«J'ai été violé à dix ans» : le récit de Lumière Kololo, enfant des rues à Kinshasa, devenu écrivain
À Kinshasa, en République démocratique du Congo (RDC), des centaines d'enfants vivent dans les rues de la capitale congolaise, rejetés, stigmatisés, parfois même accusés de sorcellerie. Lumière Kololo a grandi dans la rue, livré à l'abandon. Il raconte son parcours dans un livre « Balabala Ebota Mwana Te ».
Publié le : 07/09/2026 - 13:44
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De notre correspondante à Kinshasa,
C'est un souvenir que Lumière Kololo garde gravé dans sa mémoire. Il avait dix ans lorsqu'il a passé sa première nuit dans la rue. « Ma tante, elle m'envoyait vendre des sachets. Les grands, ils m'ont frappé et ils m'ont pris tout ce que j'avais. J'ai commencé à pleurer. Quand je suis rentré, j'ai parlé à ma tante. Elle m'a chassé ».
L'écriture comme soutien
Très vite, il est victime de violences, des traumatismes qu'il raconte dans son livre. Un récit intime et poignant : « J'ai été violé à l'âge de dix ans. Ça, c'est quelque chose que j'étais pas du tout content de raconter aux gens. Quand j'écrivais, je me sentais bien. Ça m'a permis de m'en sortir. Avant, je voyais les autres en train de réussir. Moi je me disais que non, c'était trop tard pour moi ».
Lumière Kololo passera cinq ans dans la rue avant de trouver refuge dans un centre d'accueil. Il y apprend un métier, la menuiserie, mais il découvre aussi la lecture : « Quand je voyais les gens en train de lire, moi j'étais là en train de pleurer. Je me suis aussi dit : 'en fait, rien n'est perdu quoi, Je pourrais apprendre?' Déjà à ce moment là, j'ai commencé vraiment à apprendre l'alphabet et j'ai commencé à lire tout ce que j'ai trouvé. Ça a nourri en moi l'idée d'écrire ».
Pour lui, l'écriture est une renaissance. À 21 ans, Lumière, Lolo travaille déjà sur son deuxième roman autobiographique
Les shégués, enfants des rues de Kinshasa, abandonnés aussi par l'État
Il n’existe pas de chiffres officiels sur le nombre d’enfants vivant dans les rues à Kinshasa. Les associations estiment toutefois qu’ils seraient près de 50 000. Des centres comme Mokili Na Poche tentent de leur offrir un refuge et un accompagnement.
Pour Cédrick Tshimbalanga, directeur du centre, ce n'est pas suffisant. Il appelle les autorités à agir d’urgence : « Ce phénomène existe depuis les années 90, à partir de la crise sociale qui a commencé à frapper avec tous ces pillages. Les enfants en situation de rue, on ne pouvait les voir que dans le marché. Ce n'était pas comme aujourd'hui. Mais les églises ont accusé des enfants (d'être des) sorciers. L'enfant est alors rejeté et se retrouve à la rue ».
Le directeur du centre Mokili Na Poche dénonce l'inaction de l'État congolais : « C'est une question très urgente, parce que plus ce problème persiste, plus il croît et plus il devient une bombe qui va éclater. Parce que laisser des enfants, des adolescents sans éducation, sans formation, sans orientation, qu'est ce qu'ils deviennent après? Rien d'autre qu'un danger. Voilà comment même le phénomène «Kuluna», gangs de jeunes délinquants qui terrorisent Kinshasa, a pris beaucoup de place dans la ville ».