options génératives inutiles intégrées par défaut dans leurs outils numériques habituels.