Le témoignage poignant d’un pompier espagnol bouleverse le pays: “Il ne reste plus rien”

Le témoignage poignant d’un pompier espagnol bouleverse le pays: “Il ne reste plus rien”

Angel Malanda, pompier forestier syndicaliste en Espagne, est devenu malgré lui l’un des visages des gigantesques incendies qui ravagent actuellement plusieurs régions du pays, notamment autour de Madrid et d’Ávila. Après plusieurs jours passés à lutter contre les flammes dans des conditions extrêmes, il a publié une lettre poignante dans laquelle il raconte sa peur, son épuisement et le sentiment d’impuissance face à des feux d’une ampleur inédite. Son témoignage, largement relayé sur les réseaux sociaux, a profondément ému l’opinion publique espagnole.

Maxime Czupryk

Source: El Salto, El Mundo

29 juillet 2026, 12:32

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Dès les premières lignes, Angel Malanda tient à casser l’image du pompier invincible. “Je suis un ouvrier forestier qui combat le feu, même si ce n’est pas écrit comme ça dans mon contrat. Mais avant tout, je suis un être humain”, écrit-il. “J’ai des émotions, je souffre, ce que je vois me fait mal, j’ai peur. Et cette peur grandit à mesure que les risques deviennent plus importants.”

Des scènes apocalyptiques

Depuis plusieurs jours, lui et ses collègues enchaînent des interventions interminables, souvent avec des moyens jugés insuffisants face à la violence des incendies. Les journées dépassent régulièrement douze heures et les conditions deviennent parfois incontrôlables. Angel Malanda décrit des scènes apocalyptiques, avec d’immenses “champignons de feu” et des brasiers si puissants qu’ils semblent irréels. “Nous combattons quelque chose que nous n’avions jamais vu auparavant”, alerte-t-il.


Le pompier raconte aussi la pression constante qui pèse sur les secours. Dans certaines localités touchées, des habitants en colère ont insulté les équipes d’intervention, estimant qu’elles étaient arrivées trop tard. Mais pour Angel Malanda, les décisions prises sur le terrain répondent souvent à des impératifs de sécurité ou de stratégie. “Dans ces moments-là, nous savons que nous devons nous taire. Le plus important, c’est d’éteindre le feu”, explique-t-il.

“En deux jours, j’ai perdu toute mon enfance”

Son témoignage devient encore plus personnel lorsqu’il évoque les paysages de son enfance, aujourd’hui dévastés par les flammes. El Tiemblo, la vallée d’Iruelas, le réservoir de Picadas… autant de lieux auxquels il était profondément attaché et qui ont été réduits en cendres en quelques jours. “En deux jours, j’ai perdu toute mon enfance”, écrit-il avec émotion. “Je peux barrer un à un les petits paradis de ma région. Il ne reste plus rien.”

Un incendie de forêt ravage La Adrada, dans la province d’Ávila, en Espagne, le 26 juillet 2026. © Photo News
Un homme observe l’une des zones dévastées par l’incendie de Burgohondo dans la réserve naturelle de la vallée d’Iruelas, à Ávila, en Espagne, le 28 juillet 2026. © ANP / EPA

Pendant qu’il combattait les flammes, sa propre famille risquait elle aussi d’être évacuée. Deux de ses collègues ont déjà perdu leur maison. Lui-même raconte avoir passé huit heures à tenter de stopper le feu armé d’une simple houe, se comparant à “une fourmi face à un monstre”. Cette image illustre le sentiment d’impuissance qui traverse tout son récit.

“Je suis un être humain, comme toi”

Malanda insiste également sur le fait que les pompiers ne sont pas des super-héros prêts à sacrifier leur vie sans hésiter. “Et le héros doit rester là, debout, indemne, à lutter contre quelque chose que nous n’avions jamais vu auparavant”, écrit-il avec amertume. “En plus, je dois sauver ta maison, ton village, tes animaux… et supporter tes insultes.”

Le pompier évoque aussi les conséquences physiques et psychologiques de ces interventions répétées. “Je suis un être humain, comme toi. Je pleure, je suis épuisé, totalement brisé. Je ne dors pas, je ne me repose pas, je suis déshydraté et je mange à peine”, confie-t-il. “Quand j’enlève la cape du héros, il ne reste qu’un corps usé par la chaleur, la fumée, les kilomètres parcourus et ce bruit terrifiant du feu qui nous rappelle à quel point nous sommes insignifiants.”

Regardez: une caméra de surveillance capture la rapidité avec laquelle les flammes se propagent en Espagne


Des pompiers rangent leur matériel après avoir maîtrisé un incendie à El Tiemblo, dans la province d’Ávila, en Espagne, le 28 juillet 2026.

Au-delà du drame humain, Angel Malanda dénonce également le manque de reconnaissance des autorités. Il explique qu’il n’est même pas officiellement considéré comme pompier dans son contrat, mais comme simple ouvrier forestier, malgré les risques extrêmes auxquels il est confronté. Selon lui, les pompiers forestiers de sa région gagnent environ sept euros de l’heure, avec une prime de risque dérisoire.

“Ne me mettez pas de cape de super-héros”

Malgré sa colère et sa fatigue, il dit aussi recevoir énormément de soutien de la population. Une solidarité qui lui donne la force de continuer. Mais il refuse d’être présenté comme un héros invulnérable. Sa lettre se termine d’ailleurs par une demande simple: “Ne me mettez pas de cape de super-héros. Je suis simplement quelqu’un qui essaie de faire de son mieux. Rien de plus.”

Un membre de l’UME réconforte une habitante de Piedralaves après la destruction de la maison de son père dans l’incendie de Burgohondo, à Piedralaves, en Castille-et-León (Espagne), le 26 juillet 2026. © NLBeeld

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