Style libre | La rentrée forcée
La rentrée scolaire amène son lot d’excitations : poser son nom sur des cahiers Canada tout frais, tailler les crayons de couleur, retrouver les amis qu’on n’a pas vus durant l’été dans la cour d’école. Dans quelle classe je serai ? Fébrilité ! L’autobus va-t-il passer à l’heure prévue ? Mystère ! Le casier qu’on m’a attribué va-t-il grincer ou puer ? Au moins un des deux !
C’est une dose humaine de stress et de contentement qui est vécue par la majorité des élèves, pour ces sensations nouvelles et normalités renouvelées. Mais l’instant de cette chronique, j’aimerais me pencher sur une autre réalité, celle des élèves pour qui cette semaine est synonyme d’avoir le cœur beaucoup plus serré. Peut-être pourrions-nous aussi collectivement y être plus sensibles tout au long de l’année ?
Mireille à la maternelle
« Quand j’étais petite, astie que je pleurais beaucoup, me confie mon amie. Je pleurais tellement à la maternelle que, tous les midis, mon père devait venir me chercher pour dîner, sinon je pleurais trop. »
Quelques années plus tard, dans la même cour d’école, sa plus jeune sœur fait aussi son entrée à la maternelle, et Mireille est responsable d’elle. Elle l’observe au loin pleurer et sait qu’elle doit l’encourager, mais elle connaît trop bien cette pénible timidité. Elle se souvient de s’être dit au fond d’elle-même : « J’te comprends tellement, kessé qu’on fait icitte. »
Bien sûr, les choses se sont placées. L’entrée dans le monde social fait partie du développement essentiel d’un enfant, et finit par apporter ses joies.
Ne jamais vouloir que l’été se termine
Mère d’une préado, Maria écrit : « Chez moi, le mot “école” est interdit tout l’été jusqu’à lundi prochain. » J’y vois une pointe d’humour, mais les deux garçons de Lysianne, eux, n’y vont pas de main morte. Elle me confie : « Ils haïssent l’école comme si c’était du poison dans leurs veines. Mon plus jeune appelle ça la prison pour enfants, c’est te dire… »
Le cadre y est pour eux trop rigide, et ils s’y emmerdent, particulièrement le plus vieux, qui avait commencé son secondaire au public dans une école sans programme particulier. Bref, depuis que ses enfants sont scolarisés, les soirs de semaine ont été teintés de crises et de décompensation dans la maisonnée, les deux garçons ayant dû trop se retenir et se contenir durant la journée.
Ça me pince d’écouter Lysianne et, naturellement, mon cœur de mère pense au sien.
« C’est sûr que ça me fait commencer des matins avec de la chaleur dans le toupet. Je me sens impuissante, mais je connais mes enfants, leur profil — intelligents, de nature très autodidacte, avec un immense besoin de liberté — et je ne leur en veux pas. »
Elle constate néanmoins que ça s’allège tranquillement au fil des ans, et l’inscription à des cours plus spécialisés, selon leurs intérêts, fait partie des remèdes, conclut-elle.
Les serreurs de cœurs
À chacun sa personnalité et ses défis. S’ouvrir aux autres et sortir de ses habitudes qui sécurisent peut encore être astreignant à l’âge adulte. Mais là où ça fait mal le plus, c’est quand la méchanceté embarque, alors qu’on est censé développer ses outils et sa confiance. À cause de ceux qui intimident, parfois ceux qui font mal sans le savoir.
Une jeune fille, rencontrée en vacances, me décrivait : « Je dois aller manger mon lunch cachée dans une toilette, parce que me faire dire qu’on n’a pas envie que je m’assoie avec eux à la table, je ne peux plus le supporter. »
Ça, et tous les autres exemples crève-cœur, on en fait quoi ? À quand les cours de douceur pour les serreurs ? Un jour, on n’a plus de rentrée à l’école, et on mérite tant tous de pouvoir y trouver son compte, ses forces, des amis, un talent… une hâte de la revivre à peu près à la même date l’année suivante, avec des cahiers Canada tout frais.