Le budget, casse-tête à l'approche de la présidentielle : "Ce serait criminel pour l'économie française"
Les grandes vacances n'ont pas été un long fleuve tranquille pour le gouvernement Lecornu. Et pour cause : la France a connu un été de tous les records, en termes de températures, d'incendies et de sécheresse. L'exécutif a aussi, durant cette période, planché sur l'élaboration du budget 2027 ; un exercice qui lui donne des sueurs froides, tant l'état des finances publiques ressemble à celui de nombreux cours d'eau : à sec.
Selon les dernières données de l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), la dette publique a été arrêtée à 3 536,1 milliards d'euros à la fin du premier trimestre 2026, soit une augmentation de 75,6 milliards d'euros par rapport au trimestre précédent. Exprimée en pourcentage du produit intérieur brut (PIB), elle s'est établie à 117,5 %, après 115,7 % au quatrième trimestre 2025.
Marine Le Pen reprend fermement en main les rênes du RNProjections défavorables
Les perspectives ne sont guère plus réjouissantes. La situation des finances publiques est telle que le Premier ministre Sébastien Lecornu n'évoque plus l'engagement de la France auprès de l'Union européenne de réduire le déficit public à 3 % du PIB en 2029. Il devrait encore atteindre 5 % en 2026.
Le chef de l'exécutif a même plutôt énuméré, le 4 septembre lors d'un forum à Giverny (Eure), des éléments qui risquent d'aggraver la situation. Il a évoqué, pêle-mêle, "les intérêts de la dette qui sont une laisse étrangleuse terrible pour le pays", des marchés obligataires qui se sont "largement durcis ces dernières semaines", "la poursuite de la guerre en Iran" ou encore "la sécheresse et l'effondrement de notre rendement agricole". "Si nous prenons quelques décisions difficiles dans les temps qui viendront, ça évitera à ceux qui nous suivront, quels qu'ils soient, quelle que soit leur couleur politique, de prendre des décisions qui seront brutales et aveugles", a-t-il ajouté.
Le gouvernement français face au casse-tête du financement des campagnes présidentielles"Ça serait criminel pour l'économie"
L'élaboration et la défense du budget 2027, dont les arbitrages ne sont pas encore tranchés, s'annoncent périlleuses pour le gouvernement, puisque le sujet doit être débattu en pleine campagne présidentielle. Ses détracteurs auront tout intérêt à exploiter chaque concession et chaque mesure impopulaire. Le scénario d'un budget 2027 non adopté avant la fin de l'année n'est donc pas à exclure.
"Mais on ne peut pas ne pas avoir de budget. Ce serait criminel pour l'économie française", a lâché sur TF1, le 1er septembre, le ministre de l'Action et des Comptes publics, David Amiel, tout en renvoyant déjà la responsabilité d'un éventuel blocage aux groupes de l'opposition, "puisque, comme vous le savez, nous n'avons pas de majorité à l'Assemblée nationale". Les deux précédents budgets avaient d'ailleurs été adoptés à l'aide du 49.3, sans le vote des députés donc, et après de longues tractations avec les autres groupes politiques pour éviter la censure, et donc la chute du gouvernement.
Après des cambriolages, un plan pour protéger les trésors des muséesÉquation à plusieurs inconnues
Malgré une situation financière très délicate, Sébastien Lecornu et son équipe se retrouvent ainsi contraints, s'ils veulent faire adopter le budget et ne pas être renversés par une motion de censure, à présenter un budget minimaliste. Le Premier ministre a d'ailleurs assuré qu'il n'y aurait pas de "grandes réformes" et exclu une hausse générale des impôts. Le gouvernement envisage plutôt de réduire les dépenses, sociales en particulier. Il songe par exemple à sous-indexer les pensions de retraite des plus aisés.
Mais au moment même où l'exécutif cherche à réduire les dépenses, il doit aussi trouver de nouveaux crédits pour financer plusieurs rallonges budgétaires. L'exécutif a par exemple ouvert, courant 2026, les cordons de la bourse pour des aides ciblées face à la flambée des prix des carburants, à cause de la guerre en Iran. Montant, provisoire, de la facture : 1,2 milliard d'euros. Il a plus récemment annoncé une enveloppe d'un milliard d'euros pour soutenir le secteur agricole marqué par un été catastrophique.
Problème : ces aides n'apportent pas de réponses structurelles. Elles ressemblent à des emplâtres sur des jambes de bois puisque, d'une part, la guerre en Iran est loin d'être terminée, et que, d'autre part, le dérèglement climatique laisse présager d'autres étés difficiles pour l'agriculture.
Confronté à une équation complexe et de nombreuses inconnues, le gouvernement doit présenter son budget, et ses mesures visant à réduire le déficit sous la barre des 5 % du PIB, le 30 septembre. Il aura ensuite trois mois pour convaincre les parlementaires de l'adopter.
Pour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.