La rentrée ravive la colère des enseignants: "La passion est mise à rude épreuve"
Ceux qui pensaient que les sept semaines de vacances d'été auraient atténué la mobilisation des enseignants se sont trompés. À peine les élèves de retour sur les bancs de l'école, plusieurs dizaines d'enseignants ont repris le chemin de la contestation ce mercredi après-midi à Neufchâteau, à l'appel des syndicats réunis en front commun. Après avoir inscrit à la craie leurs messages devant le Palais de Justice, les manifestants ont rejoint l'hôtel de ville sous escorte policière et de manière pacifique.
Pour beaucoup, les premières heures de cours ont déjà mis en lumière les conséquences concrètes des réformes dénoncées depuis des mois. "Il était essentiel d'être là aujourd'hui pour montrer qu'on n'a rien oublié, confie Amélie, enseignante à Marche-en-Famenne. On a parfois eu l'impression que ces annonces avaient été faites juste avant l'été en espérant que la colère retombe pendant les vacances, mais ce n'est pas le cas. Maintenant que l'année a commencé, on voit les répercussions sur le terrain: des classes plus chargées, des collègues qui perdent des heures et des solutions bricolées qui ressemblent davantage à des pansements qu'à de véritables réponses."
"Quelque chose s'est cassé dans l'enseignement"
Si certains participants sont directement touchés par les nouvelles mesures, d'autres se mobilisent avant tout par solidarité. C'est également le cas d'Amélie, qui explique être présente essentiellement en soutien aux collègues. Une solidarité omniprésente dans le cortège et qui revient dans la plupart des témoignages. "On a vraiment des enseignants en détresse parce qu'ils ne savent pas de quoi leur avenir sera fait, poursuit-elle. Ce qui me préoccupe, c'est de voir des collègues perdre leur stabilité alors qu'ils exercent un métier qu'ils aiment profondément."
L'enseignante estime que les blessures laissées par ce dossier risquent de durer. "Quelque chose s'est cassé dans l'enseignement. J'entends de plus en plus de jeunes professeurs parler de réorientation ou envisager une autre carrière. La passion est toujours là, mais elle est mise à rude épreuve." Avant de rejoindre ses collègues, elle avait inscrit quelques mots à la craie sur le sol. Un message revenait sans cesse: "On n'oubliera pas." Une formule qui, selon elle, traduit autant la mémoire des décisions prises que leurs conséquences futures.
Une véritable solidarité entre les enseignants
Même constat chez William, enseignant liégeois travaillant en province de Luxembourg. Il est venu manifester malgré un impact limité sur sa propre situation. "Si je suis ici, c'est avant tout pour soutenir tous ceux qui ont perdu des heures ou qui voient leurs conditions de travail se dégrader, explique-t-il. Les directions ont fait un travail incroyable pour préserver l'emploi, mais à quel prix ? Certains se retrouvent avec des cours qui ne correspondent pas à leur expertise simplement pour compléter un horaire. D'autres doivent absorber une charge de travail énorme. Ils feront tout pour leurs élèves, mais il est illusoire de croire que cela restera sans conséquence sur la qualité du suivi pédagogique." Pour lui, l'enjeu dépasse largement le sort des enseignants. "S'attaquer aux enseignants, c'est aussi s'attaquer aux élèves. Dans mon équipe, nous avions enfin trouvé un fonctionnement efficace et stable. Aujourd'hui, tout est chamboulé parce que plusieurs collègues ont perdu leur charge ou ont dû accepter des fonctions qu'ils n'avaient pas prévues. Je suis nommé et j'ai finalement conservé mon temps plein, mais cela ne m'empêche pas de voir ce qui se passe autour de moi. Cette mobilisation existe parce qu'il y a une véritable solidarité dans l'enseignement. Beaucoup sont ici pour défendre les autres autant que pour défendre leur métier."
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