Accord Mercosur : le National approuve avec 517 millions pour les paysans
Publié16. septembre 2026, 13:22
Revirement à BerneLe National accepte finalement l'accord sur le Mercosur
La Chambre a suivi la proposition du Conseil des États d'accorder 517 millions aux paysans, afin de compenser les pertes liées à l'accord. Un référendum a été lancé.

Le Conseil national a fait machine arrière, mercredi, sur l'accord avec le Mercosur. Après l'avoir rejeté de justesse en juin dernier, la Chambre du peuple, emmenée par la droite, lui a cette fois dit oui clairement, par 118 voix contre 66. Les élus se sont laissés convaincre par la proposition du Conseil des États, approuvée lundi, d'accorder 517 millions de francs au secteur agricole suisse, afin de compenser les éventuelles pertes liées à l'accord de libre-échange avec l'Argentine, le Brésil, le Paraguay et l'Uruguay. Au grand dam du camp rose-vert.
Lancement d'un référendum
Une large alliance de la société civile a annoncé, mercredi, le lancement d'un référendum. «Le National a lui aussi approuvé l’accord avec le Mercosur sans mesures efficaces contre la déforestation des forêts tropicales et le travail forcé», dénonce-t-elle. «L’accord risque ainsi d’entraîner une augmentation des importations de produits liés à la déforestation des forêts tropicales, au travail forcé, à l’expulsion de communautés autochtones et à des conditions d’élevage problématiques». Et de souligner que la politique commerciale de la Suisse est en retard en matière de durabilité et de droits humains. «L'UE interdit, elle, l’importation de produits issus de la déforestation et du travail forcé», souligne-t-elle. L'alliance croit en ses chances devant le peuple: «Un sondage représentatif réalisé par Demoscope montre qu’en l’absence de mesures d’accompagnement efficaces contre la déforestation, seules 37 % des personnes interrogées approuvent l’accord.»
Accès à un immense marché
Pour rappel, l'accord avec le Mercosur doit permettre aux entreprises suisses d'accéder à un marché de 270 millions d’habitants et de renforcer leur compétitivité par rapport à l'UE. À terme, environ 96% des exportations helvétiques vers le Mercosur devraient être exemptées de droits de douane, ce qui permettrait de réaliser des économies de 150 millions de francs par année. En contrepartie, la Suisse accepterait d'importer davantage de viande et de vin de ces pays. Au grand dam des paysans suisses qui redoutent cette nouvelle concurrence sud-américaine.
Au National, la branche avait exigé 880 millions entre 2028 et 2035, alors que le Conseil fédéral ne proposait qu'une aide de 158 millions. Mais l'exigence de la Chambre du peuple avait été refusée. C'est ce refus qui avait fait capoter le projet en juin. Ce mercredi, le compromis des sénateurs de leur consacrer 517 millions est passé comme une lettre à la poste. Au grand dam de la gauche.
«Les paysans n'ont pas besoin de s'endetter davantage»
«Ce sont des mesures désespérément conçues pour acheter le soutien du monde paysan. On met sur la table 517 millions de francs, mais en définitive pourquoi faire? L'écrasante majorité de cette somme est constituée de prêts à taux zéro. On propose donc aux paysans de s'endetter encore un peu plus pour masquer leur propre disparition», a critiqué Rudi Berli (V/GE). «Les paysans de ce pays n'ont pas besoin de s'endetter davantage. Ils ne veulent pas non plus qu'on les arrose avec de l'argent. Ils demandent simplement à vivre dignement de leur travail», a-t-il fustigé en dénonçant un «accord d'un autre siècle», qui permettra d'importer de la viande issue de l'élevage de masse, produite à base d'OGM, un accord qui déforestera l'Amazonie et détruira l'agriculture paysanne en Amérique du Sud.
En juin, la gauche avait également pesé dans la balance dans l'échec de l'accord au National en soutenant les paysans. Mais elle avait vu toutes ses propositions en faveur du climat et des droits humains rejetées en plénum. Des propositions également refusées par le Conseil des États. Ce mercredi, le National a toutefois fait un geste envers le camp rose-vert en débloquant 25 millions pour lutter contre la déforestation.
Le Conseil des États devra une nouvelle fois se prononcer.

Christine Talos (cht) est journaliste à 20 Minutes depuis 2011. Elle travaille pour la rubrique politique, au sein de la rédaction nationale.
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