Le quotidien de Benoît Lutgen un mois après son grave accident "On se rend mieux compte de ce que les PMR subissent à vie"

Le quotidien de Benoît Lutgen un mois après son grave accident "On se rend mieux compte de ce que les PMR subissent à vie"

Pita, son chien ne le quitte pas. Sur la méridienne ou sur le lit médical installé dans la même pièce, il s'étend, complice, à côté de son maître. Depuis son grave accident de moto le samedi 25 juillet, il y a juste un mois, Benoît Lutgen, député-bourgmestre de Bastogne, est cloué à son domicile, quasi immobile. Il souffre d'un genou, fracturé, qui a nécessité la pose d'une attelle. L'articulation ne supporte pas le moindre poids. Une épaule en piteux état l'a empêché jusqu'ici de s'aider d'une béquille. Se déplacer du lit médical à la méridienne a constitué une première victoire. Aller chercher son café sur le plan de travail de la cuisine en plusieurs étapes en est une seconde. Cela évolue lentement, mais le moral est excellent.

"Je peux compter sur l'aide d'amis"

"Je vais bien, prétend-il. Ma mobilité reste évidemment très limitée et uniquement dans une pièce au bas de mon domicile, mais je garde à l'esprit l'énorme chance que j'ai eue. Je parviens à m'en sortir vaille que vaille dans mes quelques tâches quotidiennes. Mais j'ai aussi conscience des facilités dont on bénéficie. J'ai les services d'une infirmière domicile chaque jour. Elles sont d'un grand soutien et d'une bienveillance absolue. Je peux aussi compter sur l'aide d'amis et de personnes qui m'assistent dans mon quotidien et qui me permettent de travailler."

Cet accident lui a également fait prendre pleinement conscience du quotidien de porteur de pareil handicap à vie. "On se rend mieux compte de ce que les personnes dans un état de mobilité réduite subissent à vie, confesse-t-il. Un de mes amis PMR m'a envoyé un message de soutien sympa, alors que moi, c'est de la rigolade à côté de sa situation."

"Des messages d'opposants politiques"

Le bourgmestre a aussi beaucoup apprécié des messages de sympathie "d'opposants politiques". "J'ai reçu des centaines d'encouragements. Je n'ai pas répondu à tous et m'en excuse, mais cela m'a touché. Des confrères comme François Kinard ou Elie Deblire m'ont même proposé de l'aide très pratique. Je remercie tout le monde."

Rapidement, le bourgmestre et ses équipes ont dû s'organiser pour gérer la commune. "Cela est évidemment plus commode en période de vacances où l'activité est plus calme, précise-t-il. La limite de l'exercice est clairement de ne plus être sur le terrain. Mais si je n'organise plus de permanences, par exemple, je téléphone aux personnes qui sollicitent un rendez-vous. C'est moins agréable, mais je reste à l'écoute d'une critique, d'une attente, d'un projet."

Un contact quotidien avec le directeur, la secrétaire, les échevins...

"Je reçois la visite de mon directeur général Kévin Gueibe deux fois par jour. Il passe le midi avec les dossiers et revient le soir. Ma secrétaire Julie Genon est aussi très disponible. J'ai cette chance que mon médecin Gaëlle Falisse qui me rend visite chaque soir soit aussi conseillère communale. J'assiste aux réunions du Collège les vendredis matin à 7h par caméra interposée. Tout comme j'ai aussi tenu des réunions par visioconférence concernant Idélux ou le pôle culture par exemple. Je suis conscient des désagréments, mais cela permet de travailler, de gérer, d'avancer. Aucune des obligations légales qui touchent par exemple l'état civil ou les marchés ne subit de retard."

L'organisation passe également par la délégation. "Philippe Collignon, le premier échevin, passe quasiment chaque jour. Les autres m'appellent quotidiennement. S'il y a une urgence, je ne sais malheureusement plus aller sur place. La responsabilité se fait alors en cascade en fonction des disponibilités et des compétences des échevins. Mais c'est clairement la limite. Si demain, un plan d'urgence doit être déclenché, je ne pourrai être sur place pour débattre avec les pompiers, les services de police."

"Le contact humain me manque terriblement"

La situation impose à Benoît Lutgen un confinement en solitaire qui laisse du temps libre à la cogitation, voire la méditation. Cette réflexion change-t-elle l'homme au-delà de l'homme politique ?

"J'ai le temps de réfléchir c'est sûr. Même la nuit, où je dors peu. On me dit plus cool. Mais une chose me manque terriblement, le contact humain. Via le téléphone, ce n'est pas agréable. J'ai besoin du regard, du non verbal, de la façon dont l'interlocuteur te salue, de son comportement."

Deux collaborateurs parlementaires sont venus de Bruxelles

Au lieu de lui inspirer de lever le pied, cet accident a renforcé, dit-il, son engagement. "Si j'ai encore la chance d'être en vie, c'est pour en faire bénéficier les autres, pour se donner à fond."

La rentrée parlementaire sonne également. Le député fédéral a participé à la commission de l'Intérieur débattant de l'incendie dans les Fagnes par visioconférence. "Je ne peux intervenir, mais cela ne m'empêche pas de poser des questions par écrit, d'appeler mes collaborateurs, les présidents", dit-il. Deux collaborateurs parlementaires sont venus de Bruxelles. "L'occasion de se rendre compte de la longueur de la route", sourit-il.

Un prochain conseil communal est programmé le 2 septembre. Trop tôt sans doute pour y assister, même si cela fait partie des objectifs.

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