Incendies : "Nous sommes vulnérables à cause de nos choix d’aménagement..." Pourquoi il faut repenser l’urbanisme face aux feux de forêt

Incendies : "Nous sommes vulnérables à cause de nos choix d’aménagement..." Pourquoi il faut repenser l’urbanisme face aux feux de forêt

l'essentiel Longtemps oubliés dans les politiques d’aménagement, les incendies de forêt révèlent aujourd’hui les failles de nos territoires. Alors que le risque s’étend avec le changement climatique, nos choix d’urbanisation doivent-ils être repensés ?

Face à la multiplication des incendies de forêt, le feu n’est pas seulement une affaire de météo ou de végétation. Il révèle aussi les failles de nos territoires. Pour la géographe Pauline Vilain-Carlotti, nos choix d’aménagement ont contribué à créer une situation de vulnérabilité qui pourrait encore s’aggraver avec le changement climatique.

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Des choix d'urbanisme "pas adaptés"

"L’incendie est sans doute le seul aléa climatique contre lequel on prétend lutter aujourd’hui", explique la géographe. Contrairement à une crue ou une tempête, contre lesquelles l’homme ne peut agir directement, le feu naît de la rencontre entre un phénomène naturel, des facteurs humains et des territoires plus ou moins exposés.

"Nous avons construit cette situation à risque par des choix d’aménagement qui n’étaient pas adaptés, estime la géographe. Et aujourd'hui nous sommes particulièrement vulnérables".

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Car pendant des décennies, les incendies ont largement été absents des réflexions urbaines. Résultat, alors que le risque progresse sous l’effet du changement climatique, de nombreux territoires se retrouvent aujourd’hui en première ligne.

"On a laissé proliférer ces espaces sans réellement les encadrer"

Ainsi, les interfaces entre les habitations et les forêts, longtemps prisées pour leur cadre de vie agréable et leur proximité avec la nature, sont aujourd’hui devenues des zones de fragilité. "On a laissé proliférer ces espaces sans réellement les encadrer", regrette la cheffe de projet dans un bureau d’études spécialisé dans les risques de feux de forêt.

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Cette urbanisation diffuse, appelée "mitage urbain", a progressivement grignoté les espaces naturels. Des maisons individuelles dispersées, peu regroupées, se sont multipliées au cœur ou aux abords des zones boisées, accentuant la fragilité des territoires face aux incendies.

Intégrer la problématique incendie à l'urbanisme

Pour inverser la tendance, il ne faut plus penser uniquement le feu lui-même, mais aussi les vulnérabilités qui l’accompagnent. "Cela passe notamment par une meilleure utilisation des outils d’urbanisme existants", souligne l'experte.

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Parmi eux, les plans de prévention des risques pourraient jouer un rôle majeur. Ces documents permettent de classer les territoires selon leur niveau d’exposition. Pour la géographe, autrice d'une thèse en 2015 sur les incendies, "il faut donc intégrer la problématique incendie à l’urbanisme pour limiter la constructibilité dans certaines zones".

Rattraper le retard

Sauf qu'aujourd’hui, le retard est important. Alors que la France compte plusieurs milliers de plans de prévention des risques liés aux inondations, seuls 287 plans concernent les incendies de forêt, pour environ 7 000 communes exposées.

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La lutte passe donc par une remise en question de l’étalement urbain. Pour Pauline Vilain-Carlotti, l’urgence est désormais de rattraper des années d’impréparation. "Il y a un manque d’adaptation des territoires qui est dramatique aujourd’hui", alerte-t-elle.