Le modeste burrito donne des indigestions au parti de Trump
La brioche pour Marie-Antoinette, le burrito pour Donald Trump ? Le juste prix de cette modeste spécialité mexicaine est la question politiquement brûlante de l’été pour la droite américaine.
Le débat donne des indigestions au parti républicain, celui du président, qui craint d’être sanctionné à cause du coût élevé de la vie lors des cruciales élections législatives cet automne.
Le burrito est une galette de blé généreusement fourrée de riz, viande, haricots et autres garnitures, se mangeant à la main. Beaucoup d’Américains raffolent de ce repas sur le pouce réconfortant, rassasiant et bon marché.
Plus maintenant, juge pourtant Andrew Kolvet, un porte-parole de l’organisation de jeunesse conservatrice Turning Point USA, fondée par feu Charlie Kirk, assassiné en septembre 2025.
« Un étudiant de TPUSA m’a donné son avis sur le coût de la vie. “Un burrito ne devrait pas coûter 20 dollars”. Il est vrai que c’est dû en grande partie aux suites de la COVID-19 et de l’inflation sous Biden, mais l’expérience quotidienne est la même : l’impression que des produits de base coûtent trop cher », a-t-il déploré dans un message publié sur X le 4 août.
L’affirmation est restée en travers de la gorge de certains conservateurs, qui ont contesté la crédibilité de ce prix élevé et immédiatement reproché à la jeunesse américaine d’avoir des goûts de luxe.
À Washington, le prix d’un burrito à emporter débutait vendredi, dans deux chaînes de restauration rapide populaires, entre 9 et 21 dollars canadiens, selon sa composition.
« Nouilles instantanées »
L’élu républicain Dan Crenshaw a conseillé sur X aux jeunes concernés de « manger des nouilles instantanées » comme lui-même le faisait à l’université.
Just hearing about this dumb $20 burrito debate so just thought I’d make the losers on social media angry before going to bed.
Stop whining, get a job, eat Ramen like the rest of us did in college, on a budget with 4 roommates.
The market doesn’t care what you think something…
— Dan Crenshaw (@DanCrenshawTX) August 6, 2026
Marc Thiessen, ancien conseiller de George W. Bush devenu journaliste politique, a reproché sur la même plateforme aux étudiants de « pleurnicher ».
Le ton a donné des aigreurs d’estomac au vice-président J.D. Vance, qui s’est fendu d’une réponse particulièrement salée.
« Si jamais vous l’avez déjà rencontré en vrai, vous savez qu’il n’est pas le genre d’homme qui passerait à côté d’un burrito », a écrit le possible candidat à la succession de Donald Trump, en référence à la corpulence de M. Thiessen.
I'm surprised to hear Mark say this. If you've ever met him in person, it's quite obvious the man has never missed a burrito. https://t.co/z4DjKLVZVs
— JD Vance (@JDVance) August 5, 2026
Donald Trump a encore assuré jeudi que l’inflation avait baissé aux États-Unis, niant tout impact de sa politique de droits de douane sur les prix.
Mais dans une enquête d’opinion toute fraîche de l’université Marquette, le coût de la vie est cité par 35 % des personnes interrogées comme étant leur principale préoccupation, loin devant la guerre en Iran par exemple.
Au-delà des escarmouches sur les réseaux sociaux, ce débat autour de l’inoffensif burrito confirme le malaise des républicains sur la question de l’inflation, qui s’est montée à 3,5 % en juin.
RFK aux fourneaux
La chaîne Fox News, la préférée des républicains, parle même de « guerre civile » entre deux camps au sein du parti.
D’un côté, celui des défenseurs d’une économie de marché pure et dure, qui n’ont guère d’appétit pour une politique économique interventionniste.
Ils estiment que l’État doit laisser les prix fluctuer et conseillent aux Américains de se mettre aux fourneaux afin de réduire leurs coûts.
L’autre camp juge que ce discours ultra libéral pourrait enlever aux électeurs tout appétit pour les candidats républicains en novembre.
Ceux-là s’inquiètent d’une sorte d’« effet Marie-Antoinette », à laquelle a été attribuée, faussement, la célèbre citation « Qu’ils mangent de la brioche ! » à destination du peuple de Paris affamé. La reine de France n’a en réalité jamais prononcé ces mots, mais l’expression est devenue un symbole du mépris des puissants.
« Les commentaires qui disent de manger à la cantine ou d’acheter des burritos à réchauffer au micro-ondes sont à côté de la plaque. Si la “solution” de la droite à la crise du pouvoir d’achat est de dire aux gens de manger moins bien, nous perdrons et nous l’aurons mérité », a ainsi écrit sur X Angela Morabito, de l’organisation conservatrice Defense of Freedom Insitute.
Hasard du calendrier, le secrétaire à la Santé Robert F. Kennedy vient de lancer une émission de cuisine proposant des recettes selon lui équilibrées et bon marché.
Pour son premier plat, il a présenté des galettes de saumon accompagnées de salade, avec un coût estimé à 5 dollars américains par convive, qui a immédiatement été mis en doute par certains observateurs.
Le neveu du président assassiné JFK, si l’on en croit la presse américaine, suit lui-même un régime alimentaire moins frugal, composé en grande partie de viande rouge.