TikTok et visioconférences : la nouvelle vie de Carlos Ghosn, jugé pour corruption à Paris
International 16/09/2026 07:30 Actualisé le 16/09/2026 09:22
L’ancien PDG de Renault, jugé aux côtés de Rachida Dati, s’est reconverti en influenceur business depuis le Liban, qui lui interdit de quitter le territoire.

Carlos Ghosn/TikTok
Sur les réseaux sociaux, Carlos Ghosn diffuse ses conseils pour être un bon leader, dans et en dehors de l’entreprise.
EN BREF
• Jugé pour corruption lors du même procès que Rachida Dati, Carlos Ghosn ne sera pas à Paris puisqu’il est en fuite depuis 2019.
• Au Liban où il est arrivé après avoir fui le Japon, l’ancien PDG de Renault y est devenu une sorte d’influenceur business sur les réseaux sociaux.
• Il a proposé de témoigner à distance ce qui devrait lui être refusé par le tribunal qui le jugerait alors par défaut.
L’IA au HuffPost.
« La difficulté est la meilleure des leçons », « voici à quoi ressemble une belle vie », « le leadership commence là où les certitudes s’arrêtent ». Ces petites phrases vous rappellent peut-être certains contenus partagés par les nouveaux coachs en réussite qui inondent les réseaux sociaux. Mais celles-ci sont tirées du profil d’un influenceur dont la notoriété n’est pas née sur Internet : Carlos Ghosn. L’ancien PDG de Renault, jugé pour corruption et trafic d’influence à Paris à partir de ce mercredi 16 septembre aux côtés de l’ancienne garde des Sceaux Rachida Dati, s’est reconverti dans le conseil en stratégie et le coaching.
Le grand public garde l’image d’un homme qui se cache. Fin 2019, son évasion spectaculaire du Japon à bord d’un caisson de matériel audio alors qu’il était en attente d’un procès pour des malversations financières a fait le tour du monde. Réfugié au Liban, visé par trois mandats d’arrêt — deux émis par la France et un par le Japon — et une notice rouge d’Interpol, l’homme d’affaires ne fuit pourtant pas les réseaux sociaux.
Suivi par plus de 245 000 personnes sur Instagram (plus de 100 000 sur TikTok), il distille ses conseils pour « devenir un bon orateur », rappelle que « l’authenticité gagne toujours » et qu’il faut s’entourer de ses proches pour rester « terre à terre » dans des posts aux mots-clés comme « #motivation » ou « #résilience ». Il décline ses leçons dans une newsletter aux plus de 13 000 abonnés sur Substack, intitulée La philosophie de Carlos.
Aujourd’hui âgé de 72 ans, Carlos Ghosn a commencé par poster des extraits de ses interviews sur ses réseaux sociaux en avril 2025. Depuis, les vidéos se sont professionnalisées. On le voit tantôt face caméra, tantôt interrogé par un collaborateur, développant, en anglais, dans des vidéos d’une minute maximum, un aspect de ce qui fait selon lui un bon leader — au sein de l’entreprise mais aussi au sein de sa famille et dans sa vie privée, comme dans cette capsule où il énumère « ce que [son] chien [lui] a appris ».
Visioconférences et formations depuis sa villa de Beyrouth
Carlos Ghosn « consacre une partie importante de son temps à transmettre son expérience et son savoir-faire, notamment aux jeunes », vante auprès du HuffPost son avocat libanais, Me Jean Tannous, soulignant qu’« au Liban, beaucoup de jeunes ont besoin de retrouver confiance en eux et en leur capacité à réussir ». « Il continue d’être suivi, sollicité et écouté par ceux qui s’intéressent à son expérience, à son savoir-faire et à sa lecture du monde économique et industriel », tente-t-il encore de convaincre.
L’ancien grand patron de l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi Motors intervient également en visioconférence lors d’événements professionnels. Il a ainsi « partagé sa vision du leadership et du management » lors du forum du Syndicat des entreprises du tour-operating (SETO) fin mars, comme le rapporte le média spécialisé TourMag. Celui qui était qualifié de « cost killer » de l’automobile y a notamment donné des conseils pour gérer une crise en entreprise, comme établir « un diagnostic froid, lucide et factuel — comme celui d’un médecin face à un malade, indépendamment des sentiments qu’il peut avoir à son égard ». TourMag précise que l’ancien patron n’a pas été rémunéré pour cette intervention mais « a demandé de faire un don » à une fondation pour aider les enfants du Liban.
Dans un article publié par le Wall Street Journal en avril 2025, Carlos Ghosn assurait aussi travailler gratuitement à des programmes de formation à la stratégie d’entreprise à l’Université Saint-Esprit de Kaslik, au nord de Beyrouth. Le prix de ces programmes — jusqu’à 20 000 dollars, soit plus de 17 300 euros — est entièrement reversé à la faculté. Pour le reste, il indiquait avoir investi dans une exploitation viticole libanaise.
Détenteur de trois nationalités (brésilienne, française et libanaise), l’homme d’affaires vit dans une villa rose à 20 millions de dollars « dont Nissan revendique la propriété », dans le quartier cossu d’Achrafieh, au cœur de Beyrouth, selon le Wall Street Journal. Il passe son temps libre à lire, à marcher sur la plage avec sa femme Carole et leur golden retriever, ou sur son yacht de 36 mètres. « Je me sens bien, parce que les gens ici me voient comme une victime », confiait-il au quotidien américain.
La perspective d’un jugement par défaut
Il ne pourrait pas en dire autant de la France, où la justice l’attend. Carlos Ghosn doit être jugé jusqu’au 28 septembre, soupçonné d’avoir scellé « un pacte de corruption » avec Rachida Dati. L’ex-garde des Sceaux est soupçonné d’avoir fait du lobbying au Parlement européen en quête de décisions favorables à Renault, en échange de 900 000 euros, selon l’accusation. Tous deux encourent dix ans de prison.
Interdit de quitter le territoire libanais suite à la notice rouge délivrée par Interpol, l’ancien PDG ne fera pas le déplacement jusqu’au tribunal correctionnel de Paris. « Son absence ne procède pas d’un choix de ne pas comparaître : il lui est actuellement juridiquement impossible de quitter le territoire », fait valoir son avocat au Liban.
Dans une lettre adressée au mois d’août à la présidente du tribunal, Carlos Ghosn se disait prêt à témoigner en visioconférence depuis Beyrouth pour « s’expliquer sur des faits qu’(il) conteste ». Une proposition qui « montre clairement que M. Ghosn ne cherche pas à se soustraire à la justice française ni à éviter de répondre aux accusations portées contre lui », assure Me Tannous.
Toutefois, comme le rappelle Marianne, le tribunal avait refusé une telle organisation lors du procès de l’affaire libyenne, relevant que les visioconférences étaient uniquement possibles pour l’audition de témoins, de parties civiles ou d’experts. Cette fois, la caméra du spécialiste des prises de parole à distance pourrait rester éteinte, et il sera alors jugé par défaut.