« Je gagne bien mieux ma vie » : ex-entrepreneuse, elle est aujourd’hui en CDI chez Alice & Bob, la pépite française du quantique

« Je gagne bien mieux ma vie » : ex-entrepreneuse, elle est aujourd’hui en CDI chez Alice & Bob, la pépite française du quantique

Il y a quatre ans encore, un ordinateur n’était pour moi qu’un outil pour consulter mes mails. Aujourd’hui je suis software engineer chez Alice & Bob [champion français de l’informatique quantique, ndlr]. Le grand écart peut surprendre. Il me surprend encore moi-même, parfois ! Car avant de me lancer dans la tech, j’ai entrepris des études de coréen, puis j’ai monté ma boîte dans l’événementiel. Malheureusement, le Covid a eu raison de cette activité, et avec elle d’un équilibre de vie qui n’a jamais été simple à trouver.

Avec le recul, je ne vis plus ce coup d’arrêt comme un échec : c’est lui qui m’a mise sur la route de l’école 42, où je suis entrée fin 2022. Je m’étais promis que cette formation ne serait qu’une parenthèse avant de retourner à mon activité d’entrepreneure. Mais deux semaines plus tard, ma société mettait la clé sous la porte. Alors cette parenthèse est devenue toute ma vie, surtout quand j’ai senti à quel point ce nouvel univers me transformait.

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Candidater « pour la blague » chez l’un des champions du quantique

L’année dernière, j’ai appris que j’étais TDAH, un diagnostic posé à 28 ans après avoir traîné toute ma scolarité un sentiment diffus de ne pas être à ma place, de ne pas être douée pour apprendre. Le cadre scolaire classique ne m’avait jamais réussi. Celui de l’école 42, sans professeurs, ouvert 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, où chacun avance à son rythme sur des projets plutôt que sur des cours, a fait l’inverse : il m’a redonné confiance dans ma capacité à apprendre.

Je crois sincèrement que ce n’est pas parce qu’on n’est pas bon scolairement qu’on ne peut pas réussir professionnellement, et je pense en être la preuve. À commencer par la façon dont j’ai atterri chez Alice & Bob, presque par hasard. Je suis tombée sur leur site en cherchant à comprendre pourquoi, en cryptographie, on parle toujours d’Alice et de Bob, plutôt que de A et B. J’ai vu une offre d’emploi à laquelle j’ai candidaté sans grande conviction, un peu pour la blague. La réponse est arrivée vite, l’entretien technique s’est bien passé. Un stage a suivi, puis un CDI ! Deux ans plus tard, je suis toujours là.

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Concrètement, mon quotidien consiste à travailler sur des puces quantiques et à essayer de mieux les comprendre. Des instruments envoient des signaux vers ces puces, un peu comme dans n’importe quel laboratoire de physique expérimentale, et mon travail consiste à construire les outils qui permettent aux physiciens et physiciennes de les piloter sans avoir à se soucier de la mécanique du dialogue entre la machine et la puce, pour qu’ils puissent se concentrer sur la physique elle-même.

Une prise de responsabilité rapide au sein d’Alice & Bob

Je suis arrivée à un moment de forte rotation dans l’équipe de développement : plusieurs personnes plus expérimentées sont parties ou sont montées vers des postes de management. Alors je me suis retrouvée, très vite, à être parfois le point de référence pour des collègues seniors arrivés après moi. Tout ça alors qu’à l’échelle d’une carrière, je n’ai pourtant pas beaucoup de bagages.

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Ça m’a donc donné une légitimité que je cherchais encore, celle de me dire que j’ai ma place et que je sais faire des choses dans un domaine de pointe. C’est d’ailleurs ce qui me fait dire que j’ai, en partie, déjà réussi ma vie professionnelle : le quantique est en train de vivre ce que l’intelligence artificielle a vécu avant de s’imposer partout. Et j’ai l’honneur de pouvoir en faire partie. Il y a aussi un aspect qui compte au moins autant pour moi : inspirer, en particulier des jeunes femmes, à se lancer dans un domaine encore très masculin, y compris dans la recherche.

Un salaire de 50 000 euros bruts par an après 2 ans en entreprise

Revenir à l’entrepreneuriat plus tard ? Je ne l’exclus pas définitivement, ma meilleure amie parie même que j’y reviendrai un jour. Mais pour l’instant, j’ai assez donné : cette aventure a été dure à vivre. Et surtout, je suis bien là où je suis, dans un métier qui me permet aussi, très concrètement, de mieux gagner ma vie, autour de 50 000 euros par an, après des années où l’autoentrepreneuriat ne me rapportait rien. Ce n’était pas la seule raison de ma reconversion, mais ce serait malhonnête de prétendre qu’elle n’a pas compté.