"La diplomatie des puces": comment le géant technologique Nvidia et ses puces ont servi la politique internationale de Donald Trump (et aussi à stopper la guerre entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan)
"La diplomatie des puces": comment le géant technologique Nvidia et ses puces ont servi la politique internationale de Donald Trump (et aussi à stopper la guerre entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan)
Publié aujourd'hui à 19h40
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Comment le géant technologique Nvidia et ses puces ont servi la diplomatie de Donald Trump (illustration) - BFM Tech
Pour signer ses accords de paix en grande pompe, Donald Trump s'est parfois servi de leviers technologiques, comme des accords sur les puces, notamment pour stopper la guerre entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan. Un exemple qui illustre le poids géopolitique majeur et croissant de Nvidia, géant mondial des semi-conducteurs et des puces. Décryptage.
Donald Trump se vante régulièrement d'avoir "mis fin à huit guerres en huit mois". Une affirmation qui mérite toutefois d'être largement nuancée. Certaines de ces guerres n'ont duré que quelques jours, même si elles étaient le fruit de tensions parfois anciennes, tandis que la pérennité de plusieurs accords reste incertaine. D'autres conflits ont par ailleurs repris après les annonces de cessez-le-feu, comme celui entre Israël et l'Iran.
Parmi les conflits que le locataire de la Maison Blanche présente comme résolus figure notamment celui entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan. En mars 2025, les deux pays avaient annoncé être prêts à mettre fin à près de quatre décennies de conflit autour du Haut-Karabakh, après la reprise de l'enclave par l'Azerbaïdjan en septembre 2023.
Les dirigeants arménien et azerbaïdjanais ont depuis même estimé que Donald Trump méritait le prix Nobel de la paix pour "son rôle" dans le rapprochement entre les deux pays. Ce rapprochement ne repose toutefois pas uniquement sur la promesse d'une paix portée par Donald Trump.

Il illustre aussi une nouvelle forme de diplomatie américaine, où les technologies stratégiques, et notamment les puces d'IA, deviennent des leviers de négociation. Selon le Wall Street Journal, les négociateurs américains ont ainsi utilisé la promesse d'un accès élargi aux puces de Nvidia pour favoriser la conclusion d'un accord de paix préliminaire entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan en 2025.
Washington aurait notamment proposé d'autoriser davantage d'achats de puces destinées à un projet de centre de données en Arménie, une incitation qui n'avait jusqu'ici pas été rendue publique. Un exemple particulièrement révélateur de ce que les responsables américains qualifient désormais de "diplomatie des puces".
Construction d'infrastructures géantes
L'Arménie cherche depuis à transformer cette promesse en infrastructure concrète. L'usine d'IA Firebird, située à Hrazdan, a été officiellement inaugurée le 8 août 2026. Selon le ministère arménien de l'Industrie de haute technologie, sa capacité devrait dépasser 100.000 GPU Nvidia Blackwell et Vera Rubin et atteindre plus de 400MW une fois la troisième phase achevée fin 2027.
Nvidia a également annoncé son intention d'investir dans le projet. En avril, le ministère et Firebird ont signé un accord prévoyant que l'État arménien achète pour 25 millions de dollars de ressources de calcul haute performance à l'entreprise sur cinq ans. Pour le Wall Street Journal, l'exemple arménien montre ainsi comment la technologie et les autorisations d'exportation de puces s'intègrent désormais pleinement aux outils de la politique étrangère américaine.
En Azerbaïdjan, Nvidia participe déjà à plusieurs projets destinés à développer les capacités du pays en matière d'intelligence artificielle. Fin 2025, l'entreprise publique AzInTelecom a ainsi lancé le premier centre de supercalcul du pays, une infrastructure capable de traiter de très grandes quantités de données grâce à 32 processeurs graphiques Nvidia H200, essentiels au fonctionnement des modèles d'IA.

En avril 2026, Nvidia a également signé un partenariat avec l'opérateur Azerconnect Group pour déployer son service de cloud gaming GeForce NOW. L'accord ouvre aussi la voie à la création de futures "AI factories", des centres de données spécialement conçus pour faire fonctionner et entraîner des systèmes d'intelligence artificielle.
Un panorama d'investissements, saupoudré de puces dernier cri, qui fait désormais de la technologie un véritable levier diplomatique pour les États-Unis. Cette stratégie de "déploiement" numérique ne se limite d'ailleurs pas au Caucase. Des cadres de négociation similaires, fondés sur la promesse d'infrastructures de calcul Nvidia de pointe, sont également proposés par la Maison-Blanche à des puissances stratégiques comme les Émirats arabes unis et l'Arabie saoudite.
Le poids géopolitique grandissant de Nvidia
En quelques années seulement, Nvidia est ainsi devenu bien plus qu'un géant des semi-conducteurs... grâce à ses technologies, son poids économique et son rôle central dans le développement de l'intelligence artificielle, l'entreprise s'est imposée comme un acteur incontournable de la géopolitique mondiale, au point que ses puces peuvent désormais servir comme un outil important des relations internationales.
Au-delà des "deals" de puces, Nvidia est aussi devenu l'un des acteurs importants des relations sino-américaines de ces dernières années. Alors que la guerre des semi-conducteurs oppose Washington à la République populaire de Chine, à coups de sanctions, de restrictions à l'exportation et d'interdictions visant les modèles les plus avancés, Nvidia tente de préserver son accès au marché chinois.

Par la voix de son patron, Jensen Huang, Nvidia défend notamment l'idée qu'une coupure totale des exportations pourrait pousser les entreprises chinoises à accélérer le développement de leurs propres puces. Pour le géant américain, continuer à vendre certaines puces à la Chine permet au contraire de conserver une avance technologique sur des acteurs comme Huawei ou Cambricon et, à terme, de préserver sa domination sur le marché mondial.
Un enjeu loin d'être anodin pour Nvidia, qui estime le potentiel du marché chinois à près de 50 milliards de dollars. L'idée derrière cette stratégie est de maintenir un écart de capacité suffisamment important pour empêcher les entreprises chinoises de se tourner vers des alternatives locales, résume Leevi Saari, chercheur à l'université d'Amsterdam, dans Tech Policy Press.
Un positionnement qui illustre le paradoxe du géant américain: ses puces sont devenues un outil de puissance pour Washington, mais leur vente reste aussi un enjeu commercial majeur pour Nvidia, dont les intérêts ne coïncident pas toujours avec ceux de la politique étrangère américaine.
Un paradoxe qui n'empêche pas Nvidia d'être devenu l'un des points clés du voyage de Donald Trump en Chine cette année, au point que la revue géopolitique Le Grand Continent résume cette nouvelle réalité par une formule: si "Nixon in China" est devenue une expression consacrée pour désigner le rapprochement historique entre Washington et Pékin, il faudrait désormais parler de "Jensen in China" pour comprendre la rivalité sino-américaine autour des technologies.
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