Le comté d’Essex face à l’arrivée de centres de données d’IA

Le comté d’Essex face à l’arrivée de centres de données d’IA

Le comté d’Essex veut se préparer à d’éventuelles propositions visant à construire des centres de données consacrés à l’intelligence artificielle (IA), même si aucune demande connue n’est actuellement sur la table.

Les conseillers du comté ont approuvé à l’unanimité mercredi une motion demandant au personnel d’examiner les politiques d’aménagement du territoire applicables à ces installations et de préparer le terrain pour une éventuelle étude sur leurs répercussions.

Pour Kimberly DeYong, mairesse adjointe de Kingsville à l’origine de la motion, cette démarche doit permettre aux municipalités de ne pas être prises de court si un projet se présente. Je pense que cette motion nous permet d’anticiper la situation et d’adopter une approche proactive, déclare-t-elle.

Une démarche avant qu’un projet arrive

La motion demande notamment au personnel du comté de recueillir des renseignements sur la réglementation qui encadre actuellement les centres de données, ainsi que sur les coûts potentiels et les répercussions de tels projets sur l’infrastructure électrique.

Le comté souhaite également déterminer quelles responsabilités reviennent aux différents ordres de gouvernement lorsqu’il est question de réglementer ces installations.

Le comté d’Essex n’a toutefois pas le pouvoir d’imposer lui-même un moratoire sur les centres de données d’IA, explique Rebecca Belanger, directrice des services de planification et de développement d’Amherstburg.

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Les municipalités qui souhaitent suspendre certains types de projets d’aménagement peuvent adopter des règlements de contrôle provisoires, qui permettent notamment de mettre un projet sur pause pendant un an afin d’étudier une question. Le comté peut, pour sa part, assurer la gestion d’une éventuelle étude.

Mme DeYong estime que cette préparation est d’autant plus importante que les gouvernements fédéral et provincial n’ont pas encore établi de cadre suffisamment précis concernant les répercussions environnementales et sanitaires de ces infrastructures.

Même s’il n’y a pas encore beaucoup de réglementation aux niveaux provincial et fédéral, ce sont en fin de compte les municipalités qui devront composer avec les conditions, les nuisances, l’application de la loi et tout ce qui découle de cette nouvelle réalité qui s’installe dans nos collectivités.

Des inquiétudes liées à l’eau, au bruit et à l’électricité

Les centres de données destinés aux applications d’intelligence artificielle sont de vastes installations informatiques conçues pour fournir une importante capacité de traitement.

Leur développement suscite toutefois des préoccupations, notamment en raison de leur forte consommation en eau et en électricité, leurs répercussions environnementales, ainsi que de la pollution sonore qu’ils entraînent.

C’est nous qui devrons composer avec les îlots de chaleur excessifs, la pollution sonore, ainsi que les préoccupations liées à la consommation d’eau et d’énergie, a déclaré Mme DeYong avant le vote.

Plusieurs conseillers du comté ont également fait part de leurs inquiétudes à l’égard de ces installations.

Mike Akpata, maire adjoint de LaSalle, a notamment déclaré qu’il était prêt à faire des compromis sur l’utilisation de certaines technologies si cela permettait de protéger les ressources en eau de la région.

Je suis prêt à renoncer à YouTube si cela permet de préserver l’eau des Grands Lacs, a-t-il lancé. Je n’ai pas besoin de plus de GIF de chats [...] Si cela signifie que nous pourrons toujours visiter les vignobles de nos collectivités, alors allons-y.

Une opposition qui dépasse Essex

Les débats sur les centres de données ne se limitent pas au comté d’Essex.

La semaine précédente, le conseil municipal de Mississauga a voté à l’unanimité en faveur d’un moratoire d’un an sur les nouveaux projets de centres de données. La municipalité souhaite profiter de cette période pour étudier leurs répercussions locales et élaborer une réglementation.

À Toronto, des manifestants se sont également rassemblés devant l’hôtel de ville pour demander un moratoire similaire.

Ailleurs en Ontario, Hamilton doit composer avec au moins deux propositions de centres de données qui ont surpris plusieurs résidents et certains conseillers municipaux.

Pour Mme DeYong, cette situation illustre l’importance de se préparer avant qu’un projet concret ne soit présenté.

Ils n’avaient pas de politique en place pour y faire face. Maintenant, ils se retrouvent dans une position réactive, déclare-t-elle. Et quand on est dans une position réactive en matière de politique, on risque fort de perdre.

Une participante à une manifestation organisée en avril 2026 contre la construction d’un centre de données dédié à l’intelligence artificielle à Régina, en Saskatchewan.

Les inquiétudes entourant ces installations se manifestent ailleurs au pays. Des manifestants se sont rassemblés à Régina en avril 2026 pour protester contre la construction d’un centre de données consacré à l’intelligence artificielle.

Photo : Radio-Canada / Alexander Quon

Kimberly DeYong précise que sa motion ne vise pas à encourager ou à interdire immédiatement les centres de données, mais plutôt à donner aux municipalités les outils nécessaires pour prendre une décision si une proposition devait se présenter.

La mairesse de Lakeshore, Tracey Bailey, a d’ailleurs fait adopter un amendement précisant que la motion ne devait pas être interprétée comme un appui, une incitation ou une facilitation à l’implantation de centres de données d’IA dans le comté.

Avec les informations de Dalson Chen et Heather Kitching de CBC